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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Patricia Chica
Morning After
Court-métrage projeté au Rhode Island (12/8/17)
Article mis en ligne le 13 août 2017
dernière modification le 16 août 2017

par Charles De Clercq
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Un court-métrage tendre et jubilatoire qui dépasse et supprime les étiquettes !
Un film où le genre n’a plus d’objet et où l’on peut vivre la « fluidité » sexuelle. 80/100

Prémisse : Après un long séjour à l’étranger, Michael (Thomas Vallières) revient à Montréal et se réunit avec ses amis. Un jeu sensuel entre eux le force à affronter un conflit intérieur profond qui l’amène à une puissante réalisation libératrice.

Synopsis : Michael vient de revenir dans sa ville natale après avoir passé deux ans à l’étranger. Il se retrouve chez son ami Edward dans une fête de bienvenue que ce dernier a organisée en son honneur. Alors qu’il connaît seulement Edward, Michael devient rapidement lié avec le reste de la bande grâce à un jeu provocateur qui implique la dégustation de chocolats et le “French-kissing”. Par contre, l’ouverture d’esprit du groupe provoque un questionnement profond en Michael, qui cherche à savoir si les étiquettes sexuelles sont vraiment nécessaires pour se définir ? Après un orage en plein milieu de la nuit qui arrose les jeunes fêtards de manière impromptue, il trouvera sa réponse le lendemain matin.

Les acteurs : Morning After, présenté cette année au Festival de Cannes, met en vedette cinq jeunes acteurs : Thomas Vallières (Game of Death), Zoé de Grand Maison (Orphan Black), Joey Scarpellino (Les Parents), Jordana Lajoie et Kristian Hodko (The Howling : Reborn) [1].

Les internautes qui surfent sur ce site et les auditeurs de mes émissions savent l’intérêt que je porte au court-métrage. Ce « genre » cinématographique n’est pas un parent pauvre du cinéma, il en constitue une branche essentielle ; malheureusement, hors les festivals, rares sont ceux qui peuvent les visionner. Autant dire que beaucoup peuvent passer à côté de certaines perles dont celle-ci, Morning After qui aborde le thème de la génération identifiée comme No Labels. La réalisatrice voulait "parler de la connexion humaine, de l’énergie métaphysique qui nous unis et de l’exploration sexuelle sous un angle autre que celui des étiquettes LGBTQ ou hétérosexuelles. Je voulais faire un film sur le désir qui irait au-delà de la dimension physique conventionnelle... une approche plus profonde et peut-être même plus transcendante de la sexualité, de l’expression personnelle et de l’acceptation de soi.”. Patricia Chica est documentariste, mais pas que et a réalisé de nombreux films (voir sur IMDB). Son dernier court-métrage (une fiction) a été présenté le 12 août au Rhode Island Film Festival (RIFF) conjointement avec 1:54 de Yan England.

Les organisateurs ont associé les deux films à cause de la thématique LGBT du long-métrage de Yan England. En réalité, il est probable que ce faisant, ils ont étiqueté le court-métrage de Patricia Chica dans la case LGBT. Ce que justement le film n’est pas, malgré les apparences. Une précision d’abord. Quelques jours avant la vision de Morning After, je découvrais sur le site de Métro un article intitulé « Un juriste plaide pour la reconnaissance des polyamoureux ». Il commençait en ces termes : « L’amour se vit à deux, mais pour certains, c’est aussi à trois voire plus. Un professeur de droit plaide pour la reconnaissance juridique des polyamoureux. En Flandre, ils sont 27.000 à se revendiquer « polyamoureux », soit des personnes entretenant une relation romantique avec plus d’une personne à la fois. Frederik Swennen, professeur de droit familial à l’Université d’Anvers, défend l’instauration d’une protection légale pour ceux-ci, rapportent Het Nieuwsblad et Gazet van Antwerpen mardi. » (source).

Le court-métrage aborde et dépasse un thème déjà traité au cinéma, ainsi en 2004 par Michael Mayer dans A Home at the End of the World (La Maison au bout du monde) avec Colin Farrel et Robin Wright Penn et tout récemment par Laurent Micheli en 2016, Even Lovers Get the Blues. A propos de son film, le réalisateur précisait : « Dis-moi comment tu baises et je te dirai qui tu es ». Le film me faisait poser la question suivante : La tendresse et le sexe ont-elles obligatoirement une destination genrée ou est-ce de l’ordre de la culture ?. J’y répondais, tant bien que mal dans ma deuxième critique du film. J’écrivais ainsi que le réalisateur « aborde un sujet tabou pour certains, celui du genre ou du moins de l’objet du désir. Faut-il choisir un partenaire de l’autre sexe ou du même ? Et si l’on voulait vivre avec les deux ? ».

