Bandeau
CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Jon Gun
The Case for Christ (Jésus, l’enquête)
Sortie salle en France le 28/2/18 et restreinte en Belgique à partir du 27/4
Article mis en ligne le 22 avril 2018
dernière modification le 11 juillet 2018

par Charles De Clercq
logo imprimer

Malgré quelques qualités dans la reconstitution des années 70, ce film de propagande est à éviter !
Apologétique, de mauvaise foi(s), trop « bondieusard » et d’une insupportable niaiserie ! 11/100

Synopsis : Lee Strobel, journaliste d’investigation au Chicago Tribune et athée revendiqué, est confronté à la soudaine conversion de son épouse au christianisme. Afin de sauver son couple, il se met à enquêter sur la figure du Christ, avec l’ambition de prouver que celui-ci n’est jamais ressuscité…

Acteurs : Mike Vogel, Erika Christensen, Robert Forster, Frankie Faison, Faye Dunaway, Brett Rice...

Mise à jour 22 avril 2008 : diffusion restreinte en Belgique

La société SAJE (cf. infra) distribuera finalement le film en Belgique dans certaines salles. Les projections seront suivies de débats avec un journaliste, un chrétien protestant et un chrétien catholique. Nous remontons donc cette critique dans le fil de l’actualité. Précisons ici que notre avis n’engage que nous et pas la radio RCF (où les médias catholiques). Nous renvoyons à celui du site Abus de Ciné dont nous faisions état dans la mise à jour de janvier dernier. Par ailleurs, pour ce qui à trait à l’aspect exégétique, nous renvoyons à nouveau à cette traduction d’un article anglais The Case for Christ : La preuve de la résurrection de Jésus. Enfin, certains s’étonneront que des journalistes et des hommes d’Eglises, protestants et catholiques, théologiens parfois, participent à une telle entreprise de propagande.

Mise à jour 30 janvier 2008 : le film est annoncé en France pour le 28 février 2018

Nous apprenons que le film sera distribué en France fin février sous le titre « Jésus, l’enquête » par la société française SAJE [celle-là même qui assure la distribution du regrettable Risen (La résurrection du Christ)] ou de la daube magistrale qu’est le film Le grand miracle, un film d’animation d’une imbuvable mièvrerie — dont on a osé faire l’an dernier la promotion dans des communautés catholiques en manque d’adhésion et d’adhérents — et qui prétend faire vivre la messe autrement alors qu’il ne fait que présenter l’eucharistie comme quelque chose de magique. Sans atteindre les excès de Pure Flix, l’on remarque que le catalogue manifeste une sensibilité protestante de tendance évangélique. Pour ce qui est du film proprement dit, nous ne nous attarderons plus mais renvoyons à l’excellente critique du site Abus de Ciné et à l’avis de Raphaël Julien auquel nous souscrivons totalement. Notons cependant que plusieurs sites chrétiens apprécient le film, et pour cause, puisqu’il semble donner une caution « intellectuelle » à une démarche de foi (ce qui en fait ressort du film : c’est d’abord une question de foi !).


Un film « chrétien » en direct to DVD !

Il y a quelques jours qu’un film est disponible chez nos voisins des Pays-Bas, The Case for Christ, deux semaines à peine après sa sortie aux USA (notamment) où il est distribué par Pure Flix qui s’est spécialisée dans la distribution de films dits « chrétiens » avec une orientation très évangélique mais nous devrions écrire « évangélicaliste » au sens négatif que nous pouvons donner à l’expression et aux mouvements religieux de cette tendance chrétienne pour le moins inquiétante. C’est intrigué par le synopsis que nous nous sommes procuré le DVD. C’est que vouloir prouver que la résurrection n’a jamais eu lieu nous paraissait totalement absurde et précisons d’emblée, pour être honnête, que l’inverse l’est tout autant. On rappellera justement ce que nous écrivions il y a un an à propos de Risen (La résurrection du Christ), un des plus mauvais films « chrétiens » que nous ayons vu : S’agissant de résurrection (les mots originaux grecs sont « s’éveiller » et « se lever » !) il ne s’agit pas d’un événement « historique » comme l’écrivait le cardinal Ratzinger peu suspect d’hérésie : « Dans cette résurrection [celle de Jésus], le cadre de l’histoire est dépassé, et donc (...) le Ressuscité n’est pas revenu dans l’histoire intérieure au monde et accessible à chacun, mais au-dessus d’elle (...). En conséquence, la résurrection ne peut être un événement historique dans le même sens que la crucifixion. Elle n’est décrite en tant que telle par aucun récit, et l’instant de sa réalisation n’est pas déterminé autrement que par l’expression de type eschatologique ‘Le troisième jour’ (in Les Principes de la théologie catholique, p. 208). »

