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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Eva Husson
Bang Gang (une histoire d’amour moderne)
Sortie le 27 janvier 2016
Article mis en ligne le 16 janvier 2016
dernière modification le 1er février 2016

par Charles De Clercq
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Quand le désir éveille les sens et le sexe chez des adolescents.
Un film pudique jusque dans et malgré l’impudeur. 83/100

Synopsis : Les faubourgs aisés d’une ville sur la côte atlantique. George, jolie jeune fille de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Pour attirer son attention, elle lance un jeu collectif où sa bande d’amis va découvrir, tester et repousser les limites de leur sexualité. Au milieu des scandales et de l’effondrement de leur système de valeurs, chacun gère cette période intense de manière radicalement différente.

Acteurs : Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Daisy Broom, Lorenzo Lefèbvre.

 Trains et canicule !

Cette histoire d’amour moderne ne laissera pas les spectateurs indifférents. Certains dont je suis loueront le film tandis que d’autres le condamneront en tout ou en partie et beaucoup risquent de rester sur le quai de la gare de départ. Normal en quelque sorte pour ce film qui est, d’une certaine façon, une histoire de trains sous la canicule ! Je joue certes sur les mots, mais dans cette « histoire d’amour moderne » les trains jouent un rôle, j’y reviendrai.

 Les trois cents américains !

Cette histoire, remarquablement mise en scène et filmée par Eva Husson aurait pu s’intituler « Les lois de l’attraction », comme le roman écrit il y a presque trente ans par Bret Easton Ellis et mis en images par Roger Avary en 2002, film dans lequel joue, notamment, James Van Der Beek qui tentait de sortir - semble-t-il - de son image de Dawson dans la série homonyme. Ce n’est toutefois pas un roman qu’Eva Husson met en scène ni d’ailleurs le remake d’un film, mais une histoire « vraie ». Ou plutôt, il s’agit de l’adaptation d’un fait divers américain, survenu en 1999 où trois cents jeunes d’une petite ville d’un milieu « middle class » se sont retrouvés à l’hôpital parce qu’ils étaient atteints de syphilis. La réalisatrice va transposer l’histoire à l’époque contemporaine dans une petite ville provinciale, Biarritz, méconnaissable en la cantonnant à une dizaine de jeunes concernés.

 Une semaine torride !

C’est l’été 2013, la canicule fauche des gens, essentiellement des personnes âgées, des trains déraillent, des passagers meurent et d’autres sont blessés. Ces accidents de trains sont rappelés régulièrement à l’attention du spectateur par le biais d’extraits de journaux télévisés. Il se passe quelque chose qui concerne les adultes, qui bouleverse, oserais-je écrire, le train-train quotidien et que nous entendons en hors champ ou par le biais d’une télévision. Les jeunes sont laissés à eux-mêmes et la chaleur échauffe les sens des corps qui se dénudent. C’est d’ailleurs un des premiers plans du film où la caméra nous montre par la fenêtre une jeune fille qui court nue à l’extérieur et à l’intérieur, les images d’une fin de partie, d’une fin de partouze ! Nous remontons ensuite le temps, quelques jours auparavant pour découvrir comment on en est arrivé là. Dès le début, nous sommes donc informés qu’il y aura des corps nus, du sexe et des sens exacerbés. A ce sujet, le casting a révélé des acteurs criants de vérité. Il s’agit pour la plupart de leur premier rôle et il fallait qu’ils soient à l’aise non seulement avec leur corps, mais aussi avec sa mise à nu. C’est aussi une des raisons pour lesquelles la réalisatrice a tourné dès le début du film les scènes de sexe et en particulier celles où les jeunes sont en groupe.

 L’absence des adultes

Un film où les adultes sont peu présents (à noter la présence au générique de plusieurs Husson, dont la réalisatrice elle-même qui joue le rôle du professeur de mathématiques), il y a bien le père de Gabriel, handicapé qui vit avec son épouse, mais la plupart du temps il s’agit de couples divorcés. C’est aussi un monde de jeunes où les médias sociaux sont très importants, tellement présents que l’on en use et mésuse sans s’en rendre compte. C’est ainsi que l’on se filme n’importe où, nus, faisant l’amour partouzant... Mais ces images censées se trouver uniquement dans des réseaux privés qui ne concernent que ces jeunes dépassent les frontières qui leur étaient désignées. Assignées à résidence virtuelle et privée, elles se retrouvent sur Instagram et YouTube, potentiellement visible partout et par tous, à jamais.

