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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Jacques Audiard (2015)
Dheepan
Sortie le 26 août 2015
Article mis en ligne le 17 août 2015
dernière modification le 1er septembre 2015

par Charles De Clercq
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D’une famille ’composite’ à une famille (re)composée - 51/100

Synopsis : Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de construire un foyer.

Acteurs : Jesuthasan Antonythasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga.


NB : Un critique ne fait pas la pluie et le beau temps et ma déception ne fait pas force de loi. S’agissant ici d’une Palme d’or, je ne suis pas plus malin que le jury cannois. Donc lisez ci-dessous l’expression de ma déception mais ne vous en contentez pas ! Demandez l’avis d’amis dont vous appréciez le jugement. Peut-être suis-je passé à côté du film sans comprendre !

 Un prophète ?

J’attendais beaucoup, probablement beaucoup trop, de la Palme d’or 2015. De Jacques Audiard, j’avais plus qu’apprécié Un prophète et De rouille et d’os et j’attendais donc quelque chose de mieux encore. Déception donc ! Ce à quoi des amis m’ont dit que la Palme, c’était plutôt pour l’œuvre entière que ce film-ci en particulier. Que c’était une façon de récompenser son auteur pour quelques films précédents qui eux auraient mérité une haute distinction... mais nul n’est prophète en son pays... sauf jusqu’à la récompense suprême pour cette année !
Enfin, par ce film Audiard ne serait-il pas « prophète », porte-parole, qui parle au nom des réfugiés du Sri Lanka et, finalement de tous les réfugiés aujourd’hui ?

 De se battre, le soldat ne s’est pas arrêté !

Le film avait cependant tout pour lui. Apparemment ! Il traitait du parcours d’un immigré, thème combien d’actualité s’il en est. Mais pas n’importe lequel : pas un syrien, un afghan, un iranien, mais un soldat venant du Sri Lanka. Il faisait partie des « Tigres de libération de l’Îlam tamoul ». La guerre semble être terminée (nous serions donc en 2009). On brûle les cadavres. Il n’y a plus rien à faire. Il faut partir ! Mais pour faire un exode hors de son pays, pour s’exiler vers une terre étrangère que l’on croit et espère paradisiaque le soldat doit changer de tactique. Il va chercher une femme et un enfant, censés lui faciliter l’accueil au paradis. Il trouvera donc femme. Et la femme trouvera une enfant qui sera « leur » fille. En somme, une famille "composite [1]. Le soldat ne s’arrête donc pas et se met en route vers la terre promise ! L’Angleterre ? Certes non, la France. Entendant cette destination la femme tressaille non pas d’allégresse, mais de peur comme si les portes de l’enfer allaient s’ouvrir devant eux. Nous voici donc prévenus !

 Un concierge très discret

Le réalisateur ne s’attarde pas trop sur le voyage vers la France. A l’arrivée, les choses iront très vite. Passer par les fourches caudines des centres de contrôle et de tri. Expliquer mal les (fausses) raisons du départ avec l’aide d’un interprète qui ne se laisse pas conter (et que l’on retrouvera plus tard). Mentir pour être accueilli. En quelque sorte, nous sommes confrontés dans nos clichés par rapport à ces gens qui viennent « chez nous ». Mais cette piste n’est pas suivie outre mesure parce qu’assez vite (trop vite peut-être), notre Tamoul, avec sa femme et sa fille va se retrouver concierge dans un immeuble de banlieue. Dès ce moment, nous ne quitterons quasiment plus ces deux barres d’immeubles qui feront notre univers et celui de nos protagonistes. Notre concierge naviguera entre les immeubles et les coups de feu tirés par de jeunes caïds du coin !

 Commune Ultra

Mon sous-titre - simple clin d’oeil à American Ultra qui sort cet été sur nos écrans - fait référence à la série télévisée La Commune [2]. En effet, pendant une bonne partie du film, je me suis senti comme dans un épisode de cette série. Mais plus encore, comme si de la France il n’y avait que cette image à présenter, comme si c’était cela la France et que donc la femme - à défaut d’épouse de Dheepan - avait raison de craindre l’enfer ! Mais il y a pis : c’était La commune, sans policiers et sans autorité. On vend de la drogue, on tire au pistolet et il ne se passe rien. Les caïds contrôlent tout dans cette zone de non-droit ! Nous aurons bien droit à quelques passages sur la scolarisation de la petite fille, sur le boulot de la « mère » et surtout nous découvrions combien notre concierge est habile de ses mains, combien il aide la cité et son prochain grâce à celles-ci.

 Un homme dans une cité avec une machette et un pistolet

Au milieu du film nous retrouverons la communauté tamoule au temple. Et pourtant, plus tôt Dheepan va demander à sa « femme » de se voiler pour faire comme les autres, pour se fondre dans la masse en quelque sorte alors que cela ne fait pas partie de leur religion. Avant de revenir dans la cité et d’y tracer une frontière, nous aurons droit à un passage dans un parc, avec d’autres. Dheepan aura rencontré aussi, grâce à l’interprète, un ancien colonel de son pays qui veut refinancer une guerre là-bas [3] et qu’il lui faut cent mille euros. Notre héros refuse et se fait tabasser. Mais cette piste-là est aussitôt abandonnée.
Quoi qu’il en soit, après avoir défini les frontières et précisé ce qu’on peut faire dans la cité ou pas, notre héros va se relever, se mettre debout, en marche avec une machette et un pistolet !

 Regarde les caïds tomber

Tel un héros américain qui devient un « vigilant » et va (se) défendre, avec les armes et avec violence, Dheepan va partir à l’assaut, seul contre tous, avec une arme qui tire, qui tire, qui tire (mais où est donc le chargeur ?)... Et les caïds tombent les uns après les autres. On vous laisse découvrir à l’écran cette partie violente et amorale, proprement incroyable et que pourtant on amène les spectateurs à cautionner au nom de ? Au nom de quoi ? Parce qu’alors tout est possible et nous sommes dans le même domaine du non droit que ceux que l’on veut éradiquer de la cité par le feu : ici une arme à feu (et non le feu qui ouvre le film sur la combustion des cadavres !).

Rêve ou réalité, peu importe : la famille composite sera alors (re)composée, au « paradis » avec l’amour et une vie nouvelle. Mais le héros s’en est sorti avec fierté en donnant la mort dans l’impunité !

 Babel !

Une dernière remarque pour l’emploi des langues. Les Bruxellois qui comprennent le néerlandais seront avantagés par rapport aux francophones. Si ce qui est dit en langue étrangère est sous-titré en français et en néerlandais, en revanche, ce qui est dit en français est uniquement sous-titré en néerlandais. Et c’est regrettable parce que les acteurs n’articulent pas vraiment bien (et il et possible aussi que comme dans pas mal de films français la prise de son laisse à désirer) et que certains propos sont aux limites de l’intelligibilité.

PS : J’ai cependant apprécié les prestations de Vincent Rottiers et de notre compatriote Marc Zinga !

 Bande-annonce :

Notes :

[1faite donc d’éléments divers, hétérogènes.

[2Une saison et huit épisodes en 2007 avec à l’affiche Tomer Sisley et surtout Tahar Rahim dans un de ses premiers rôles !

[3Je suppose qu’il s’agit de l’Armée populaire de libération du peuple tamoul.


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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