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Barthélémy Grossmann
Arthur Malédiction
Sortie du film le 27 juillet 2022
Article mis en ligne le 29 juillet 2022

par Julien Brnl

Genre : Horreur

Durée : 87’

Acteurs : Mathieu Berger, Thalia Besson, Lola Andreoni, Mikaël Halimi, Yann Mendy, Jade Pedri, Vadim Agid...

Synopsis :
Alex est un fan des films Arthur et les Minimoys depuis qu’il est enfant. Pour son anniversaire, ses meilleurs amis lui font la surprise de l’emmener dans la maison abandonnée où le film a été tourné. Aucun d’eux ne se doute alors qu’ils se dirigent vers un piège machiavélique et mortel. Ce qui était autrefois un rêve d’enfant va bientôt se transformer en véritable cauchemar…

La critique de Julien

On sait Luc Besson et sa société de production EuropaCorp en difficultés depuis l’échec de « Valérian et la Cité des Mille Planètes » (2017), suivi par celui de « Anna » (2019), et la déception relative de « Taxi 5 » (2018), sans compter sur les accusations diverses d’agressions sexuelles dont le cinéaste fai(sai)t l’objet de la part de près de dix femmes. Alors qu’on le pensait ainsi écarté des plateaux de tournage pour un bon bout de temps, ce dernier a pourtant tourné en secret « Arthur Malédiction », durant l’été 2020, soit entre deux périodes de confinements. Aussi inopiné et audacieux soit-il (avant de l’avoir vu), ce projet est bien un spin-off horrifique de sa franchise « Arthur et les Minimoys », qu’il a donc écrit lui-même, bien qu’il ait refourgué la patte chaude au metteur suisse en scène Barthélemy Grossman, lequel réalise seulement ici son second long métrage, tout en étant assez méconnu au bataillon, malgré une dizaine de courts-métrages à son actif. Or, à l’issu de la séance, une seule affirmation nous vient à l’esprit : Besson s’est perdu, et ses Minimoys avec.

Tourné à l’économie pour un peu plus de deux millions d’euros, plusieurs prises de vues ont notamment eu lieu dans le château des Laitiers dans l’Orne, propriété de Luc Besson, tandis que Thalia Besson, l’une des filles du producteur, y tient l’un des rôles principaux. Ce film, révélé trois mois avant sa sortie, aurait pu être (vu comme) un produit marketing, voué à la gloire « d’Arthur et les Minimoys » (2006), lequel voit d’ailleurs certains de ses plans intégrés au montage de ce teen-movie - aux relents - horrifiques. Mais qu’il espérait ou non relancer l’univers des petits Minimoys, Besson s’y est de toute manière trompé, étant donné que ce film n’a même pas (encore) comptabilisé deux-cents mille entrées en France. Bref, un nouveau revers de la médaille pour le producteur et scénariste opportuniste, lequel tue là sa poule aux œufs d’or, étant donné également la piètre qualité de cet « Arthur Malédiction »...

On a ici bien du mal à croire à la mise en place narcissique et insensée de cette aventure. En effet, l’intrigue voit un jeune homme de tout juste dix-huit ans se faire offrir par ses sept amis d’enfants une visite en Normandie dans la maison (abandonnée) d’Arthur, ayant servi jadis de décors au film, lui qui est un grand fan de ladite saga cinématographique, tandis que la troupe l’a regardait ensemble lorsqu’ils étaient petits. Sauf qu’Alex (Mathieu Berger) est resté lui un fan incontestable de la franchise, de là à collectionner toute sorte d’accessoires, et à s’émerveiller devant ses décors (intactes). Or, on ne croit pas une seule seconde à cette éventualité fantasmée de Besson ! A vrai dire, qui se souvient encore de cette trilogie, que Besson ridiculise d’autant plus ici dans sa démarche ? Autrement dit, une fausse bonne idée, surtout au vu de la mauvaise blague qu’est ce métrage, soit une série z de bas étage sans vouloir en être une...

Barthélémy Grossmann filme ici un film d’horreur alignant très maladroitement tous les poncifs du genre. Alors que son film met près de vingtaine de minutes à faire les présentations, Grossman filme ensuite un malaise hilare, dont l’escale de ces potes dans un village peu accueillant, avec ses groupes de jeunes drogués qui les fixent du regard, des deux côtés de la rue, tandis qu’une musique inquiétante s’invite. Sans compter sur le fait qu’ils vont se perdre en chemin (huit jeunes, et pas un seul n’est fichu d’utiliser son téléphone correctement), et tomber sur un étrange d’habitant (Ludovic Berthillot), à l’hygiène - au moins des dents - peu ragoutante, les menaçant avec son arme - et son armée de chiens énormes - de ne pas se rendre sur le lieu du tournage, tel un oiseau de mauvaise augure, alors que l’une des filles du groupe verra sur la propriété de ce cet homme une paire de pieds arrachés, chaussures aux pieds, et sang (frais) dégoulinant, sur le fil à linge... Place ensuite à la découverte de la maison, à sa cave austère, et à ses alentours, avant que les adolescents ne se fassent décimer les uns après les autres par des antagonistes aussi crédibles que l’existence même de ce film.

Alors que les festivités ne commencent qu’après plus de cinquante minutes (sur quatre-vingt d’images, c’est peu), « Arthur Malédiction » est un pot-pourri sans imagination d’un autre temps dans son exécution. En effet, pour installer la tension, Barthélémy Grossmann ne fait qu’utiliser tous les stéréotypes du genre, avec une musique qui démarre aux trois-quarts de tour, une brume épaisse dans le bois, des gouttes de sang qui tombent d’un arbre sur un visage, des cerfs qui brament (!), ou encore une menace d’abord hors-champ, avant de s’inviter en premier plan, tout en tournant (trop) rapidement autour de ses futurs victimes, incapables de les voir... Ajoutons à cela des personnages aux réactions incohérentes et qui ne réfléchissent - semble-t-il - pas, joués alors par des acteurs mal dirigés, ou encore un montage indigeste et incompréhensif, qui part dans tous les sens, sans être capable de soulever en plus la moindre peur chez le spectateur. « Arthur Malédiction » porte donc à la fois bien et mal son titre, dans le sens où, sans s’en rendre compte, Luc Besson vient de cracher au visage de son cinéma, et même du cinéma, tandis qu’aucune œuvre, ni même « Arthur et les Minimoys », ne mérite pareille héritage. Une malédiction !



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