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Kim Yong-hoon
Lucky Strike / Beasts Clawing at Straws
Sortie du film le 08 juillet 2020
Article mis en ligne le 30 août 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • tiré du roman japonais « Beasts Clawing at Straws » écrit par Keisuke Sone, et publié en 2011 ;
  • après plusieurs courts-métrages et des documentaires, « Lucky Strike » est le premier film écrit et réalisé par Kim Yong-hoon.

Résumé : Un corps retrouvé sur une plage, un employé de sauna, un douanier peu scrupuleux, un prêteur sur gage et une hôtesse de bar qui n’auraient jamais dû se croiser. Mais le sort en a décidé autrement en plaçant sur leur route un sac rempli de billets, qui bouleversera leur destin. Arnaques, trahisons et meurtres : tous les coups sont permis pour qui rêve de nouveaux départs…

La critique de Julien

Depuis quelque temps maintenant, la nouvelle vague du cinéma sud-coréen est gage de qualité, surtout lorsqu’elle s’attaque au cinéma d’horreur, ainsi qu’au thriller. D’ailleurs, « Lucky Strike » en est un, ou en partie, lequel est réalisé par le nouveau venu dans le domaine Kim Yong-hoon. Adapté d’un roman japonais à la structure narrative particulière, ce film, qui emprunte son nom à la célèbre marque de cigarette (ce qui nous rappellera que fumer n’est pas bon pour la santé !), n’hésite pas à jouer la carte de l’humour cynique parsemé d’une dose de violence « tarantinesque », et cela avec une maîtrise (d)étonnante, tandis que sa mise en scène, divisée en six chapitres, nous révèle au compte-gouttes, mais dans le désordre (façon « Pulp Fiction » !), l’origine d’un sac Louis Vuitton alors chargé de liasses de billets, et découvert dans un sauna public par un employé, que huit étrangers vont alors littéralement s’arracher…

« Lucky Strike », c’est une partie de plaisir et course relais (il est vrai) parfois un peu tirée par les cheveux et émotionnellement stérile, mais qui invite le spectateur à remettre ses pièces du puzzle dans le bon ordre, jeu qui, dans son cas, apporte son lot de consolation à de nombreuses reprises. Car autant dire que Kim Yong-hoon possède bien ici les cartes en mains. Ainsi, sa mise en scène se veut labyrinthique, et nous permet de faire la connaissance avec huit personnages (lesquels sont entre eux de presque parfaits inconnus), multipliant ainsi les sous-intrigues personnelles au fil de son chapitrage. Puis, sans l’air de rien, le cinéaste va doucement, mais sûrement - et méchamment - attirer le destin de ces derniers à la rencontre d’un sac bourré de fric, avant de les voir se transformer en de véritables animaux assoiffés d’argent, prêts à tout pour en être ainsi le dernier propriétaire, et cela que ça soit à dose de trahisons, de manipulations, ou encore de meurtres. Bref, tous les coups sont permis !

Véritable palette quelque peu caricaturale de la société sud-coréenne en proie au capitalisme, cette chorale de personnages vénaux grand-guignolesques s’inscrit parfaitement dans le spectacle jubilatoire que son cinéaste met en scène, et avec soin. Ainsi, outre une photographie léchée adaptée aux « émotions » éprouvées par ses protagonistes, « Lucky Strike » affiche une cinématographie digne d’une grosse production, assez étonnante pour un premier film. De plus, Kim Yong-hoon manie ici les codes de la comédie noire avec une certaine jouissance communicative, nous arrachant ainsi des (sou)rires alors qu’on ne les attendait pas (du tout). C’est là toute la force du second degré de ce film sans temps morts, mais avec (beaucoup) de morts !

Bien exécuté, « Lucky Strike » prouve également tout le savoir-faire du cinéma coréen en matière de divertissement à l’humour noir assumé, lui ouvrant ainsi une nouvelle porte. À la croisée des genres, ce film se regarde alors comme un plaisir coupable réjouissant, où la sauce prend à mesure que son réalisateur s’amuse avec sa mise en scène très ludique, bien que déjà vue, et froide.

https://www.youtube.com/embed/rmIJNmGtGm4
LUCKY STRIKE - Bande-annonce - YouTube