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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Rolf de Heer (2013)
Charlie’s Country
Sortie le 29 avril 2015
Article mis en ligne le 21 avril 2015
dernière modification le 8 août 2019

par Charles De Clercq

Synopsis court : Habitant dans une communauté aborigène éloignée au nord de l’Australie, Charlie est un guerrier qui n’est plus au mieux de sa forme. Au fur et à mesure que le gouvernement renforce son contrôle sur la manière de vivre traditionnelle de la communauté, Charlie se perd entre deux cultures. Sa nouvelle vie moderne lui offre un moyen de survivre, mais c’est une vie sur laquelle il n’a aucun pouvoir. Après la confiscation de son fusil, de sa lance récemment façonnée et de la jeep de son meilleur ami, Charlie en a assez et s’en va tout seul dans la brousse pour suivre l’ancien mode de vie. Cependant, Charlie ne pouvait pas prévoir où son voyage allait l’emmener, ni dans quelle mesure la vie a changé depuis les temps ancien...

Acteurs : Peter Djigirr, Luke Ford, David Gulpilil, Jennifer Budukpuduk Gaykamangu, Peter Minygululu.


Synopsis long : Vivant dans son abri, son « humpy » [1] dans une communauté aborigène éloignée, Charlie est un guerrier qui n’est plus au mieux de sa forme. Il veut vivre en liberté, chassant pour se nourrir comme ses ancêtres, mais cela n’est plus possible. Le gouvernement, incarné par le policier Luke, a bouleversé la manière de vivre traditionnelle de la communauté et a obligé ses membres à se conformer aux idées des Blancs, c’est-à-dire, immatriculation des voitures, permis pour les fusils et interdiction de porter des armes en ville.

Charlie devient de plus en plus frustré face à l’avenir. Une expédition de chasse avec Black Pete finit au poste de police ; Fat Albert révèle que ses jours sont comptés en raison de son diabète et Old Lulu est obsédé par l’importance d’apprendre aux enfants de danser correctement. Et il n’y a rien d’autre à manger que de la malbouffe.

Charlie n’en peut presque plus. Après la confiscation de son fusil, il façonne une lance de chasse. Après que celle-ci est également confisquée par Luke, au motif qu’il s’agit d’une arme dangereuse, Charlie en a vraiment assez. Il « emprunte » la voiture administrative de la police et s’en va dans la brousse pour vivre à l’ancienne.

Dans la brousse, Charlie rétablit lentement ses liens avec la vie ancestrale. Il pratique la chasse et la cueillette, et il peut porter des lances et faire ce qu’il veut. Triomphant, il éclate de rire. Mais ensuite la pluie commence à tomber.

Mouillé, froid et misérable, Charlie essaie d’échapper à la pluie. Une cave en haut de l’escarpement lui offre un refuge temporaire, mais pour les ancêtres la cave a une importance spéciale. Charlie revient en trébuchant à son ancien campement ; il a de la fièvre et son état de santé se dégrade rapidement. Il est sur le point de mourir lorsque Black Pete le trouve.

Dans l’hôpital de la ville, Charlie retrouve quelque peu ses forces jusqu’au moment où il découvre Fat Albert en très mauvais état, relié à un appareil de dialyse. Charlie n’en peut plus et s’en va, rejoignant par la suite Faith et une bande d’Aborigènes sans abri, les « long grassers » [2]. Ils passent leurs jours et leurs nuits à boire et à fumer de la ganja [3] jusqu’au moment où une altercation avec Luke, maintenant muté dans la ville, mène à l’arrestation et l’emprisonnement de Charlie.

Avec la perte totale de sa liberté, Charlie ne peut qu’obéir, en menant la vie monotone d’un prisonnier. Quand le moment de remise en liberté arrive pour Charlie, il n’a nulle part où aller sauf revenir dans sa communauté. Quand il apprend que Bobby a été emmené en ville en raison d’un cancer des poumons, Charlie décide finalement d’apprendre aux enfants comment danser correctement.


Ce film, c’est un peu l’histoire de David Gulpilil et, en même temps, ce n’est pas son histoire. Cet acteur aborigène a aujourd’hui un peu plus de soixante ans. Il a débuté tôt au cinéma, en 1971, en jouant Black Boy dans Walkabout. Il avait 16 ans au moment du tournage. Il a tourné dans de nombreux films et séries et de ce fait à probablement été étourdi et contaminé par la culture occidentale : il a cédé à l’alcool et à certaines drogues. « A vingt-deux ans, il rivalisait avec les plus grands buveurs, à un tel point qu’il a été emprisonné avec le patachon et drogué Dennis Hopper pendant le tournage de Mad Dog Morgan ». Adulte, il a vécu dans une communauté de « sobres » [4]. En 2004, il devient ensuite un sans-abri, un « long grasser » à Darwin. Il a été emprisonné en 2011. Il était fragile, déprimé, sans vie. Ce film, c’était un projet qui pouvait le réhabiliter, une sorte de rédemption.

Charlie’s Country n’est donc pas un biopic, du moins au sens coutumier et moderne du terme. Comme le titre l’exprime, c’est l’histoire d’un pays, celui d’un homme qui en a été dépossédé. Il ne s’agit donc pas du pays de David. Il y a donc un écart, un hiatus, une solution de continuité entre lui et Charlie. Mais en même temps le fil est « gros » (comme d’une grossesse) de son histoire, de son passé, de sa quête désespérée pour retrouver ce qu’on lui a pris, pas nécessairement de force (comme les Indiens aux USA), mais de façon finaude et culpabilisée. Une communauté déracinée, payée pour ne rien faire. Il ne reste à ces gens qu’à boire et on le leur interdit. Leurs traditions, la chasse par exemple, leur sont interdites : pour leur bien, par protection paternaliste. Ce seront les injures qui de part et d’autre exprimeront ressentiment et dégoût des uns et des autres. Leur pays a été pris et ils sont dépossédés de tout le reste en échange de quelques billets de banque. Désoeuvrés, il ne sont accueillis nulle part si ce n’est dans d’étroits cagibis où on les relègue.

Au centre du récit, de la narration : une photo ancienne : Charlie dansant devant la reine d’Angleterre. Cette référence, Charlie la raconte aux autres, se la raconte à lui-même, seul moment de gloire dont il peut se glorifier. Souvenir d’une prestation et d’une prestance perdues qu’il ne pourra, à la fin, que tenter de transmettre en dansant à son tour pour de jeunes aborigènes.

Le film se donne à voir un peu à la manière d’un docu-fiction, ce qu’il est peut-être. En tout cas il nous renvoie en écho et en miroir l’image de ce que nous les blancs Occidentaux avons fait comme ravage en écrasant d’autres cultures. Ce n’est pas culpabilisant ou à peine. On joue parfois la fibre sentimental avec certains accords de piano, minimalistes. La bande-annonce vous en donne une idée.

Un film certainement imparfait, mais qu’il faut voir comme humain, comme Occidental et surtout comme « Blanc » et « dominateur » (un pléonasme peut-être ?).



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0 | 10 | 20 | 30

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