C’est ce genre (!) de questions que Patricia Chica aborde dans un court-métrage, à la fois profond et ludique. Toutefois, elle les dépasse pour ouvrir d’autres horizons. Là où Laurent Micheli, dans Even Lovers Get the Blues traitait d’une génération que l’on pourrait qualifier de « no future », où Laurier Fourniau décrivait une même génération à la Bret Easton Ellis dans Low Notes, Patricia Chica nous fait découvrir une génération sans étiquettes. Ni gay, ni lesbienne, ni couple. Au fil d’un jeu, de baisers qui amèneront les uns et les autres à « baiser », le quintette découvrira au petit matin que l’on peut conjuguer amitié et sexe. Sans complexe, sans question, sans catégorie, sans tabou. Aucun enfermement, aucun cliché, aucune étiquette, ni gay, ni lesbienne, ni même hétéro ou LGBT. En deçà et au-delà de toute étiquette, de toute normalisation, bien au-delà de Threesome (Deux garçons, une fille, trois possibilités) réalisé par Andrew Fleming en 1993. Une génération plus tard, Patricia Chica ouvre de nouvelles perspectives dans un film tendre, émouvant, jubilatoire qui doit beaucoup au jeu de ses trois acteurs et deux actrices qui vont trouver de quoi rendre compte, sans complexe, de cette disparition des étiquettes. On ne peut qu’espérer qu’un jour une occasion soit donnée de voir ce film de l’autre côté de l’Océan !
(Et sans compter une autre façon de déguster le chocolat !).

Mise à jour le 14/8/17 :
Un internaute (qui n’a pas vu le film) m’interpelle : « Vous [2] compliquez une chose toute simple. Il y a un terme pour désigner cela et que vous [3] n’utilisez pas. Il s’agit de bisexualité ».

Certes je n’ai pas utilisé ce mot (et c’est simple oubli dans mon énumération) mais il ne me semble pas convenir non plus. Nous serions encore dans le registre des étiquettes ou des catégories. Celle de bisexualité le serait encore en référence à une norme, l’hétérosexualité elle-même posée comme « normale, naturelle et légitime », terme en opposition à celui d’homosexualité (lui-même avec une connotation médicale ou psychotique).

Je vais référer ici au personnage de fiction Francis Underwood dans la série House of Cards. Il a eu une relation avec Edward Meechum et avec Thomas Yates (sans compter son moniteur de fitness). Certains ont réagi sur les forums en le qualifiant de bisexuel, voire d’« homosexuel refoulé ». Je ne sais ce qu’on écrit les scénaristes mais je ne pense pas qu’ils aient pensé dans ou voulu ces catégories. S’agissant de fiction, je songeais plutôt au Capitaine Jack Harkness dans la série Doctor Who et surtout la dérivée Torchwood. Certains ont parlé de « pansexualité » pour celui-ci.

La réalisatrice (que je n’ai pas rencontrée ou interviewée) ne fait pas une thèse. Elle nous présente quelque chose, un état de fait existant dans la société. Elle bénéficie bien sûr de son expérience de documentariste. C’est aussi dans ce sens que j’ai fait, au début de cette critique, un écho de la demande récente d’un juriste flamand de donner un statut juridique au polyamour.

Il me semble que la réalisatrice rend compte d’une réalité qui émerge, celle d’humain(e)s qui ne se reconnaissent pas dans les étiquettes et catégories utilisées pour traiter de l’amitié, de l’amour et du sexe. Elle utilise un concept que je ne connaissais pas dans cette acception, celui de fluidité (non pas dans son film qui est une fiction mais dans sa note d’intention [4]). Elle le fait - à mon estime - pour décrire un état de vie où les concepts opératoires jusque là ne le sont plus. Ainsi un thème maintes fois traité au cinéma ou en littérature, qui laisse entendre que l’amitié n’est pas possible avec du sexe. On serait ami ou amant, pas les deux. De même, on parlera de bromance pour une amitié virile et entendue comme « pure » et donc sans sexe ! Ici, avec Morning After, il n’y aurait pas de catégorie qui singulariserait le sexe sous forme d’excellence ou de mépris, ni non plus qui mettrait une barrière entre amitié et sexualité et encore moins un « genre » sur le(s) sujet(s)/objet(s) du désir [5].


Pour en savoir plus sur la réalisatrice

Une interview sur sa démarche documentaire, réalisée en 2010 par Jérôme Bossé, un étudiant en cinéma.

https://www.youtube.com/embed/RU9IvU8eYX4
Démarche documentaire de Patricia Chica. - YouTube

Un interview sur « Radio-Canada » de Nathalie Lavergne et de Patricia Chica à propos de son film documentaire « Rockabilly 514 ».

https://www.youtube.com/embed/SmX3yReoA-o
ENTREVUE DE PATRICIA CHICA & NATHALIE LAVERGNE À RADIO-CANADA - YouTube

Diaporama

Source des photos.

Bande-annonce et teaser :

https://www.youtube.com/embed/bvlOek6KNCY
"MORNING AFTER" IndieGogo Campaign Teaser - YouTube
Notes :

[1Le tournage a eu lieu dans le Plateau Mont-Royal, à Montréal

[2(la réalisatrice et moi)

[3(moi)

[4cf. supra

[5Il va de soi que je m’exprime ici comme critique et non comme prêtre catholique. Mes propos ne traduisent pas une prise de position de l’Eglise catholique ou de la Radio Chrétienne Francophone dont je suis producteur des émissions cinéma.


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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