Et quand les corps se retrouvent, brûlant d’un désir sans amour, et que l’on copule à défaut de faire l’amour, quand cela va plus loin qu’une fellation, et que l’on ne trouve pas de préservatif et que de toute façon, la première fois, il ne se passera rien... il y a bien des conséquences dramatiques ! Bien que nous soyons dans l’ère (mais aussi l’aire !) du sida, ce n’est pas celui-ci qui affectera les jeunes, mais bien la syphilis (lien avec l’histoire vraie d’origine) pour plusieurs et une blennorragie pour Alex. Mais ce n’est pas grave n’est-ce pas ! Une injection de pénicilline et l’on repart comme si de rien n’était et s’il y a risque de grossesse, il y a la pilule du lendemain ! Le film se termine pratiquement sur une parenthèse qui se referme après une semaine infernale. On retournera au quotidien d’un été torride : les trains qui déraillent et la vie « ordinaire » de jeunes de seize ans.

 Un film à la Larry Clark ?

A propos d’âge, justement, Finnegan Oldfield, âgé de vingt-cinq ans, arrive à donner corps aussi bien à un adolescent de seize ans (ici) qu’à un jeune adulte (Les Cowboys) ou un adulte (Ni le ciel ni la terre) avec justesse et crédibilité. Outre le casting déjà mis en avant il faut relever le regard tendre et émouvant de la réalisatrice sur l’histoire et ses protagonistes. Le film n’est pas sans faire penser à Larry Clark, en particulier son premier film, Kid, qu’il réalise en 1995, mais également aux Lois de l’attraction (livre et film déjà cités) et aussi, pour l’utilisation de la vidéo par les jeunes, à Klip, un film serbe, réalisé par Maja Milos, et sorti en 2012. Il y a cependant quelque chose de différent pour Eva Husson. Elle filme les corps, masculins et féminins avec beaucoup de tendresse, parfois au plus près, parfois à distance, pudique jusque dans l’impudique et si elle laisse cours à la vision de corps nus, notamment dans le générique final, la caméra n’est jamais obscène, ni pornographique. En ce sens la réalisatrice diffère de Larry Clark dont la caméra viole parfois les corps et l’intimité. Eva filme sans jugement, sans cataloguer. Ainsi la tendresse complice de certains garçons pourra être perçue comme homoérotique chez Clark alors qu’elle est plus ici expression d’une sensualité adolescente.

 Lumière et son sculptent les images...

Le film est lumineux et cela, on le doit au chef opérateur danois, Mattias Troesltrup. « Mattias Troesltrup et moi avons fait la même école de cinéma, l’AFI à Los Angeles. Un ami en commun s’est dit que notre regard sur la lumière présentait des affinités et nous a présentés. Nous avons beaucoup travaillé avec la lumière naturelle. C’était une chose à laquelle je tenais. Lorsqu’on s’attache à des personnages aussi sensibles que ceux de Bang Gang (une histoire d’amour moderne) c’est important d’avoir des ombres profondes et des lumières très travaillées dans les détails : cela dit beaucoup de choses sur eux. On m’a un peu reproché le soin que j’apportais à la lumière dans mes courts métrages précédents (...) Tout regard est subjectif, autant l’assumer. Heureusement ma génération s’affranchit de plus en plus de ces héritages handicapants post-Nouvelle Vague (...) et assume avec moins de complexes la mise en scène du réel. Travailler la lumière est l’essence même du cinéma, qu’est-ce donc qu’un film sinon une lumière projetée sur un écran ? Pourquoi prétendre que toute décision concernant la lumière n’est qu’esthétique par essence ? Elle est avant tout narrative ». Outre le travail de la lumière, il y a le son qui sculpte l’espace, lui donne un aspect multidimensionnel et ajoute un relief auquel contribue également la musique signée White Sea. « Le défi pour elle et moi était de créer une cohérence entre une musique diégétique très rythmique et une bande originale lyrique. Le film marche en permanence sur le fil, et même la musique de fête prend quelquefois un chemin de traverse pour ne pas devenir insupportable sur la longueur (c’est la raison pour laquelle j‘ai introduit un lied de Schubert sur la troisième fête). Je trouve le mariage de la musique classique et de la musique électronique très fertile : toutes deux font appel à des transes différentes, mais qui peuvent se révéler complémentaires. » (Eva Husson, extraits du dossier presse).

 Un film pour qui ?

Sur Cinebel, le film est annoncé « tous publics » tandis qu’en France, il est interdit aux moins de 12 ans. Sans être prude à outrance - il n’y a pas d’image pornographique - on réservera à mon estime la vision du film à des adultes et adolescents avertis.
Pour conclure, il me faut faire état d’un élément récurrent du film dont je n’ai pas (encore ?) saisi la pertinence ou l’importance, il s’agit du hamster. Peut-être une raison de revoir le film ?

 Diaporama

 Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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