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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour RCF.

Pierre Dudan
Christ(off)
Sortie le 22 août 2018
Article mis en ligne le 11 août 2018
dernière modification le 21 août 2018

par Charles De Clercq
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Christ(off) n’est pas bête et méchant, il est simpliste, vulgaire, caricatural et est une somme de clichés et de poncifs sur la religion catholique. 33/100 (pour le cliché, mes frères - et soeurs !)

Synopsis : Le Père Marc souhaite récolter des fonds pour construire un hôpital pour enfants en Haïti. Avec son groupe de musique chrétienne, il organise une tournée dans toute la France. A 33 ans, Christophe vit encore chez sa mère. Chanteur raté mais guitariste de talent, il croise le chemin du Père Marc qui le recrute. Condition sine qua non : Chris doit se faire passer pour un membre du clergé ! Planqué sous une soutane, au sein de son groupe d’Apôtres un long chemin de croix commence alors pour Christ(Off)…

Acteurs : Michaël Youn, Lucien Jean-Baptiste, Victoria Bedos, Bernard Le Coq, Simon Astier.

Voilà le genre de film qui nous aurait fait quitter la salle après dix minutes (les cinq premières étant probablement ce qui est le plus réussi ou plutôt le moins raté) de ce long métrage qui n’arrive même pas à être « bête et méchant » comme feu le mensuel Hara-Kiri ! Nous pensions que le film ne sortirait pas en Belgique puisque pas annoncé par Cinébel et pensions que le distributeur avait eu la sagesse de ne pas sortir le film en Belgique au vu du désastre lors de la sortie dans l’Hexagone en juillet dernier. Nous nous sommes réjoui de cette lucidité en relayant l’article de notre confrère du Suricate Magazine qui se faisait l’écho des critiques désastreuses de la presse française. Hélas non, erreur ou révision de la politique de distribution, le film est, était finalement annoncé pour le 22 août. Pour ne pas être enfermé dans l’image d’un critique qui ferait œuvre de destruction massive d’un film sans l’avoir vu... ou au vu uniquement de la bande-annonce (et de l’affiche !) nous nous sommes astreint à visionner le film jusqu’à la dernière image du générique.

Si c’est (un peu) moins pire que ce que nous appréhendions : le film n’est pas bête et méchant, il est simpliste, vulgaire, caricatural et est une somme de clichés et de poncifs sur la religion catholique. Ajoutons des fils conducteurs qui se perdent (ainsi la menace de vengeance de Connard joué par JoeyStarr) ou sont mal exploités (la concurrence des enfants chanteurs).

Pour rester dans le cliché, nous mettrons la même note que le film Coexister (de Fabrice Eboué) sorti il y a quelques mois, parce qu’il nous est arrivé (rarement, il est vrai) de sourire (et quasiment jamais de rire). L’un et l’autre de ces films surfent sur une dynamique musicale et l’on est très très loin de Sister Act, par exemple. S’agissant de clichés, ils sont présents à la pelle et basés sur quelques imageries pieuses d’un catéchisme d’école primaire, comme si scénariste et réalisateur se contentaient de vagues souvenirs ou de ouï-dire qui restent dans une mémoire collective embrouillée d’un pays qui fut longtemps partenaire de l’Eglise catholique. C’est aussi le pays où l’on a vu, parmi les manifestants de la marche pour tous, des catholiques, la bave aux lèvres, qui confondaient tous les genres (!) et professaient des clichés totalement éculés ! On ne doit pas s’étonner donc de cette inculture religieuse même si l’on peut s’étonner du manque de préparation en amont. Ainsi, le plus gros cliché, c’est celui de la soutane. Mais même dans un pays comme la France, où il y a plus de « tradis » qu’en Belgique, la soutane n’est pas le vêtement habituel du prêtre (sauf, peut-être, s’il doit se rendre à Rome). Et ce cliché est tenace et présent dans de nombreux films. Ainsi, dans une « comédie » comme Le Correspondant (Jean-Michel Ben Soussan, 2016) (allez lire ce que nous écrivons sur le prêtre qui célèbre un office en soutane - un peu comme si les Bleus jouaient en complet veston d’apparat sur un terrain de foot ! Non mais allo c’est quoi !) ou une autre comédie déjà citée Coexister . Mais pas que dans les comédies ! Ainsi, le scénariste belge Vincent Lannoo sombre dans le même travers dans son film on ne peut plus sérieux Au nom du fils.

Les clichés sont donc des poncifs et font appel à une imagerie populaire sans recul et sans formation : l’âge de 33 ans pour Christophe - supposé être celui de la mort de Jésus, cela vaut pour les enfants, mais s’agissant d’un homme né en -4 à -7 de notre ère, sa mort c’est plutôt entre 36 et 40 ans ; ensuite quelques références : la marche sur l’eau, l’eau changée en vin, la dernière Cène avec 13 personnages à défaut d’apôtres... Ajoutons-y les clichés sur les moines, le prêtre homo, le traitre... sans compter un dernier élément que l’on ne spoilera pas comme Anne-Elisabeth Lemoine qui dévoile la fin du film sur France 5, en juin dernier !

Seul point positif, c’est la présentation des prêtres à Haïti et leur souci d’aider les plus démunis. Là les prêtres en chemise grise et col romain sont assez crédibles.

On rejoint donc largement nos confrères français :

  • « Mal joué, mal filmé, stupide, vulgaire, ce ’Christ (off)’ nous ferait presque perdre foi en le cinéma français. » Le Parisien
  • « cette pantalonnade de Pierre Dudan (coscénariste de « Babysitting 2 » et « Alibi.com ») devient rapidement un chemin de croix cinématographique. Pire qu’un navet, un calvaire… » Paris-Match
  • « L’humour indigent, qui mêle religion et grivoiseries « soft » – le prêtre qui saigne du nez à la vue d’une forte poitrine –, rappelle moins les Monty Python que les comédies navrantes des années 1970 ou 1980. » Télérama
  • ’Christ(off)’ aurait pu être une comédie subversive et drôle mais elle est gâchée par des personnages dans l’ensemble bâclés, un scénario globalement inabouti et des blagues qui tombent pour beaucoup à plat. Si on sourit par moments, c’est loin d’être assez pour une comédie de ce genre." Abus de Ciné
  • Et concluons par La Croix : « Difficile néanmoins de ne pas s’étonner de la persistance, dans ces comédies populaires touchant au fait religieux (...), de poncifs datés dénotant une inculture religieuse béante – et joyeusement transmise au grand public. En sortant de ce film, le spectateur peu au fait de ces sujets croira sans doute que tous les prêtres portent la soutane, que l’on se confesse toujours dans un confessionnal, et que la menace d’excommunication est monnaie courante dans l’Église. À quand un film drôle et vraiment inspiré ? »


flèche Sur le web : Lien vers la fiche imdb


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