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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Clint Eastwood (2014)
American Sniper
Sortie le 25 février 2015
Article mis en ligne le 31 janvier 2015
dernière modification le 11 janvier 2016

par Charles De Clercq
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80/100

Synopsis : Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

Acteurs : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman, Kyle Gallner, Max Charles, Brian Hallisay.

Mise à jour : recension du blu-ray.

Un jeune critique cinéma pour qui j’ai beaucoup d’estime termine sa chronique d’American Sniper sur le blog de cinephilia.fr par ces mots : « Il faut se faire une raison, la belle époque de Clint est belle et bien derrière nous. ». Je suis d’accord mais il a encore de beaux restes ! Je répondais à l’antenne lors de ma critique de Jerseys Boys (à 1’30 environ de ce fichier audio) à Enzo Bordonaro qui m’interrogeait : « Un Clint Eastwood qui semble-t-il réussit très bien comme réalisateur ? » par « Clint !? Il vieillit un peu... ». j’aimerais vieillir comme cela et aussi que d’autres jeunes et fougueux réalisateurs fassent aussi bien que le Clint de 2014 !

American Sniper est l’adaptation pour le cinéma de la vie (une partie de) du sniper américain Chris Kyle, décédé le 2 février 2013. Probablement peu ou mal connu de ce côté de l’Atlantique, il est aux USA (au moins chez les Républicains) une gloire nationale, à preuve les vraies photos de ses funérailles à la fin du film. On pouvait craindre le pire : un film à la gloire d’un homme de guerre qui se concentrerait uniquement sur des faits de guerre et nous montrerait 160 tirs de précision du début à la fin du film.

Or il n’en est rien. Le film se déroule entre deux épisodes de chasse, non pas à l’homme mais au gibier. Le jeune Chris Kyle avec son père ; Chris Kyle, lui-même, après son retour d’Irak, avec son fils. Le flambeau ou plutôt le fusil passant du père au fils, de génération en génération. En quelque sorte, la malédiction du fusil. Et cela, avec un arrière-plan religieux : en somme, Une Bible et un fusil [(pour reprendre la traduction française de Rooster Cogburn (Stuart Millar, 1975)]. Bible et fusil, les deux biberons des petits américains, comme on le découvre avec les cadeaux d’anniversaire de Mason, interprété par Ellar Coltrane dans Boyhood.

Le film nous montre également l’entrainement physique très important et quasi déshumanisant des membres de la Navy qui se destinent à faire partie des SEALs. Je n’ai pu m’empêcher, dans un tout autre domaine, à penser à un autre entraînement celui de Whiplash. Dans l’un et l’autre cas, la difficulté, la douleur et l’humiliation mènent à accroître sa performance au préjudice de son affectivité, voire de son identité.

Outre une assez proche ressemblance physique, Bradley Cooper (qui aurait suivi un entraînement physique intensif - y compris avec des membres de SEALs de la Navy - pendant plusieurs semaines pour prendre une vingtaine de kilos avec un régime « paléolithique ») donne corps à cet homme qui va s’engager dans un corps d’élite pour défendre à tout prix son pays et ses valeurs. Le film nous permet de découvrir l’homme côté pile et côté face : à la guerre comme sniper d’exception (il couvre les autres soldats pendant leurs opérations) mais aussi chez lui, avec sa (future) femme, ses enfants. L’une et l’autre faces s’influençant mutuellement jusqu’à entraîner doutes et difficultés.

C’est d’ailleurs ce que j’ai apprécié dans ce film qui n’est pas (totalement) à la gloire des USA ni de ce sniper d’élite. Bien au contraire nous découvrons peu à peu comment son action sur le terrain handicape sa vie personnelle et familiale mais aussi comment celle-ci risque de troubler ses choix difficiles (peut-il tuer femme et/ou enfant, lui qui est époux et père ?) quand il doit agir dans l’urgence et l’immédiateté. C’est donc un homme à la fois fragile et déterminé - notamment dans sa quête du « boucher » Mustafa (très bien interprété par l’acteur égyptien, Sammy Sheik, né à Alexandrie) que nous découvrons grâce à Bradley Cooper. Si certains éléments ne sont pas toujours bien développés ou exploités, ainsi la relation de Chris avec son frère Jeff (Keir O’Donnell), le réalisateur arrive cependant à un soupçon de critique lorsque l’on lit la lettre d’un compagnon d’arme lors de ses funérailles où - avant sa mort - il fait part de ses doutes face à la justesse de la cause qu’il était censé défendre.

Enfin, sans être un film à la gloire des USA, il va de soi que le parti-prix est de ce côté là. On rêverait d’un film qui montrerait l’autre côté, une autre version, un peu comme le diptyque Lettres d’Iwo Jima/Mémoires de nos pères... mais ce serait aujourd’hui probablement très politiquement incorrect !

Le film s’achève avec la mort de Chris hors champ. S’agissant de l’adaptation d’une autobiographie, il n’était pas possible d’aller au-delà de la vie. La « solution » du réalisateur est alors de basculer dans un autre champ, celui du « réel », avec les images de l’hommage rendu par des américains à celui qu’ils considéraient comme un « héros ». Nous avons quitté le regard que Chris portait sur lui-même, sa propre relecture de sa vie. Clint Eastwood, relit la vie de Chris et ferme le livre de celle-ci, ou ici, le film de celle-ci, par un hors champ au moment du générique en nous montrant la « célébration » dans un monde réel. Double regard : celui des américains qui veulent l’honorer, celui de Clint qui sélectionne dans ce monde « réel » des images pour en rendre compte.

Voici donc un film qui m’a beaucoup touché -malgré quelques faiblesses - et qui témoigne probablement de façon inconsciente des doutes et incertitudes d’un grand réalisateur, par rapport à ses idéaux américains, mais aussi la fragilité de l’existence humaine, sa propre fragilité... mais là, je m’engage peut-être trop loin, en faisant un miroir de mes propres fragilités !


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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