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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Laurent Micheli
Even Lovers Get the Blues
Sortie le 30 août 2017
Article mis en ligne le 18 juillet 2017
dernière modification le 4 septembre 2017

par Charles De Clercq
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Ils ont trente ans ! Ils (s’)aiment. Font l’amour. Ils n’ont qu’un seul avenir : aujourd’hui !
On ne peut que se réjouir de voir sortir ce film qui montre le potentiel d’un nouveau cinéma belge.

Synopsis : Ana couche avec Hugo, Dalhia avec Graciano, Léo avec Louis et Arthur avec tout le monde. Entre fêtes et amours surgissent les remises en question, les désirs profonds et l’urgence de vivre.

Acteurs : Marie Denys, Tristan Schotte, Adriana Da Fonseca, Catherine Salée, Arnaud Bronsart, Séverine Porzio.

 Le prix de la Critique à Namur

J’ai eu l’occasion de découvrir ce film pour la première fois dans le cadre du BE Festival en fin décembre 2016. J’en ai fait écho à l’époque, en même temps que du court-métrage qui le précédait. C’était fortuit, mais celui-ci ouvrait un espace, un boulevard pour le film de Laurent Micheli. Cinergie le signalait déjà en novembre 2016, dans le cadre de la rencontre avec Olivier Boonjing, le directeur photo de La Trève mais aussi de Even Lovers get the Blues qui « un peu à la surprise générale, trustait le Prix de la Critique au Festival International du Film Francophone de Namur ». Il ajoutait : « la révolution actuelle passe, aussi dans ces films auto-produits ou presque, comme Nous quatre ou Even Lovers Get The Blues, qui ont une vraie force et qui sont reconnus, dans les médias y compris. C’est une réalité, ces films-là, en plus des séries, des web-séries et même du court-métrage modifient le paysage, en termes de variétés de genres et d’audace. On assiste à un passage de flambeau : même les réalisateurs confirmés savent qu’ils doivent se réinventer. »

 et d’autres prix !

Lentement mais surement, le premier film de Laurent Micheli a fait son bonhomme de chemin... à l’étranger. C’est ainsi qu’outre le Prix de la critique décerné par les représentants de la presse cinématographique lors du FIFF en 2016, son film en a obtenu d’autres, à l’étranger :

  • Prix du public FilmOut San Diego 2017
  • Prix du Meilleur Réalisateur Jim Thorpe Independent Film Festival
  • Most Challenging Film Award Indie-Lincs International Film Festival
  • Mention Spéciale du Jury TLVFest - The Tel Aviv LGBT Film Festival

L’on pouvait craindre que l’adage « Nul n’est prophète en son pays » se vérifie une fois de plus ! C’était sans compter sur la ténacité du réalisateur et de son équipe qui conduira à la projection du film en Belgique pour la rentrée (à partir du 30 août 2017). Ce qui m’a permis de revoir le film et de confirmer mes premières impressions et mon jugement (et donc sans influence du court dont je fais état ci-devant !).

 Passer le flambeau

Comme le relève Olivier Boonjing, il y a un passage de flambeau. Le cinéma de Micheli, ce n’est pas le cinéma flamand que nous connaissons, ce n’est pas le cinéma des frères Dardenne et ce n’est pas non plus celui de la comédie sociale comme Marbie Star ! Et il faut ici remercier et louer ceux et celles et les institutions qui ont fait confiance, voire financé le cas échéant Even Lovers... Je ne peux que renvoyer à ce que j’écrivais à chaud après le BE Festival mais également à l’écho qu’en fait MisterEmma sur son site. Il y a aussi dans ce film des analogies avec Low Notes, tant dans les thèmes abordés que dans la difficulté de se faire voir en Belgique !

 Vivre le moment présent

Il ne faut pas être bouddhiste comme dans Walk With Me pour vivre l’instant présent. C’est ce que font certains protagonistes de Low Notes de Laurier Fourniau, de Shortbus de John Cameron Mitchell ou encore de The Rules of Attraction de Roger Avary. On peut, plus loin, songer à certains films d’Harmony Korine ou de Larry Clark. C’est qu’il s’agit ici de vivre l’instant présent, non comme but ultime, mais par contrainte, par sensation de déréliction, d’abandon, d’absence de futur (c’était un des derniers paragraphes de ma critique de décembre). Ces thèmes sont notamment traités par Bret Easton Ellis et le mouvement Génération X situé alors dans les années 1980. Trente ans plus tard, c’est devenu pour certains une norme ou un art de vivre et Laurent Micheli jette un regard sur la génération qui a succédé, quel qu’en soit le nom. Faute d’avenir, elle vit dans l’instant, le hic et nunc, non volontairement, mais parce que l’espoir à disparu. La fête, la drogue et le sexe leur paraissent la seule voie de sortie.

 La nécessaire banalité du quotidien

L’on pourra se dire que leur vie est banale, tout comme leurs activités, leurs échanges, leurs dialogues. Et c’est le cas et l’on doit savoir gré au réalisateur de mettre le doigt dessus, d’appuyer, là où cela fait mal parfois. Surtout si nous avons des plans de carrière, à défaut de plans sur la comète. Et je renvoie ici au documentaire cité plus haut Walk With Me et où l’on découvre comment celui qui n’était pas encore bouddhiste avait écrit dans son journal son plan de vie ! Face à sa vie actuelle, insignifiante dans le moment présent, il y a un abîme. Quel est le meilleur choix ? L’Illusion n’est-elle pas de croire que nous ferons de grandes choses ? Certes oui, mais comme il m’arrive souvent de le dire lors de funérailles que je préside comme prêtre, est-ce que la caractéristique de notre existence ne se manifeste pas dans sa banalité ? Combien de journées se terminent-elles en se disant : « Qu’est-ce que j’ai bien pu faire de ma journée ? ». Banalité mais aussi sexualité ! Mais là je n’en parle pas lors de funérailles... puisque c’est une chose dont on ne parle pas et qui à entendre nos paroles publiques sont peu importantes alors que l’analyse des requêtes Google montre l’exact inverse !

 Qui faut-il choisir d’aimer ?

Le réalisateur ne craint pas de montrer des images explicites qui pourront choquer. Toutefois elles donnent une coloration juste au récit (et sans aller aussi loin dans la sexualité explicite que Shortbus ou Love de Gaspar Noé) en l’ancrant dans la vie de ses protagonistes et la difficulté de leurs choix. Si le film est destiné à des spectateurs avertis, je ne puis que le recommander chaleureusement, d’autant qu’il aborde un sujet tabou pour certains, celui du genre ou du moins de l’objet du désir. Faut-il choisir un partenaire de l’autre sexe ou du même ? Et si l’on voulait vivre avec les deux ? Comme je l’écrivais l’an dernier, c’est un thème déjà abordé en 2004 par Michael Mayer dans A Home at the End of the World (La Maison au bout du monde) avec Colin Farrel et Robin Wright Penn. Du reste, n’hésitez pas à poursuivre par la lecture de ma première critique.

NB : Patricia Chica, réalisatrice canadienne, va même plus loin encore dans son court métrage Morning After, projeté au Rhode Island le 12/8/17 et primé dans le même Festival. Le film aborde un thème encore peu traité, celui de la « sexualité fluide » de la génération « no labels ».

 Diaporama

 Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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