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Katia Lewkowicz
Forte
Sortie du film le 15 avril 2020 sur Amazon Prime Vidéo
Article mis en ligne le 17 avril 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • présenté en Compétition lors du dernier Festival de comédie de l’Alpe d’Huez ;
  • troisième film de l’actrice et réalisatrice franco-israélienne Katia Lewkowicz après « Tiens-toi droite » (2014) et "Pourquoi tu pleures ? (2011).

Résumé : L’important, c’est d’être soi-même. Mais pour Nour, 20 kilos en trop et un bonnet en guise de coupe de cheveux, c’est compliqué ! Elle ne semble être une option pour aucun mec… Bien déterminée à enfin séduire, elle a trouvé la solution imparable : la pole dance. Avec l’aide d’une prof un peu particulière et de ses deux meilleurs amis tout aussi paumés qu’elle, Nour va surtout essayer d’apprendre à s’accepter.

La critique de Julien

Nouvelle victime de la pandémie du Covid-19, « Forte » devait initialement sortir au cinéma le 18 mars dernier, avant de voir sa sortie annulée (comme celle de tant d’autres films), lui dont la campagne promotionnelle était déjà pourtant bien entamée avant la fermeture des cinémas. Mais suite aux récentes décisions du Centre National du Cinéma en France, offrant à plusieurs films une sortie anticipée en VOD (au lieu des 3 à 4 mois requis par la chronologie des médias), son distributeur a choisi une sortie en vidéo à la demande, sur Amazon Prime Video donc. Et autant dire que si le succès est au rendez-vous, d’autres films devraient suivre l’exemple. C’est en tout cas tout ce qu’on lui souhaite, et nous souhaite, car le cinéma, ça nous manque, même si on ne peut pas vraiment appeler cette comédie comme du grand cinéma, malgré ses intentions...

Melha Bedia (la sœur de Ramzy Bedia, qui tient également ici un rôle) interprète ici Nour, une demoiselle mal dans sa peau, mais dans la forme la plus banale que nous offre d’accoutumée la comédie française. Gentille et drôle, mais pas vraiment à l’image des hommes, et pas non plus aidée par ses deux amis proches, Adèle (Alison Wheeler) et Steph (Bastien Ughetto), plus encore dans le pétrin qu’elle, cette dernière se retrouvera à suivre (et elle est là l’originalité) des cours de pole dance, qu’elle a découvert sur son lieu de travail (elle est comptable dans une salle de fitness). Nour suivra alors des cours privés (par honte de son corps pour faire quoi que ce soit en public) avec Sissi (Valérie Lemercier), une coach (jamais en ordre de carte « Vitale »), afin de d’accepter sa féminité... Commence alors pour Nour une nouvelle vie, en cachette, et dans le dos de sa mère (Nanou Garcia), étouffante, elle qui tient un restaurant sous l’appartement de sa fille...

Avec ses quelques quiproquos assez embarrassants et répliques référencées bien senties, « Forte » fait sourire à plusieurs reprises. Mais c’est surtout le décalage entre le personnage (au look improbable) de Nour et son rapport à l’homme qui est ici assez cocasse. À titre d’exemple, Nour joue au football (rien d’anormal), mais uniquement avec des hommes, laquelle se change dans leur vestiaire, alors qu’ils sont dénudés... Autant dire que son image envers l’homme n’a rien ici de très sensuel, ce qu’elle va justement essayer de changer, ou plutôt d’affirmer, en restant fidèle à elle-même, et non aux codes que la société attend d’elle. Alors oui, le message passe, mais l’herbe lui est coupée sous le pied.

« Forte » est l’occasion de découvrir la personnalité sans filtre de Melha Bedia dans un premier rôle en tête d’affiche au cinéma, et à semi-autobiographique, elle qui est une spécialiste de la vanne qui cache une grande timidité, souffrant aussi, telle qu’elle le dit, du « syndrome meilleur pote ». Sans oublier un physique atypique propre à elle, ce qui d’autant plus marqué qu’elle a travaillé avec l’ex-rappeuse Diam’s, chargée de l’habillage et du stylisme... Bref, c’est tout Nour, son personnage ! Mais Melha Bedia, qui a co-écrit le scénario, n’a malheureusement pas la carrure de Jennifer Lopez (cf. « Hustlers » de Lorene Scafaria). C’est-à-dire que l’on ne croît pas du tout à cette histoire de pole dance, d’autant plus que l’idée n’est pas assez aboutie (tout ça pour ça ?), malgré l’envie de casser les préjugés. Finalement, ce maigre tremplin, à moitié assumé, n’est qu’un prétexte vers l’acceptation de soi et la féminité de son (sympathique) personnage principal. Cette histoire ne dépasse jamais de ses lignes d’écriture, et reste ainsi bien raide... Heureusement, Katia Lewkowicz et son équipe technique font voyager ce film, profitant de décors et couleurs variés, ce qui permet de le faire vivre au-delà du club de pole dance.

Avec son titre à double sens (physique et psychologique), « Forte » apporte évidemment à chacun de ses personnages une force dont il est question, une réponse à leurs problèmes. Mais il le fait de manière trop lisse, l’ensemble étant trop gentil, et surtout mou du genou, au regard du personnage de Valérie Lemercier, elle qui est totalement transparente, voire inexploitée (elle n’est pas la seule), alors qu’on en espérait beaucoup plus. Et c’est bien dommage, car on sent que l’écriture aurait pu davantage surfer sur son casting et les possibilités que lui offrait cette histoire de pole dance, à contre-courant des intrigues traditionnelles dans le genre. Ici, malheureusement, on jongle entre hésitations répétées et ressorts scénaristiques de plus en plus prévisibles, ce qui finit par faire tomber l’ensemble à plat.

Inoffensif et n’allant pas jusqu’au bout de sa démarche, « Forte » est sauvé par ses quelques dialogues qui font mouche, et bien évidemment par le jeu de Melha Bedia, drolatique dans sa naïveté aveugle, et irrésistible dans sa spontanéité. À défaut d’avoir eu des barres...

https://www.youtube.com/embed/gIcpGgh4VWc
FORTE Bande Annonce (2020) - YouTube