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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Taylor Sheridan
Wind River
Sortie le 20 septembre 2017
Article mis en ligne le 31 août 2017
dernière modification le 25 octobre 2017

par Charles De Clercq
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Un excellent thriller/western des neiges qui clôt une trilogie des frontières violentes. 89/100

Synopsis : Cory Lambert (Jeremy Renner) est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue (Elizabeth Olsen) élucider ce meurtre.
Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…

Acteurs : Elizabeth Olsen, Jeremy Renner, Jon Bernthal, Graham Greene, Kelsey Asbille.

Wind River est le troisième film écrit par Taylor Sheridan, mais le deuxième qu’il réalise lui-même (le premier, Vile, en 2001, était un film d’horreur, de style « torture porn », largement dispensable. Ces trois films qu’il scénarise traitent, d’une façon ou d’une autre, de frontières. Sicario celle entre le Mexique et les USA, Comancheria, celle entre les pauvres et les riches au Texas, tandis que Wind River, traitera celle qui sépare les « Américains » des Amérindiens. Tous trois, d’une manière ou d’une autre ont un point commun : la violence. Elle est présente dans chacun de ces longs-métrages de même que l’engagement pour une cause juste, le bon droit, la défense de certains.

Certains films nous marquent de manière telle qu’il n’y a, au premier abord que l’analogie pour exprimer quelque chose. C’est un « comme » ou un « comme-ci » qui permet d’exprimer quelque chose qui vient d’un cœur qui supplante la raison. C’est que Wind River nous a pris au cœur et « remué les tripes ». Il nous faisait penser par certains aspects à La Isla Minina et à la première saison de la série True Détective. c’étaient à la fois l’ambiance, le climat, les policiers, la moiteur et la noirceur de certaines situations, le non-dit parfois. Ce n’est que dans un deuxième temps que nous avons perçu ce film comme celui d’un homme engagé, lui aussi, pour une cause qui semble perdue d’avance. Juste probablement, mais sans espoir. C’est que ce film qui est une sorte de « western de neige ». Le thème n’est pas novateur (songeons aux Les 8 Salopards de Tarantino) et il n’est même pas récent ; certains se souviendront de Day of the Outlaw (La chevauchée des bannis) réalisé par André De Toth en 1959.

Si le film a des allures de revenge movie, c’est cependant bien plus et autre chose qui est proposé. C’est avant tout le portrait d’un homme meurtri, blessé, un père qui tente, tant bien que mal d’assumer et de gérer sa paternité, divorcé de son épouse et qui vit un drame profond que l’on découvrira lors du déroulement de l’intrigue. Un drame lié à la mort de sa fille et qui est ravivé par sa découverte d’une jeune fille dans les montagnes enneigées qu’il parcourt pour traquer les animaux nuisibles qui s’attaquent aux animaux des fermes. Traqueur, mais aussi chasseur !

Ensuite, Wind River est la confrontation entre plusieurs groupes/éléments/personnes :
1. les Amérindiens, concernés par la mort de l’une des leurs et liés à Cory (via son ex-femme),
2. les autorités fédérales qui envoient une femme, Jane Banner (et c’est signifier ainsi que l’affaire indienne est de peu d’intérêt, d’autant que finalement elle n’a pas été « tuée » — mais c’est bien plus complexe que cela, bien entendu — et qu’il n’est pas possible d’avoir des ressources humaines supplémentaires)
3. Le couple Jane Banner et Cory Lambert
4. Les antagonistes du récit (les « méchants » pour faire simple)
5. La « nature » hostile (en particulier la température : moins vingt degrés).

C’est à la fois le jeu d’interaction entre ceux-ci, mais aussi celle entre le couple que forme la policière fédérale et celui qui devient chasseur et vengeur. Wind River tient ainsi du film d’action dans une ambiance froide, neigeuse, sordide, extrême et violente. Au terme du film l’on saura qui a fait quoi et ce qu’il advient des uns et des autres. C’est que l’intrigue est tout autant importante que le climat (au double sens du mot !). Elle est bien construite même si nous avons regretté qu’un flashback explicatif arrive trop tôt (ce sera la scène de la roulotte) et nous avions l’impression (mais nous ne sommes ni scénariste ni monteur) qu’il aurait été préférable de le placer dans l’une des dernières scènes du film qui réunit deux protagonistes dans la montagne.

Nous avons apprécié ce film comme un certain nombre d’autres critiques. Signalons que l’enthousiasme n’est pas partagé par tous. Il n’empêche, sa construction, son intrigue, son style et l’évolution des personnages ainsi que l’amère conclusion nous ont plu. Le générique final commence par la mention de ces Amérindiennes oubliées. Nul ne tient compte - au double sens du terme - de leur mort. Le film est aussi un révélateur d’un fait de société, qui est bien plus qu’un fait divers (ou un fait d’hiver). L’histoire de femmes aussi violées, abandonnées, livrées à elles-mêmes. D’hommes et de femmes déracinés, parqués dans un territoire qui n’est pas le leur. C’est aussi le terreau d’un film excellemment préparé par Taylor Sheridan grâce à des rencontres et une collaboration positive avec des tribus amérindiennes dont certains membres font partie du casting où l’on découvre aussi Gil Birmingham qui joua dans Comancheria.

Diaporama

Bande-annonce :

Lien vers la critique de Julien Brnl


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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