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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Maxime Giroux (2014)
Félix & Meira
Sortie le 11 mars 2015
Article mis en ligne le 20 février 2015
dernière modification le 17 mars 2015

par Charles De Clercq
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82/100

Synopsis : Tout oppose Félix et Meira. Lui mène une vie sans responsabilité ni attache. Son seul souci, dilapider l’héritage familial. Elle est une jeune femme juive hassidique, mariée et mère d’un enfant, s’ennuyant dans sa communauté. Rien ne les destinait à se rencontrer, encore moins à tomber amoureux.

Acteurs : Martin Dubreuil, Hadas Yaron, Luzer Twersky, Anne-Elisabeth Bossé.


 Félix, Meira... et Mommy !

Le Canadien Maxime Giroux nous propose ici son troisième long métrage. Comme d’autres avant lui, il sort de la « belle province » pour nous offrir un film remarquable à tous points et plus encore que son deuxième film, très sombre, Jo pour Jonathan, qui raconte l’histoire de deux jeunes frères, Jonathan et Thomas. Je ne l’ai pas (encore) vu car le DVD, actuellement introuvable, ne semble disponible qu’au Canada.

Félix et Meira a été présenté au Festival international du film de Toronto ou il a remporté le prix du Meilleur film canadien, face à... l’excellent Mommy ! C’est tout dire. Comme pour d’autres festivals et/ou remises de prix ou distinctions où Mommy semblait incontournable, ce dernier s’est fait coiffer au poteau. Les cinéphiles qui, comme moi, ont aimé Mommy peuvent le regretter. Il n’empêche que le jury canadien attire ainsi notre attention sur un film qui risquerait d’être boudé, notamment à cause des thèmes abordés.

 Au temps des barbus !

Mon intertitre aurait pu s’intituler « autant de barbus ! » ! Mais, s’agissant de protagonistes dont la pilosité est à ce point importante, celle-ci l’est plus encore en ce début d’année 2015. Le sujet est délicat, d’autant plus délicat que ces barbes définissent des humains, pour le meilleur et pour le pire, et dessinent entre eux des frontières. Le film nous fait entrer de plain-pied dans une communauté hassidique. Le hassidisme est l’une des branches de l’orthodoxie juive, née au XVIIIe siècle, à l’Est de l’Europe. Il revendique le respect strict des traditions et de la loi tout en valorisant une joyeuse communion avec le Seigneur, notamment par la danse et le chant.

L’intransigeance, les coutumes, les façons d’être sont à ce point particulières qu’elles peuvent susciter l’interrogation par rapport à ce milieu fermé. En même temps, un éventuel sentiment de rejet, voire de répulsion pour certains, se confrontera à toutes les questions que pose un antisémitisme larvé ou aggravé que nous constatons aujourd’hui. L’actualité nous l’a prouvé à suffisance. Il est donc « politiquement incorrect » de condamner, a priori, cette communauté hassidique, repliée sur elle-même au sein de laquelle Meira a beaucoup de difficultés à trouver sa place. Mère d’un enfant,elle vit au sein de cette communauté, à la fois à l’intérieur et parfois, à la marge, toute proche d’une frontière qu’il est toujours tentant de franchir. En effet, nous nous trouvons ici non seulement dans un monde étrange, mais aussi étranger : étrangère en son propre pays. C’est l’actrice israélienne Hadas Yaron qui interprète de façon remarquable ce rôle pour lequel elle a dû apprendre le yiddish et le français.

 Une séparation !

J’emprunte le titre au film iranien d’Asghar Farhadi (2011) qui traitait notamment d’approches religieuses différentes en fonction des milieux sociaux. Au-delà de cette frontière, mais au sein même d’une communauté et d’un quartier juif, un homme, Félix, qui ne rêve que de profiter de
la vie et de dilapider son héritage. Le hasard lui fera rencontrer Meira. Le film nous fera découvrir leurs rencontres. Fortuites tout d’abord, cherchées ensuite pour être, peut-être assumées enfin. Leurs modes de vie et conceptions de l’existence les opposent. Il est libre Félix, du moins le croit-il, mais il est bien seul, lui qui n’est en relation qu’avec sa soeur et qui assume un célibat qui ne l’engage à rien. Elle n’est pas libre, elle est obligée de respecter les traditions et ne peut y déroger, par exemple en écoutant de la musique, tout aussi inconvenante pour les siens que pour les barbus de Timbuktu ! Mais il y a les siens qui, au-delà de pratiques et de rituels anachroniques, l’intègrent dans une communauté où elle est « chez elle », reconnue et intégrée. Cette communauté dépasse donc la stricte cellule familiale : son époux et son enfant. La séparation entre le pur et l’impur, entre ce qui est casher ou pas est structurant de l’univers religieux juif ! Dès la genèse, Dieu apparaît comme celui qui sépare ! Il est donc légitime à défaut d’être compréhensible que la communauté juive de Meira soit repliée sur elle-même et séparée des autres. Dès lors, sans même intégrer la notion d’adultère et de faute, il apparaît dès le début que Félix n’est pas casher. Il ne peut pas être fréquenté. Intouchable en quelque sorte. La démarche est donc plus difficile pour Meira qui doit franchir plusieurs frontières, lignes de démarcation : celles qui délimitent son foyer dont le mari auquel est est liée, celles qui l’enferment dans sa communauté, celles qui la confine à une obligatoire « ritualité ». Rien de tout cela pour Félix. Ces aspects communautaire et religieux sont insensés pour lui, ils ne portent pas sens, n’ont aucune signification !

 Un mari !

Une histoire d’amour va donc naître entre Félix et Meira ! Mais celle-ci est mariée. De façon paradoxale, alors qu’il nous faut, en saine et sainte éthique réprouver l’adultère, le spectateur en vient à avoir de l’empathie pour cette relation amoureuse réprouvée. Mais les choses ne sont pas binaires, en noir et blanc. Là où un film comme Gett (The Divorce Trial of Viviane Amsalem) nous faisait découvrir la perversion d’un système machiste qui sous couvert de la religion aliène la femme aux droits de son mari (alors même que nous ne sommes pas dans le milieu hassidique) le long métrage de Maxime Giroux nous montre un mari beaucoup plus attentionné. Le film nous fera découvrir cet homme qui, au-delà de la revendication de ses droits, voudra avant tout le bien de sa femme. Pour Félix, les escapades de son épouse, musicales ou adultérines sont incompréhensibles. Cependant, en ces deux domaines, il lui faudra probablement lâcher prise pour qu’un à-venir non désiré puisse se concrétiser sur fond de lagunes et de cris d’enfant.

 En complément...

Voici une liste, non exhaustive, de films qui abordent des questions religieuses en trame de fond et que l’on pourra voir ou revoir après Félix et Meira ! :

 Diaporama

 Bande-annonce


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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