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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Julio Medem
Ma Ma
Sortie le 10 août 2016
Article mis en ligne le 27 juillet 2016

par Charles De Clercq
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Synopsis : Magda est institutrice. Alors qu’elle vient de perdre son emploi et de se séparer du père de son petit garçon, on lui diagnostique un cancer du sein. Plutôt que de sombrer dans le désespoir, elle décide de partager des moments agréables avec ses proches : son petit garçon de 10 ans, prodige du football, son médecin bienveillant et un inconnu qu’elle vient de rencontrer. Magda décide alors de croire en la vie et de profiter de chaque instant. [Photo : Asier Etxeandian, Julio Medem et Luis Tosar (source)]

Acteurs : Penélope Cruz, Silvia Abascal, Luis Tosar, Jon Kortajarena, Asier Etxeandia, Ciro Miró, Samuel Viyuela.

 Un film attendu !

Julio Medem est un réalisateur que nous apprécions beaucoup et la quasi-totalité de son œuvre se trouve dans notre DVD-thèque. Autant dire que nous attendions avec impatience son dernier film (ci-contre : l’affiche espagnole) où il fait tourner l’excellente (et belle) actrice Penelope Cruz ! Nous la retrouvons ici dans un drame, intitulé Ma Ma (voire Mama dans certains pays). En espagnol Mama, c’est le sein et l’homophone Mamá, c’est la mère (au sens de parent biologique - ou adoptif - d’un enfant). Le sein et la maternité, deux choses intrinsèquement liées. Elles sont d’ailleurs au cœur même du film de Julio Medem. Nous sortons toutefois mitigé de la projection de ce drame. Là où celui-ci aurait dû nous émouvoir, il nous a fait rire avec certains confrères à quelques moments du film et particulièrement la fin qui est pourtant voulue comme mélodramatique. A tel point que certains des acteurs et même l’équipe auraient été en larmes durant le tournage. Que s’est-il passé pour que la sauce ne prenne pas parfaitement ? Le réalisateur a scénarisé lui-même son film. Les acteurs ne sont pas en cause. Outre l’actrice principale, les deux hommes de l’histoire sont admirablement interprétés par des acteurs talentueux : Luis Tosar (Arturo, le chercheur de talents dans le monde du football) et Asier Etxeandia (Julián, le gynécologue de Magda). Le jeune Teo Planell (Dani, le fils de Magda) n’est pas en reste et tire très bien son épingle du jeu.

A l’arrivée, le film comme regard et réflexion dramatique sur le cancer ne nous a pas vraiment marqué alors même que le réalisateur a une formation médicale ! Sur ce thème, nous avions été touché et séduit par Truman (également un film espagnol) de Cesc Gay sorti cet été sur nos écrans ou par 50/50 de Jonathan Levine (2011) !

 Ma Ma : un drame sur le cancer ?

Nous étions plusieurs à avoir l’impression d’avoir vu l’équivalent d’un « roman photo » des années soixante ! Plus que le mélodrame, nous voyions un drame cousu de fils blancs, presque « cliché ». Le dénouement nous apparaissait quasiment au premier tiers du film lorsque nous découvrions que deux protagonistes s’étaient déjà rencontrés dans une boîte échangiste, El origen del mundo (référence aussi au tableau de Gustave Courbet, L’origine du monde, 1866) !

Il y a certains effets qui semblaient de trop, ainsi l’image d’un cœur battant à l’intérieur d’un corps qui revient comme un leitmotiv jusqu’à son arrêt (qui n’est pas celui du film). Ou encore la petite Natacha (Anna Jiménez) que Julián aimerait adopter et qui fait partie de façon récurrente des rêves ou hallucinations visuelles de Magda. Outre celles-ci le film compte quelques flashbacks qui rompent la structure temporelle du récit et viennent nous donner un surcroit d’informations pour comprendre et « lire » la situation actuelle. Pourquoi pas ? mais cela ne nous paraissait pas totalement indispensable à la cohérence ! Ce que nous regrettons avec ce cœur, c’est l’insistance sur le symbole. Comme si nous n’avions pas compris. Ainsi une autre scène, avec quelques crabes sur une plage. Le regard de notre héroïne en dit long sur l’association d’idées crabe/cancer. OK. Mais nous avions compris depuis longtemps la douleur de Magda dans ses regards justement, sur la plage, sur la poitrine d’autres femmes. C’est donc un film sur le cancer et qui nous montre son évolution, son traitement ou sa tentative, les impasses, les effets secondaires. Nous l’avons déjà signalé : d’autres films nous ont plus touché sur ce thème (Truman , 50/50).

 Mama : un drame sur la maternité ?

Il ne s’agit pas seulement d’un film sur le cancer, mais aussi une histoire de maternité et en ce sens, le titre peut phonétiquement être entendu dans un double sens. Le sein et la mère comme nous l’écrivions en tête d’article. C’est d’abord le rapport d’une mère avec son fils qu’elle élève seule (séparée du père). Le fils qui est fan de foot et rêve d’être joueur pro. La mère est un peu dépassée, confond parfois les joueurs et les clubs même si la passion du fils l’a contaminée. Ainsi une scène cocasse dans le club libertin où une télévision diffuse un match en toile de fond. Elle s’extasie d’un goal qui n’intéresse personne : les regards ne sont pas tournés vers la télévision, mais vers les hommes et les femmes qui fréquentent le club.

 Ma Ma : un drame sur l’amour ?

La mère, devant la mort annoncée, rêve d’être mère encore. Car à défaut de rencontrer l’amour dans l’endroit de luxure, elle s’est fait prendre par trois hommes qui vont la « remplir de sperme », des hommes choisis par le gentil gynéco qui l’accompagne et dont elle est amoureuse.

Et c’est là, justement le troisième axe du film : l’amour. Doublement amoureuse : d’Arturo, mais aussi de Julián et engrossée par un troisième homme - d’un groupe de trois - dans l’El origen del mundo. Des trois, elle ne sait lequel est le père de sa future fille, Natacha. Et pourtant, celle-ci pourra se revendiquer, à la fin, d’avoir trois pères (si l’on tient compte du biologique). C’est que Ma Ma ajoute un dernier fil conducteur, une histoire d’amour ’homo-sensuelle’ que l’on vous laisse découvrir dans le film. Présentée sans complexe et avec beaucoup de tendresse par le réalisateur, elle ajoute une autre dimension au film, ouvert ainsi sur d’autres dynamiques amoureuses. Toutefois, si l’on apprécie la cool attitude de Medem et de ses personnages, l’histoire est un peu trop fleur bleue (ou rose ?) et très prévisible (dès que l’on sait pourquoi certains fréquentent le club échangiste on devine comment cela va se terminer !).

Alors notre absence de cote témoigne de notre indécision ! Nous sommes partagés, fifty-fifty ! 50/50 ! Les bonnes idées sont là, le drame aussi, paradoxalement le mélodrame rate sa cible. Les thèmes abordés sont séduisants, mais le réalisateur aurait gagné à faire plus confiance en l’intelligence du spectateur. Ici, il se sent tellement guidé sur des rails formatés que le plaisir en est totalement gâché. Hélas, l’émotion, certes présente, risque d’être étouffée par le rire. A moins de classer le film dans le genre « comédie dramatique ». Un film dans lequel les acteurs se sont vraiment engagés, mais où Penélope Cruz rayonne, même « amputée » (cf. les dialogues) d’un sein - et bravo pour les maquillages et/ou effets spéciaux.

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 Bande-annonce :


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