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Thorbjørn Christoffersen et Anders Matthesen
Mon Ninja et Moi
Sortie du film le 15 juillet 2020
Article mis en ligne le 19 juillet 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • basé sur le roman d’Anders Matthesen « Ternet Ninja » (2016), lui qui a co-réalisé et écrit le film et ses chansons originales (qu’il chante également), tandis qu’il y double l’esprit du personnage Taiko Nakamura ;
  • plus gros succès populaire au Danemark depuis ces 34 dernières années, cumulant près d’un million d’entrées, ce qui n’était plus arrivé là-bas pour un film depuis la comédie de Per Holst « Walter and Carlo - Up on Daddys Hat » en 1985 ;
  • gagnant de trois prix Robert (équivalent danois des Oscar américains), dont celui du meilleur film pour enfants, du meilleur scénario adapté et de la meilleure chanson originale (« Skubber det sne »).

Résumé : Le jeune Alex, élève en classe de 5ème, vit dans une famille recomposée. Pour son anniversaire, il reçoit de la part de son oncle excentrique, de retour de Thaïlande, une poupée Ninja vêtue d’un étrange tissu à carreaux. Alex découvre que le jouet s’anime et qu’il parle ! Le Ninja propose à Alex un pacte secret : il l’aide à devenir plus fort pour affronter ses peurs et ne pas se laisser intimider à la maison comme à l’école. En échange, Alex doit l’aider à accomplir une mystérieuse mission… Cette alliance faite d’amitié, de courage et d’humour transformera pour toujours ces deux improbables compagnons.

La critique de Julien

C’est en tant que véritable phénomène danois que ce film d’animation pour (grands) enfants arrive enfin sur nos écrans, accompagné ces deux dernières années d’une (très) bonne réputation. « Mon Ninja et Moi », c’est l’histoire du jeune Alex (Aske en version originale), un écolier qui peine à trouver sa place. Amoureux de ravissante Jessica, il est la tête de Turc de Glenn, redouté de tous. À la maison, le jeune garçon se fait tyranniser par son demi-frère pourri-gâté, et sans cesse rabaisser par son beau-père, alors que sa mère tente d’harmoniser l’entente, et de maintenir un certain équilibre, notamment alimentaire, ce qui n’est pas de l’avis de tous... Alex recevra alors une poupée ninja aux motifs à carreaux de la part de son oncle Stewart (Capitaine Haddock couplé avec le chanteur Renaud), après un voyage en Thaïlande. Sauf que la poupée en question est vivante, et est capable d’imiter les voix, elle qui ne tardera pas à attirer des ennuis à Alex, en imitant la sienne pour provoquer Glenn. En échange de l’aide du ninja pour l’aider à s’affirmer, Alex décidera de lui rendre la pareille, lui qui cherche à se venger...

Dès l’ouverture, « Mon Ninja et Moi » n’a pas peur de dénoncer, et de montrer les horreurs qui sévissent un peu partout dans le monde, notamment dans les fabriques de jouets, en Thaïlande, où des enfants-esclaves travaillent, de manière illicites, sans relâche, et dans d’effroyables conditions, pour des fantaisies destinées à l’Occident. On y découvre alors l’homme d’affaires danois Philip Eberfrø, qui se rend dans sa nouvelle usine, lequel battra à mort un jeune garçon pour avoir malencontreusement coud son écharpe sur une poupée ninja, tandis qu’au même moment, un éclair s’abattra sur l’établissement... Cette scène, extrêmement violente, filmée du point de vue de la victime, a dès lors de quoi choquer, même si rien n’est montré. Et ce ne sera pas la seule fois, étant donné que le film présente une certaine manière d’agir assez douloureuse et douteuse, notamment dans son traitement du thème de la vengeance (via le ninja), très premier degré, et globalement dans l’écriture de ses personnages, trop brusque et pas assez fine, sans parler d’un manque total d’originalité envers celle de son jeune héros, mal dans sa peau, harcelé de part et d’autre, et amoureux de la plus belle fille de l’école...

Parsemé d’influences japonaises, et notamment dans sa musique, « Mon Ninja et Moi » amène cependant un vent de fraîcheur dans sa narration, efficace et sans temps mort, où les bons gestes à suivre au quotidien sont montrés aux plus petits. C’est que le film est danois, et suit un certain modèle de vie, incontestable en Scandinavie, lequel se ressent, se voit, et s’apprend. Dès lors, il se révèle plus nuancé dans son ADN que ce qu’il nous raconte. A vrai dire, on ne peut pas être parfait en tout ! Quant à son animation, sans faire d’étincelles, elle n’a pas de quoi souffrir de la comparaison avec celle de ses voisins européens. Et on pense notamment au travail du studio d’animation nWave Pictures, dont « Bigfoot Family », la suite de « Bigfoot Junior » (2017), sortira d’ailleurs cet été (le 05 août). On regrettera par contre le doublage francophone, ou plutôt la traduction de l’original, étant donné des chansons qui font saigner les oreilles, et la multitude de messages écrits, et sans doute succins, mais qui ne sont malheureusement pas ici traduits, qu’il soient ainsi lus sur une plaque de voiture, un journal-papier, un poème, une affiche, un t-shirt, etc.

Vu par plus d’un habitant sur six dans son pays d’origine, « Mon Ninja et Moi » nous propose une aventure initiatique rythmée, qui incite, sans trop de pédagogie, au respect de l’environnement et à notre équilibre, aussi bien alimentaire que moral, et cela autour de thématiques fortes et relatives à l’enfance. Dommage cependant que le film laisse à désirer dans leur développement, ainsi que dans celui de ses personnages, sans oublier une violence bien présente...

https://www.youtube.com/embed/qCeIpXcrzBA
MON NINJA ET MOI - Bande-annonce - YouTube