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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Tom Ford
Nocturnal Animals
Sortie le 11 janvier 2017
Article mis en ligne le 29 décembre 2016
dernière modification le 2 février 2017

par Charles De Clercq
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Un superbe adaptation d’un roman. Le livre dans le livre est bien transposé à l’écran.
Violence des sentiments et de la perte de ce qui est chair (!). Bravo M. Ford ! 87/100

Synopsis : Susan, galeriste à Los Angeles, mène une vie bien rangée à la limite de la monotonie, délaissée par son époux Hutton Morrow. Jusqu’au jour où, seule à la maison, elle reçoit un livre : Nocturnal Animals, signé par son ex-mari Edward Sheffield, dont elle est sans nouvelles depuis des années. Edwards s’y met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille en proie à l’horreur sur les routes du Texas, face à Ray Marcus, un chef de gang ultraviolent et le lieutenant Bobby Andes. Ce roman, d’une violence rare, va bouleverser Susan et réveiller bien des sentiments, que la jeune femme croyait enfouis à jamais… fissurant dangereusement la surface vernie de l’existence qu’elle s’est choisie.


Synopsis long ( ! spoilers ! cliquez pour visualiser) :

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’œuvre qui lui est dédicacée.

Dans ce récit aussi violent que bouleversant, Edwards se met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille aux prises avec un gang de voleurs de voiture ultraviolents, mené par l’imprévisible Ray Marcus.

Après lui avoir fait quitter la route, le gang l’abandonne impuissant sur le bas-côté, prenant sa famille en otage. Ce n’est qu’à l’aube qu’il parvient au commissariat le plus proche, où il est pris en charge par le taciturne officier Bobby Andes. Un lien fort va se créer entre les deux hommes, et lier leurs destins dans la poursuite des suspects, coupables d’avoir donné vie au pire des cauchemars de Tony.

Susan, émue par la plume de son ex-mari, ne peut s’empêcher de se remémorer les moments les plus intimes qu’ils ont partagés. Elle trouve une analogie entre le récit de fiction de son ex-mari et ses propres choix cachés derrière le vernis glacé de son existence. Au fur et à mesure de la progression du roman, la jeune femme y décèle une forme de vengeance, qui la pousse à réévaluer les décisions qui l’ont amenée à sa situation présente, et réveille une flamme qu’elle croyait perdue à jamais.


Acteurs : Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher, Laura Linney, Armie Hammer, Karl Glusman.

 Tom Ford adapte à nouveau un roman

Tom Ford (Thomas Carlyle Ford), célèbre styliste américain (GUCCI, YSL) s’était attaqué au cinéma en réalisant A Single Man en 2009, film qu’il avait entièrement financé lui-même. Il réunissait un casting de talent Colin Firth et Julianne Moore, auquel il faut ajouter Nicholas Hoult qui depuis a fait un sacré bout de chemin. Ford adaptait un roman de Christopher Isherwood.

Huit années plus tard, Tom Ford propose son deuxième long-métrage et adopte (encore une fois) un roman célèbre, Tony and Susan, publié par Austin Wright (1922-2003) en 1993. Critique littéraire, il a enseigné pendant une vingtaine d’années la littérature anglaise à l’université de Cincinnati et avait cédé les droits d’adaptation au cinéma de son roman [1] Le livre a eu un certain succès en librairie à tel point qu’il a même été édité en 2006 par les éditions « grand public » France-Loisirs. L’intérêt du roman était de proposer une métahistoire, de faire des passerelles entre le roman lui-même et le roman dans le récit. Tony et Susan, sont les prénoms du protagoniste de la fiction (Tony) au sein du roman (lui-même une fiction donc) et de la lectrice de celui-ci (Susan). Les passerelles entre la lecture et l’écriture, entre fiction et réalité (à savoir celle du roman englobant !) étaient fascinantes. Il a donc fallu attendre longtemps pour que l’adaptation au cinéma d’un roman de vengeance et de sang puisse se concrétiser. Et Tom Ford s’y est attelé avec beaucoup de... style !

 Une adaptation très réussie !

