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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Chris Butler
Monsieur Link / The Missing Link
Sortie le 10 avril 2018
Article mis en ligne le 3 mai 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • cinquième film du studio LAIKA, spécialisé dans l’animation en volume (image par image, dite en « stop-motion »), dont le dernier film en date était « Kubo et l’Armure Magique » (2016), nommé aux Oscar du cinéma à deux reprises.

Résumé : Monsieur Link est une créature surprenante, étonnamment intelligente et surtout incroyablement attachante. Dernier vestige de l’évolution humaine et unique représentant de son espèce, Monsieur Link se sent seul... Pour l’aider à retrouver ses parents éloignés, il approche l’explorateur Sir Lionel Frost, le plus grand spécialiste des mystères et des mythes. Accompagnés par l’aventurière Adelina Fortnight qui possède l’unique carte qui leur permettra d’atteindre leur destination secrète, ils se lancent dans une odyssée à travers le monde.

La critique de Julien

Avec son animation singulière, le studio Laika est devenu l’un des pionniers du genre en l’espace de quelques années seulement. Original, gargantuesque et sublimissime, le travail du studio frappe une fois de plus avec leur cinquième long métrage après « Kubo et l’Armure Magique » (2016), véritable ode aux mythes et légendes de la culture japonaise. Ce récit initiatique, remplit de mélancolie, traitait aussi bien d’amour que de la famille, ou encore d’une quête identitaire, comme de la mort. Si le nouveau film marque un tournant technique pour le studio au niveau de la conception de son animation, il n’est cependant pas aussi habité et profond que ses prédécesseurs. Qu’à cela ne tienne, il reste un dessin animé à l’ancienne, tendre, abouti, et évidemment très impressionnant.

Alors que le réalisateur de « Kubo et l’Armure Magique » Travis Knight (homme à tout faire du studio et le vice-président de celui-ci) était occupé ces derniers mois à la réalisation de « Bumblebee », c’est à un autre mentor de la maison qu’est revenu le soin de réaliser le nouveau bébé en stop-motion. Scénariste sur différents films Laika, et réalisateur de « L’Étrange Pouvoir de Norman » (2012), Chris Butler s’est notamment ici inspiré de son film préféré « Indiana Jones : les Aventures de l’Arche Perdue » (1981) pour mettre en boîte ce récit d’aventure « fin-de-siècle » autour d’un crypto-zoologue à la recherche de monstres dont l’existence ne peut être prouvée de manière irréfutable, et cela afin de gagner les rangs du Cercle d’Aventurier dirigé par l’ignoble Lord Piggot-Dunceby. Or, après avoir échoué à ramener un cliché du monstre du Loch Ness, Sir Lionel Frost se retrouve amputé de son assistant, lui claquant ainsi la porte au nez, tandis qu’il parvient tout de même à sceller un dernier accord avec Piggot-Dunceby. En effet, après avoir reçu une lettre anonyme l’invitant à se rendre au Etats-Unis où son correspondant aurait une preuve réelle de l’existence du Sasquatch, Frost, s’il parvient à mettre la main sur le monstre, se verra offrir une place de choix au sein du Club, ainsi qu’une renommée. Ce qui ne sera pas du tout du goût de son dirigeant, méprisant son travail et le personnage, lequel va alors lui lancer des bâtons dans les roues au travers de sa quête...

Visuellement fluide, audacieux et fantaisiste, « Monsieur Link » est un voyage au travers des continents et des paysages, lequel est sublimé par des pigmentations aux couleurs de l’arc-en-ciel, et parsemé de véritables moments qui parviennent à côtoyer nos émotions. Ainsi, le spectateur s’étonnera, par exemple, de découvrir des scènes à couper le souffle, dont une particulièrement vertigineuse, où le vide est extrêmement bien rendu. Par contre, si le visuel des personnages n’est pas spécialement attachant, c’est en apprenant à les découvrir et à les connaître que l’on ne peut qu’être intéressé par eux. D’ailleurs, le doublage, reposant notamment Thierry Lhermitte (Frost) et Eric Judor (Link), est raffiné, et très fidèle aux personnages.

On est donc véritablement ici dans un récit d’aventures, où les personnages verront leurs idéaux être remis en question, et où l’entraide et la complicité auront une place de choix pour leur permettre d’arriver aux buts de mission. Sans doute plus lumineux et accessible dans ses messages que ses aînés, « Monsieur Link » traite également de la solitude et la nécessité d’appartenance de l’être humain, tout comme de son besoin inné de reconnaissance, ou encore de son ego démesuré. Pourtant, grâce à une écriture très claire, efficace, et allant droit au but, le périple de Sir Lionel Frost et de son ami - le bien nommé - Monsieur Link parvient à déjouer les tares de l’être humain, et à lui proposer une évolution de rédemption. Voilà qui est pour le moins bienvenu, et quelque peu étonnant de la part du studio, qui avait l’habitude jusque-là de s’appuyer sur des enjeux plus noirs, ou tout simplement plus adultes.



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