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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Ned Benson (2014)
The Disappearance of Eleanor Rigby : Him & Her
Sortie le 7 janvier 2015
Article mis en ligne le 6 janvier 2015
dernière modification le 22 juin 2017

par Charles De Clercq
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94/100

Synopsis : Eleanor aime Conor et Conor aime Eleanor. Que se passe-t-il lorsqu’un couple vivant en parfaite harmonie se retrouve soudain confronté à un événement tragique ? Les deux films composant The Disappearance of Eleanor Rigby racontent la même histoire d’amour, adoptant le point de vue de Conor dans Him et celui d’Eleanor dans Her, se renvoyant l’un à l’autre et s’emboitant comme les pièces d’un puzzle.

Acteurs : James McAvoy, Jessica Chastain, Viola Davis, Ciaran Hinds, Isabelle Huppert, William Hurt, Bill Hader, Nina Arianda.

Je n’ai qu’un cœur. Aie pitié de moi. [1]

The Disappearance of Eleanor Rigby : Him & Her a été réalisé et scénarisé par Ned Benson [2]. C’est son premier long métrage et mon premier coup de cœur de l’année ! Une expérience qui a quelques analogies avec celle que j’ai vécue grâce à Boyhood de Richard Linklater !
Les projets des réalisateurs sont radicalement différents : Boyhood s’étale sur douze ans alors que The Disappearance of Eleanor Rigby : Him & Her ne couvre que quelques mois de la vie d’un couple mais l’un et l’autre films ont ceci en commun : rien de spectaculaire ne s’y passe hormis la simple et terrible banalité du quotidien. Tous deux nous font découvrir (en avant ou en arrière-plan selon le film) des couples en crise comme il doit en exister par milliers !

 Deux pour un !

Le film réalisé en 2013 possède deux volets et devrait être proposé au public en deux parties distinctes. Il a déjà été diffusé en France par la chaîne Netflix et a fait l’objet en 2014 d’un montage différent en une seule partie (Then) qui a été présenté au Festival de Cannes dans le cadre de Un Certain regard. Je n’ai pas vu ce dernier et, en principe, il ne devrait pas être distribué en Belgique et je crois que c’est une bonne chose. En effet, pour Him et Her, les deux font la paire, indissociable ! Certes, on peut envisager de voir l’un ou l’autre mais on y perdrait beaucoup. Il faut voir les deux. La question étant de savoir dans quel ordre ! En théorie il n’y en aurait pas. En pratique, je crois que l’on gagne beaucoup à voir Him avant Her car ce dernier dévoile des éléments qu’il est préférable de découvrir après la vision de Him. Ceci écrit, je pense que j’irai revoir les films en commençant par Her pour faire une autre expérience.
En salle vous serez tributaires des horaires de projection. Les exploitants proposeront peut-être des visions simultanées de Him et de Her et peut-être des tickets duos pour découvrir ces deux films où tant James McAvoy et Jessica Chastain que les seconds rôles donnent « vie » avec beaucoup de pudeur et d’émotion aux personnages qu’ils interprètent.

 Disparition ?

Le synopsis ci-avant nous dit quasiment tout de la trame ténue du film. Celui-ci nous proposera deux regards, deux approches, ceux de Connor et ceux d’Eleanor. Celle-ci disparait un jour de la vie de son mari alors qu’ils vivent ensemble depuis sept ans. Que faire, comment vivre lorsque l’autre, l’être aimé n’est plus là devant nos yeux, à portée de mains ?

En somme, comment faire le « deuil » ? Faut-il (en) parler ? Comment poursuivre sa vie, vivre, travailler, être en relation ? Toutes ces questions sont abordées par chacun des films. Ceux-ci nous permettront la lecture de chacun des membres du couple et nous ferons découvrir leur entourage et familles respectifs, le rapport aux pères, la relation parents/enfant(s). Les ellipses seront très nombreuses et le langage de certains pourra paraître très académique. Sans dévoiler la trame des récits qui n’ont absolument rien d’extraordinaire, sinon un fait marquant, en creux, en manque, et que Her dévoile plus vite que Him (une des raisons, à mon sens pour le voir en deuxième lieu !)
Deux possibles clés de lecture nous sont données : les génériques d’abord ; certaines scènes vécues par les protagonistes principaux ensuite. On pourrait probablement y ajouter l’affiche du film A Man and a Woman (Un homme et une femme de Claude Lelouch) - chez les parents d’Eleanor - qui apparaît plusieurs fois durant le film !

