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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
Désobéissance / Disobedience
Réalisateur(s) : Sebastián Lelio
Article mis en ligne le 24 juin 2018
dernière modification le 26 juillet 2018

par Julien Brnl
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« Désobéissance » n’est pas le porte-porte d’une quelconque idylle à fleur de peau, qui cherche ainsi à faire pleurer dans les chaumières. C’est plutôt un drame intimiste, qui se veut lumineux dans sa représentation libératrice d’une histoire d’amour préalablement impossible dans le monde où elle tirait ses racines. Sebastián Lelio réalise ici un film délicat, mis en scène avec une classe absolue, de laquelle se dégage une irrésistible pureté, au regard de son interprétation. - 16/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film 13 juin 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • l’actrice britannique de confession juive Rachel Weisz tient ici l’un des trois rôles principaux de cette histoire se situant dans le milieu juif-orthodoxe londonien, elle qui est aussi l’une des productrices du film, et qui a obtenu les droits sur le livre dont il est inspiré bien avant le début du tournage ;
  • adaptation du roman « La Désobéissance » écrit par la romancière britannique et conceptrice de jeux vidéo Naomi Alderman ;
  • premier film en anglais pour le réalisateur chilien Sebastián Lelio, oscarisé cette année de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour « Una mujer fantástica ».

Résumé : Ronit, une jeune femme juive-orthodoxe photographe vivant à New York, retourne suite au décès de son père rabbin dans la communauté londonienne qui l’a vue grandir, avant de la voir fuir un beau jour pour différentes raisons... Alors qu’elle retrouve ses deux meilleurs amis d’enfance, Dovid et Esti, la communauté juive est troublée par sa réapparition, mais aussi par les sentiments qui liaient autrefois les deux femmes, alors qu’Esti est maintenant mariée à Dovid, le successeur au rang de rabbin de la communauté...

La critique

Voilà ce qu’on appelle une rencontre galvanisante pour un film passionnant. Alors que l’actrice Rachel Weisz avait acquis les droits sur le roman « La Désobéissance » parlant d’un triangle amoureux dans une communauté juive orthodoxe londonienne ultra conservatrice, le réalisateur chilien Sebastián Lelio (à qui l’on doit le récent et oscarisé « Une Femme Fantastique ») rêvait depuis longtemps de travailler avec l’actrice, qui plus est pour lui conférer un rôle qualitativement en accord avec sa personnalité, et dans un univers qu’elle connaît en plus très bien pour y avoir grandi. Après une collaboration de longue haleine, notamment pour le réalisateur qui a dû se documenter sur le judaïsme orthodoxe dont il est culturellement très éloigné, « Désobéissance » se révèle être un film aussi soigné qu’inspiré, bravant les interdits au nom de la liberté.

Ce qui frappe d’emblée dans ce drame sentimental, c’est la reconstitution minutieuse du milieu culturel juif-orthodoxe londonien, que ça soit tant au point de vue des décors, des costumes, que de la place qu’y occupent les sentiments. On y découvre un autre monde, qui ne semble pas socialement connecté au nôtre, mais bien arrêté dans le temps, forgé de dogmes et de traditions obsolètes. À partir de cet ancrage spatio-culturel, le film devient d’autant plus intéressant en proposant un affrontement entre des personnages en quête d’évolution et de changement au sein de ce milieu ultra traditionnaliste, à l’aube d’enjeux individuels irréversibles. Ainsi, Ronit (Rachel Weisz), Esti (Rachel McAdams) et Dovid (Alessandro Nivola) vivent dans cette histoire une prise de conscience de l’inévitable, et surtout les clefs du contrôle de leur avenir, sans que rien ni personne ne vienne ne leur dicter.

Thème devenu récurrent et absolument nécessaire, « Désobéissance » traite avec respect du poids de la tradition lorsqu’elle y rencontre sa transgression, pourtant ici légitime, et en corrélation avec la nécessité d’évolution et d’adaptation de toute chose, telles qu’elles devraient l’être, ce qui n’est malheureusement pas encore gagné. Mettant en avant un amour lesbien, le film fait foi d’illustrer avant tout une histoire d’amour universelle, qui malgré la distance et refoulement, ne s’est jamais éteinte, bien du contraire.

Le trio d’acteurs apportent à ce triangle amoureux toute une part de retenue et de sensibilité aussi dévastatrice que représentative des liens qui les unissent. Absolument parfaits, Rachel Weisz, Alessandra Nivola et (un petit peu moins) Rachel McAdams touchent par la subtilité de leur relation, et les enjeux qu’elle soulève au sein de leur communauté, notamment pour Dovid, prêt à devenir rabbin. On aime suivre ces personnages complexes qui cachent leurs véritables sentiments derrière des devoirs et engagements endéans leur volonté profonde, alors que l’ignorance ne fait qu’aggraver les choses, et repousser la vérité. C’est typiquement le genre de scénario qui nous emballe par le dilemme, ici culturel et sentimental, qu’il propose.



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