C’est de façon remarquable que Ford adapte ce récit si singulier à l’écran (se) jouant des interactions entre l’intrigue principale et « réelle » et le roman que reçoit l’héroïne. C’est que ce roman est, façon de parler, occasion de « dire », par l’écriture, à celle que l’on a aimée, ce que l’on n’a pu exprimer dans le face-à-face d’une relation amoureuse. Il y eut rupture, blessure qui fait mal, mise à mort de tous les fruits d’un couple qui ne s’est pas entendu et dont le spectateur découvrira les échos à l’écran. C’est que la lecture du roman, mis en images par le réalisateur, va permettre des aller-retour entre la lectrice, ce qu’elle est (devenue) aujourd’hui et ce qu’elle était hier, avec Edward, son premier mari. Ce sera tout l’art de Tom Ford de montrer à l’écran toute la violence, extrême, sordide du roman écrit par Edward. Ce qui pourrait paraître too much, à la limite de l’insupportable est ici concrétisé sous nos yeux par la mise en images. Celles-ci expriment ainsi la terrible déréliction d’un ex-mari qui ne s’est pas senti reconnu comme tel et comme écrivain. Nocturnal Animals est le titre du roman offert à son ex-épouse et c’est aussi le titre du film qui arrive à rendre fascinantes et lumineuses les images nocturnes de l’histoire policière qui met une vie en abime. C’est que nous avons deux, voire trois films pour le prix d’un seul ! Le roman est à lui seul un film policier, sombre et noir. Un thriller nocturne et très violent qui met en relation deux antihéros solitaires, le premier, Tony Hastings (Jake Gyllenhaal) a tout perdu, femme et enfant, le deuxième, Bobby Andes (Michael Shannon) n’a plus rien à perdre. Il y avait là la possibilité de faire un film en soi qui aurait pu être mis à l’honneur dans un festival de films policiers tout en même temps que dans un festival de films de genre comme le BIFFF. Mais tout l’art du réalisateur et scénariste est d’englober et d’intégrer cela avec beaucoup d’élégance dans l’histoire actuelle et passée d’une femme et tout comme dans A Single Man, le temps et le passé sont essentiels dans le drame qui se (re)construit sous nos yeux et ceux de Susan (Amy Adams).

 Une esthétique sombre et flamboyante

Le réalisateur tisse ces destins croisés, perdus, récréés et imaginés avec un sens du cadre et de l’image associé à une esthétique qui mêle le sombre et nocturne au flamboyant. Le prologue à lui seul vaut le détour dans la mise en scène de chairs on ne peut plus adipeuses et l’on hésite entre la reconnaissance d’une cour des miracles ou d’une exacerbation de la laideur (tout du moins selon les critères occidentaux de la mode et des images et imaginaires féminins). Ces actrices-là, méconnues du public sont de poids, littéralement. Ensuite, ce sont des acteurs de poids également, mais symbolique, qui sont totalement au service du récit : Amy Adams - ou du récit en abime : Jake Gyllenhaal et Michael Shannon. Il faut y ajouter les seconds rôles qui ajoutent une crédibilité et une fascination morbide dans l’horreur et la violence. C’est donc un deuxième film remarquable que les spectateurs, cinéphiles, mais pas seulement, pourront découvrir en salle au début de l’année 2017. Le film d’une durée de 115 minutes est présenté comme étant « tout public », mais, à notre estime, il n’est pas destiné aux enfants, à cause de sa violence physique et psychologique d’abord et ensuite, du fait de la complexité d’un scénario oscillant entre le « réel » et sa mise en abime dans la fiction dont on laissera au spectateur la découverte de l’épilogue à l’écran !

 Fan Art et relecture du film

Certains adeptes de « fan art » ont créé des affiches du film en fonction de la « relecture » (normal, s’agissant d’un livre dans le film... ou dans le roman, à l’origine). En voici quelques-unes (source) qui ne sont donc pas des affiches officielles !

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 Bande-annonce

Notes :

[1Présentation par l’éditeur français : Remariée à un brillant chirurgien, mère de trois enfants, Susan Morrow mène une vie plutôt paisible. Jusqu’à ce qu’elle reçoive un étrange présent : son premier mari Edward qui, plus jeune, se rêvait romancier, lui envoie le manuscrit de Bêtes de nuit, un roman qu’il vient d’achever, afin de connaître son avis, elle qui à l’époque l’encourageait tant à écrire. Le trouble naissant de Susan ne va faire que croître au fil de la lecture : ce livre raconte en effet le calvaire d’un homme, Tony, kidnappé sur l’autoroute avec sa femme et sa fille, alors qu’ils se rendaient dans leur maison de vacances dans le Maine. Inquiétant : Susan possède elle aussi une maison dans le Maine.

Que veut réellement lui révéler Edward… ? La lecture de Bêtes de nuit va être pour Susan le temps d’une pénible introspection et d’une réflexion sur le sens de sa propre vie.

Avec un incomparable talent, Austin Wright nous propose ici un roman policier haletant, d’une grande profondeur psychologique, ainsi qu’une puissante réflexion sur les pouvoirs de la lecture.


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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