 Génériques !

La première scène de Him, d’un peu plus de trois minutes se termine par le générique en lettres bleues. Un peu plus d’une heure trente après, le générique de fin. Toujours dans les mêmes couleurs :

La première scène de Her dure deux minutes et on ne la comprendra qu’un peu plus tard et d’autant mieux si l’on a vu Him auparavant. Ensuite c’est le générique de Her en lettres dans d’autres couleurs qui seront les mêmes pour le générique de fin :

Deux génériques. Deux couleurs ou plutôt des nuances de couleurs. Le ton et la tonalité du film sont donnés dans ces génériques. Dans ceux-ci des lettres plus colorées que d’autres, plus sombres ou plus pâles. Certaines mises en avant, se remarquent comme autant de lettres écarlates pour Her. Si l’on voit Him avant Her lorsque le générique déploie ces lettres, l’on peut deviner qu’il s’agira de lettres d’une inconnue car nous ne connaîtrons un peu mieux l’énigmatique Eleanor de Him qu’au cours de ce second film !

 Visions doubles !

Les deux films nous permettent de découvrir des éléments qui trouvent réponse ou plutôt complémentarité dans leur vis-à-vis. Certaines scènes reviennent avec d’autres points de vue, d’autres angles. Dans l’une d’elles, notamment, on découvrira qu’une chemise n’est pas la même. Faute de script et de raccord ? Que non ! En effet, les dialogues seront non seulement différents mais plus encore, le locuteur le sera ! Cette scène arrive tardivement et ne peut prendre tout son sens qu’en ayant vu les deux films (quel que soit l’ordre !). Mais elle éclaire d’un jour totalement nouveau ce que nous avons sous les yeux.

C’est que nous découvrons non pas la « réalité » mais la perception de celle-ci par Connor ou Eleanor ! Autrement dit ce que nous voyons est la reconstruction (et la théorie au sens étymologique du mot) par l’un et par l’autre. Cela est fondamental car il permet de comprendre un élément apparemment déconcertant des films : certains dialogues sont très triviaux alors que d’autres sont éminemment littéraires, quasi universitaires.

Les mots que nous entendons ne sont pas les mots du réel, mais les mots d’un univers reconstruit et revisité par chaque protagoniste. Chacun d’eux sort donc du flux du temps des événements, des situations, des souvenirs qu’il met en situation pour construire son « discours ». S’il est des éléments communs – avec des lectures et constructions parfois contradictoires, il en est d’autres propres à la sphère personnelle de l’un et l’autre et donc parfois en dehors du couple. Mais il y a surtout de nombreuses ellipses. Celles-ci sont au cœur de ces films. Et elles sont indispensables. Lorsque nous nous racontons ou lorsque nous revoyons notre vie nous faisons toujours de telles ellipses et impasses… sinon il nous faudrait dupliquer le temps de vie pour le narrer !

 Réalité vs Vérité...

Nous n’avons donc pas à prendre ces récits au pied de la lettre. Ce ne sont pas des faits « historiques » mais les relectures de Connor et d’Eleanor. C’est important car le réalisateur nous a épargné la caméra « subjective » (portée à l’épaule, par exemple) où nous verrions ce que « voient » nos « héros ». Non, nous découvrons ce qu’ils racontent : à eux-mêmes, au conjoint, aux autres (et probablement à nous). De ces récits, nous retiendrons aussi des éléments et en omettrons d’autres lorsque nous reconstruirons l’histoire de Connor et d’Eleanor, l’histoire d’une disparition !
A notre tour, nous élaborerons un autre récit avec des ellipses et des reconstructions (c’est probablement ce qu’a fait ou tenté de faire le réalisateur avec Then !). Et longtemps encore ces films nous trotteront en tête, nous obligeant à cheminer aux côtés de ce couple, à en découvrir les failles et les grandeurs, à faire avec eux un chemin vers notre humanité, celui qui nous conduit inexorablement à accepter que nous sommes fragiles et mortels !

NB : Je vous invite également à poursuivre par la critique du film par Nicolas Gilson sur le site Un grand moment...

 Bande-annonce (VO)

 Les liens IMDB

Him : durée 1h35 (lien IMDB)
Her : durée 1h45 (lien IMDB)
NB : une autre version existe qui mixe les deux précédentes : Then (123’, lien IMDB)

Notes :

[1Connor à Eleanor, dans la première scène de Him, trois minutes environ après la première image.

[2Qui fut le compagnon de Jessica Chastain jusqu’en 2010.



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