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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Ashley McKenzie
Werewolf
Sortie le 22 mars 2017
Article mis en ligne le 14 mars 2017
dernière modification le 28 mars 2017

par Charles De Clercq
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La gestion du cadre de l’image est remarquable. Les acteurs le sont aussi !
Un très beau film indépendant. Il faut en profiter car la diffusion belge est restreinte. 82/100

Synopsis : Dans la petite ville canadienne de Cap-Breton, Blaise et Nessa, deux jeunes marginaux accros à la méthadone, vivent de petits boulots. Ils tondent les pelouses pour quelques dollars et font du porte à porte pour proposer leurs services. En quête de stabilité, le couple s’inscrit à un programme de sevrage à la méthadone : tandis que Nessa se bat, Blaise s’approche dangereusement du point de non-retour...

Acteurs : Andrew Gillis, Bhreagh MacNeil

Premier long-métrage [1] de la réalisatrice canadienne Ashley McKenzie [2], Werewolf, est une heureuse surprise ! Toute l’intrigue tient dans le synopsis ci-dessus. Le film, relativement court (1h18) débute par l’image d’un noeud dans une corde et se clôt sur un gros plan d’un filet de cheveux sur la tête de Nessa. Autant préciser que ces plans sont apparus très symboliques de l’itinéraire proposé par le film qui n’est pas sans faire songer à certains films d’Harmony Korine ou Larry Clark pour la désespérance de certaines situations à fleur de peau et sans issue ! Il y a aussi d’autres films de la réalisatrice Kelly Reichardt qui viennent à l’esprit pour le traitement des ambiances, en particulier dans Old Joy (2006) et Wendy and Lucy (2008).

Il y a cependant bien plus que cela dans le travail de la réalisatrice — qui est également scénariste, productrice et monteuse — qui se remarque d’emblée de jeu, et donc dès le plan sur le noeud déjà cité. Il s’agit du cadre qui est une caractéristique majeure de ce film. Le cadre, celui de l’image que nous voyons à l’écran, enferme (à certains moments) les deux acteurs principaux. Précision : il y a peu de personnages dans le film et hormis les protagonistes principaux, la majorité sont des non professionnels qui jouent leur rôle où du moins en lien avec le milieu qui est le leur. Dans ce cadre les personnages, mais aussi des objets apparaissent en (très) gros plans. Parfois le couple est si bas dans le cadre qu’il en parait écrasé, comme s’il portait un trop gros poids sur les épaules. A d’autres moments, lui et/ou elles sont aux marges du cadre, voire en dehors, presque hors champ. Difficile de décrire chaque scène, mais le procédé, à la fois répétitif et souvent différent, invite à y voir les enjeux de l’addiction à la méthadone dont elle veut sortir et dans laquelle lui s’enferme.

Ils sont dans un bled perdu, en quête de petits boulots pour avoir de quoi payer nourriture et méthadone. Ainsi seront-ils amenés à trimballer une tondeuse à gazon (après avoir volé l’essence) de maison en maison et quémander de pouvoir faire un job pour quinze dollars ! Cette errance se jouxte à d’autres quêtes : un logement, mais aussi et surtout, la méthadone qu’il faut prendre régulièrement sous forme liquide chez et devant le pharmacien. Ce seront autant de facettes de la vie et des rencontres du couple qui nous sont données à voir, autant d’instantanés qui miroitent sur la toile et « réfléchissent » ces deux êtres et en particulier leurs addictions et conséquences de celles-ci : l’addiction de Blaise à la drogue et celle de Nessa... à Blaise ! Confrontation aux services sociaux, médicaux ou psychologiques dont les interlocuteurs de Blaise et Nessa sont souvent hors du cadre, hors champ !

Le film s’inspire en partie de faits réels (ou au moins d’anecdotes) relus à travers le regard et l’expérience de vie d’Ashley McKenzie dans une démarche quasiment cathartique. S’ouvrant sur un noeud qui réapparaitra dans son dernier quart, le film se conclut par un plan sur les cheveux de l’héroïne (sans mauvais jeu de mots !) enfermés dans un filet ! Image d’un possible enfermement de Nessa dans son travail (et, en passant, le film permet de découvrir l’existence de ces emplois précaires qui n’existent parfois que par la bonté voire le bon vouloir de celui ou celle qui veut vous engager) alors que la question de son addiction à Blaise reste ouverte, même si l’amertume est là présente, amplifiée probablement par la musique de Youth Haunts qui apporte une ambiance particulière au film. Enfin, il faut relever l’interprétation magistrale d’Andrew Gillis et de Bhreagh MacNeil qui font oublier qu’ils sont acteurs tant ils sont criants de vérité dans leurs rôles de jeunes drogués.

La sortie du film sera très restreinte puisque uniquement au cinéma Aventure à Bruxelles.

Notes :

[1Il avait été sélectionné au TIFF (Toronto International Film Festival – Compétition officielle), au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal (Grand Prix Focus Québec/ Canada), au Vancouver International Film Festival et à l’Atlantic Film Festival (prix pour la réalisation et les acteurs).

[2Après des études en art et en cinéma à Halifax, Ashley McKenzie crée la société de production GRASSFIRE FILMS avec Nelson MacDonald, originaire comme elle de l’île de Cap-Breton (Nouvelle-Écosse) au sud-est du Canada. Ses courts-métrages ont été remarqués dans de nombreux festivals américains.


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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