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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Kevin Reynolds
Risen (La résurrection du Christ)
Sortie le 6 avril 2016 en Belgique et le 4 mai 2016 en France
Article mis en ligne le 2 avril 2016
dernière modification le 29 juin 2016

par Charles De Clercq
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Un peplum assez dispensable et d’une bigoterie niaise et naïve !
Relecture littérale des récits évangéliques qui en fait perdre le sens. 11/100

Synopsis : L’histoire de la résurrection vue par les yeux d’un non-croyant, Clavius, puissant centurion romain. Aidé de Lucius, il est chargé par Ponce Pilate de résoudre le mystère de la disparition de Jésus dans les semaines qui suivirent sa crucifixion afin d’apaiser les rumeurs d’un Messie ressuscité et empêcher toute insurrection à Jérusalem.

Acteurs : Joseph Fiennes, Tom Felton, Cliff Curtis, Peter Firth, Mark Killeen, María Botto.

Nous n’allons pas nous attarder sur ce film sur le plan cinématographique. C’est un péplum assez classique. Il ne renouvelle pas vraiment le genre. Il utilise bien entendu le code de la langue universelle anglaise : juifs et romains parlant tous anglais et se comprennent donc. Mais cette règle est classique. Donc si vous aimez les films de ce genre, pourquoi pas. Occasion de découvrir notamment la façon dont le réalisateur filme les techniques de combat de l’armée romaine et celles des rebelles juifs avec Barrabas à leur tête. Pour ce qui est de la partie plus « évangélique » le scénario s’appuie principalement sur l’évangile attribué à Jean, mais y mêle aussi des références aux Actes des apôtres (l’Ascension) - notamment - et également une autre au « suaire de Turin ».

Le grand drame de ce film est de faire de ce récit éminemment symbolique un fait « historique », « journalistique ». En ce sens, il « chosifie » littéralement ces textes et, là, c’est une œuvre de destruction massive de tout ce qu’ils contiennent. C’est un piège dans lequel tombe la majorité des adaptations à l’écran (ou en peinture) des récits bibliques. Nous sommes ici dans une lecture qui n’est pas fondamentalement différente de celle des créationnistes. Le plus terrifiant est que l’on représente la résurrection (un peu comme une sorte d’explosion de lumière) et que l’on montre le ressuscité alors même que la grande intuition de ces récits est de l’ordre de « circulez, il n’y a rien à voir ». Ou, pour l’écrire autrement, ce n’est pas au tombeau, lieu de la mort que cela se passe, mais ailleurs. Il y a un déplacement à faire et « Il » nous précède toujours, notamment en Galilée (Galal, la pierre roulée !).

Il y a une façon ridicule, gnangnan, de représenter le ressuscité en l’inscrivant dans la matérialité. Elle n’est somme toute pas différente de celle que certaines mamans catéchistes, pleines de « bonne foi » veulent faire passer comme message auprès des enfants (et c’est dramatique, encore aujourd’hui dans nos paroisses et Unités pastorales) ! Il y a aussi l’anachronisme de reporter dans les jours qui suivent la mort de Jésus des concepts qui ne sont pas encore opératoires, notamment, celui de résurrection. Le discours de foi postérieur (mais également les controverses et tentatives d’élaboration d’une parole ultérieure) est mis en scène de façon matérielle.

S’agissant de résurrection (les mots originaux grecs sont « s’éveiller » et « se lever » !) il ne s’agit pas d’un événement « historique » comme l’écrivait le cardinal Ratzinger peu suspect d’hérésie : « Dans cette résurrection [celle de Jésus], le cadre de l’histoire est dépassé, et donc (...) le Ressuscité n’est pas revenu dans l’histoire intérieure au monde et accessible à chacun, mais au-dessus d’elle (...). En conséquence, la résurrection ne peut être un événement historique dans le même sens que la crucifixion. Elle n’est décrite en tant que telle par aucun récit, et l’instant de sa réalisation n’est pas déterminé autrement que par l’expression de type eschatologique ‘Le troisième jour’ (in Les Principes de la théologie catholique, p. 208). »

A propos de ce troisième jour, le Cardinal Danneels écrit dans « Entretiens avec le cardinal Danneels » (Guido Van Hoof, Duculot, 1988) : « Le délai des trois jours doit être interprété théologiquement » (p. 91). ce « troisième jour » c’est aujourd’hui. Mais demain, ce ne sera pas un « hier ». Ce sera toujours aujourd’hui.

Ce film se résume donc à nous montrer des « images pieuses » avec de nouveaux moyens. Le point de départ était intéressant : partir du point de vue extérieur d’un romain, mais, très rapidement, cela tourne à une classique apologie d’une mièvrerie insupportable. Elle veut transmettre (peut-être ?) la foi de certains, elle ne fait que transmettre du magique, du merveilleux comme on pourrait le faire dans un Harry Potter, reléguant la résurrection à un phénomène de l’ordre du miracle au sens ou on l’entend dans la culture populaire.

Si vous voulez voir le film comme une aventure à voir sur grand écran, un moment de détente, pourquoi pas ? Il y a bien meilleur et probablement plus mauvais encore ! Si vous voulez y découvrir une œuvre de foi, n’y allez pas et surtout pas avec des enfants. Il y a déjà tant de dégâts qui sont faits à cause de mauvaises catéchèses, n’en rajoutons pas !

Passons maintenant un total hors sujet cinéma !
Nous donnons deux exemples de ce que ce film est inapproprié pour s’en servir en catéchèse.

Ainsi, l’on passe à côté du message symbolique de la pêche dite miraculeuse. Ils passent toute la nuit sans rien prendre associé à la nudité de Pierre. Bien entendu pas question de montrer celle-ci dans un film hollywoodien... qui se veut pourtant fidèle au texte ! Il y a des tabous américains qui se manifestent là. Peu importante cependant parce que cette nuit (le moment sans repère) est de l’ordre d’une expérience mystique, tout comme la nudité renvoie à l’homme sans pouvoir, faible, fragile. Qui ici est retourné à son activité journalière d’avant la rencontre avec Jésus.

Ensuite, peu de temps après, lorsque dans le film le « Jésus » « ressuscité » demande trois fois à Pierre « m’aimes-tu » le verbe utilisé en anglais est « love » (do you love me ?) sous-titré en français « m’aimes-tu ? ». Normal, c’est ce que nous trouvons dans les évangiles en français. Mais tant l’anglais que le français sont incapables de traduire les nuances du grec dans l’évangile attribué à Jean. En effet, les deux premières fois, les mots mis par l’auteur de l’évangile dans la bouche de Jésus font référence à l’amour de « charité » (agapé) ce à quoi il fait dire par Pierre qu’il aime Jésus d’amour amical (philéo). La troisième fois les paroles de Jésus seront « m’aimes-tu d’amitié (phileo) ? » On rétorquera que l’on se soucie bien peu dans le cadre d’un film. Bien sûr. Il s’agit de mettre en garde des catéchètes qui, de bonne foi, en ce temps pascal, inviteraient des enfants, des jeunes ou des ados à voir ce film. Cela ne vaut rien : That’s b*ll sh*t (désolé !). S’il ne s’agit de ne voir qu’un film, pourquoi pas, mais dommage pour les trop nombreux clichés qui détruisent le souffle des évangiles pour l’enfermer dans un vulgaire péplum sans transcendance !

Voir ici, une courte citation trouvée sur la Toile et qui en dit plus que de très longs sermons : « Un discours bigot et une réalisation creuse. Les fervents moralisateurs chrétiens apprécieront, les autres ne sauraient pardonner. »


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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