Il est question ici d’une histoire vraie qui débute dans les années 70, celle de Lee Strobel, qui fera une double expérience de conversion ; celle de son épouse et, en rebond/réaction, la sienne. D’athée radical, il deviendra chrétien en 1981. Nous ne pouvions qu’être intéressé nous même par cette histoire pour avoir accompli un parcours identique (une expérience de conversion en 1979 et une demande d’entrée au séminaire en 1980) avec parfois même certains excès. Ainsi, nous gardons le souvenir des débuts, avant d’entrer au séminaire, où abandonnant toute raison nous passions des heures devant le « saint-sacrement » [1] mais également l’invitation de nos professeurs lors de notre entrée à ne pas nous prévaloir d’une expérience de conversion tout en nous invitant à lire un ouvrage consacré à la psychologie desdites expériences !

Que vaut donc ce film ? D’emblée nous pouvons nous réjouir de ce que le film ne sera pas distribué en France et en Belgique. Certes on peut relever quelques « qualités » cinématographiques, ainsi la restitution des années 70/80, le jeu des acteurs. Toutefois le tout est plombé par un film très bavard et surtout d’une forme apologétique très dérangeante associée à une très grande malhonnêteté intellectuelle quasiment « putassière ». Lee Strobel est devenu depuis sa « conversion » un propagandiste évangélique pur et dur... et récompensé pour cela [2]. La malhonnête principale résulte à la fois du choix des « spécialistes » interrogés (nous sommes loin de la méthode de travail de l’émission Corpus Christi d’Arte en 1997) mais aussi de la pétition de principe que ce qui est écrit est « vrai ». Ainsi, vu qu’il est écrit que Jésus est apparu à plus de cinq cents personnes... c’est vrai ! Mais alors quand on écrit dans les évangiles que « tout le peuple » venait à Jésus... cela voudrait dire la totalité d’Israël. C’est donc oublier, dans un premier temps l’amplification épique des récits et, dans un deuxième temps que ceux-ci sont d’abord théologiques et apologétiques. Ensuite, les récits relatifs aux événements d’après la mort de Jésus ont un tout autre statut. Ils visent à transmettre une expérience de fois à travers du « croyable disponible » et des mots « poétiques » pour exprimer ce qui dépasse la raison. Pour rappel, l’évangile attribué à « Marc » se termine par le récit du tombeau ouvert. Nous ne voyons pas Jésus. Seul un jeune est là. Le jeune homme qui s’était enfui, tout nu laissant là son suaire… Il est ici, vêtu de la stola, de l’étole blanche : il dit que Jésus est ressuscité. Les femmes ont peur, elles s’enfuient. Elles ne disent rien à personne. Tout s’arrête là, en XVI, 8. Le récit qui suit, d’apparition est un ajout qui date du 2e siècle ! Ici donc la démarche proposée est profondément littéraliste et n’est pas fondamentalement différente de celle des courants « créationnistes ». Cela peut marcher aux USA, ce n’est pas le cas chez nous et on ne peut que s’en réjouir. Pour conclure pour ce qui à trait à l’aspect exégétique, nous renvoyons à cette traduction d’un article anglais : The Case for Christ : La preuve de la résurrection de Jésus et, sur autre versant, pour l’enquête journalistique, nous renvoyons à l’excellent Spotlight.

Bande-annonce

Notes :

[1Depuis, notre formation nous avait appris à comprendre d’où venait cette dérive historique où le ’voir’ a pris le dessus sur l’injonction ’prenez et mangez’, mais c’est un autre débat !

[2De 1987 à 2000, Strobel a exercé comme pasteur d’enseignement à la Willow Creek Community Church à South Barrington, Illinois, avant de se concentrer sur l’écriture et la production de son émission télévisée, Faith Under Fire. Il continue de parler périodiquement dans les églises et a été membre du conseil d’administration de l’association Willow Creek. En 2007, Strobel a reçu un doctorat honorifique du Southern Evangelical Seminary en reconnaissance de ses contributions à l’apologétique chrétienne.(Wikipedia)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


Mots-clés associés

Au hasard...

0 | 10 | 20 | 30

Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children
le 28 septembre 2016
Selma
le 2 février 2015
L’Atelier
le 16 octobre 2017
The Farewell Party (Mita Tova)
le 26 mars 2015
The Black Panthers : Vanguard of the Revolution
le 13 mai 2017
De la neige pour Noël (Solan og Ludvig. Jul i Flåklypa)
le 15 décembre 2014
Love is Strange
le 11 octobre 2014
Black
le 10 septembre 2015
Marie Heurtin
le 11 novembre 2014
Le ciel flamand
le 12 novembre 2016
RSS

2014-2018 © CINECURE - Tous droits réservés
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.0.99