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Farid Bentoumi
Rouge
Sortie du film le 25 août 2021
Article mis en ligne le 10 septembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Thriller

Durée : 86’

Acteurs : Sami Bouajila, Zita Hanrot, Céline Sallette, Olivier Gourmet, Alka Balbir...

Synopsis :
Nour vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité.

La critique de Julien

Cinq années après son premier long-métrage, « Good Luck Algeria », Farid Bentoumi quitte le domaine de la comédie sociale - inspirée par la participation de son frère aux Jeux Olympiques d’hiver de Turin en 2006 pour l’Algérie - pour le drame social, sanitaire et environnemental qu’est « Rouge », inscrit dans la catégorie des films « lanceurs d’alerte ». Label « Cannes 2020 », ce film intense plonge Nour Hamadi (Zita Hanrot) dans une impasse sans précédent.

Alors qu’elle vient de démissionner de son lieu de travail pour avoir involontairement causé la mort d’une patiente, Nour sera engagée comme infirmière et secouriste dans l’usine chimique dans laquelle travaille depuis 29 ans son père, Slimane (Sami Bouajila, qui retrouve donc ici le réalisateur après son premier film). Très vite, différentes situations vécues vont installer des doutes en Nour, au sujet de soi-disant rejets toxiques en pleine nature par l’usine. Alors que sa sœur (Alka Balbir) s’apprête à se marier à Greg (Henry-Noël Tabary), qui travaille également dans l’usine, Nour devra choisir entre se taire, et ainsi permettre à des centaines de travailleurs (dont sa famille) de garder leur emploi, mais avec des risques de tomber malade, sans oublier de participer indirectement à la pollution de la région, ou s’allier à Emma (Céline Sallette), une journaliste indépendante, pour faire éclater la vérité, quitte à se mettre dès lors tout le bassin ouvrier local sur le dos, et trahir son propre père, délégué syndical dans l’usine...

Découvert sur le tard (soit deux semaines après sa sortie officielle), « Rouge » fait partie de ces films qui doivent être vus, non pas par ce qu’ils ont à nous dire, mais bien à nous montrer, à nous révéler. Car derrière ses dimensions autobiographiques, le film de Farid Bentoumi frôle l’aspect scientifique des conséquences de ces rejets toxiques dans la nature. Jamais le spectateur n’est à vrai dire confronté à la « vraie » réalité, au contraire par exemple du film « Dark Waters » de Toddy Haynes, auquel on pense ici directement, lui qui était basé sur un article publié dans le New York Times en 2016, dans lequel un avocat (Robert Bilott, joué par Mark Ruffalo) avait dénoncé les pratiques toxiques et non-réglementées de l’entreprise chimique DuPont. « Rouge », lui, n’est qu’une fiction, librement inspirée de différents faits réels, dont du problème de l’usine Alteo de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, qui rejetterait des déchets toxiques dans la Méditerranée, dont des boues rouges. Mais quelle fiction !

En effet, le cinéaste met - sans détour - au pied du mur les intervenants et travailleurs d’une usine, ici au travers des choix nécessaires de Nour, dont une partie de la famille travaille dans celle-ci, tandis qu’il pointe aussi du doigt les autorités politiques, qui participent indirectement à ses rejets, alors que sans elles, rien ne changera... Au travers du personnage Sami Bouajila, le réalisateur prend aussi position en ce qui concerne sa condition d’ouvrier et de Maghrébin, qui l’aurait ainsi incité à se taire, lui qui se bat sans maîtriser la finalité de son combat, et encaisse ce que lui dicte l’usine, quelque part de façon lâche. Bien conscient du problème, ce père, paternaliste, est alors pris en étaux entre ses ouvriers (qu’ils représentent), son gagne-pain, et sa fille. Complexe, ce rôle est l’une des pierres angulaires du récit. Moins bien écrit, les personnages de Céline Sallette et d’Olivier Gourmet sonnent assez caricaturaux, car trop surligné dans leur position. Quant au rôle de Zita Hanrot, il va oser bousculer l’ordre établi, et prendre la parole. Mais Emma ne sera évidemment pas comprise par l’ensemble du secteur, ni par ses proches...

C’est justement par le choix du drame familial poussé à l’extrême que le bât blesse, étant donné qu’il noie son réalisateur dans sa démarche première, lui qui s’intéresse avant tout ici aux acteurs, aux personnages. En plus donc de rester en surface sur la question scientifique, « Rouge » se cache beaucoup trop derrière cette histoire de famille qui se déchire à petit feu, malgré l’amour et les épreuves passées qui unissent ses membres, elle qui a déjà dû faire face à la disparition maternelle. Malgré cela, force est de constater que les émotions sont fortes, étant donné des interprétations très justes. En termes d’émotions, l’adrénaline s’invite aussi ici vis-à-vis de ce que va devoir faire Nour pour que son combat ne soit pas vain. On s’étonne alors à vibrer sur notre siège, même si l’on connaît l’issue de son combat. Car oui, le scénario de Farid Bentoumi (en collaboration avec Samuel Doux) suit une trame prévisible, claire comme de l’eau de roche, malgré l’argile ocre qui traîne partout. Dès lors, on sort de la séance avec la conviction d’avoir appris quelque chose, sans qu’il en soit vraiment le cas. En contrepartie, « Rouge » nous livre un drame actuel qui ne laissera personne indifférent, lui qui est parfaitement interprété, touchant, à défaut de profiter pleinement d’une écriture nuancée.



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