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CINECURE
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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Les critiques de Julien Brnl
Les Confins du Monde
Réalisateur(s) : Guillaume Nicloux
Article mis en ligne le 28 décembre 2018

par Julien Brnl
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Davantage ancré dans une vérité fantasmée plutôt qu’historique, on reste assez peu convaincu par cette histoire métaphysique et psychologique. Mais son emballage est une véritable proposition de cinéma comme on en voit peu, laquelle aide à s’y immerger, et à en ressortir en partie comblé. 14/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 05 décembre 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • seizième long métrage de Guillaume Nicloux après « Valley of Love » (2015), lui dont la carrière cinématographique est éclectique, étant donné sa soif de s’essayer à plein de genres différents, tels que le drame, la comédie décalée, le film expérimental ou encore le film politique.

Résumé : Indochine, 1945. Robert Tassen, jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Aveuglé par sa vengeance, Robert s’engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche des assassins. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune Indochinoise, va bouleverser ses croyances.

La critique de Julien

Mars 1945, post-Seconde Guerre mondiale, l’Indochine voit s’affronter sur ses terres disputées la puissance coloniale française et l’impérialisme japonais, tandis que la péninsule du continent asiatique entre dans un processus mondial de décolonisation. L’armée française, alors affaiblie (les forces en présence sont indéterminées) et décrédibilisée, se voit balayée par une riposte japonaise, laquelle profitera au Viêt Minh (mouvement indépendantiste vietnamien d’obédience communiste) pour prendre le pouvoir sur la colonie française. C’est dans cette situation de guerre et de transition assez complexe que le film de Guillaume Nicloux « Les Confins du Monde » s’inscrit, bien qu’il n’utilise ce contexte qu’à des fins de climat fantasmagorique (accentué par une barbarie sans nom) dans le cadre d’une vengeance personnelle, se transformant peu à peu en passion amoureuse dévorante.

D’emblée, ce drame de guerre se retient essentiellement pour sa cinématographie. Son aspect spatio-temporel unique, et la manière dont le cinéaste parvient à la mettre en scène, en sont ainsi ses plus grandes forces de conviction. Il en résulte un univers réaliste sur papier, mais baigné dans une incroyable esthétique, quant à elle, quasi-surréaliste. D’ailleurs, la photographie est sublime. Ces forêts vietnamiennes humides, cette brume épaisse, ces corps démembrés, ou encore ces visages creusés sont filmés de manière à offrir une dimension évocatrice, mais étonnement charnelle à l’horreur vécue par ces hommes, lesquels livrés à leurs émotions les plus extrêmes sont dévorés par violence inouïe. On y suit alors Robert Tassen, un jeune militaire français démobilisé de la Seconde Guerre mondiale, souhaitant venger en secret la mort de son frère en pourchassant le mystérieux lieutenant Vo Binh, responsable de son massacre. Mais sa rencontre avec Maï, une jeune Indochinoise prostituée, va bouleverser ses plans.

Rarement dans l’action, « Les Confins du Monde » n’est pas un film de guerre tel qu’on l’entend, mais plutôt une quête existentielle envoûtante, et remise en question par un environnement (très) hostile, et des rencontres loin d’être fortuites. Le personnage campé par Gaspard Ulliel (très amaigri) trouvera alors l’amour auprès d’une jeune prostituée au cœur inaccessible, car n’ayant que son corps pour survivre, tout comme l’écrivain Saintonge (Gérard Depardieu, fidèle au réalisateur) viendra remettre en doute ses croyances les plus marquées. Son amitié avec son compère Cavagna (Guillaume Gouix, très expressif) perturbera également sa vision des choses.

Contemplatif dans le traitement des enjeux de son personnage principal (car intensément intime et énigmatique), le film ne permet pas d’éprouver une quelconque émotion pour ce dernier, lequel est bien plus stoïque qu’effrayé, mais au regard sombre, fixé vers l’ennemi, avant de s’éteindre, d’une certaine manière.
Peu bavard, usant d’ellipses pour marquer son rythme et montrant la Guerre d’Indochine au travers d’une expérience visuellement riche d’âpretés, « Les Confins du Monde » hypnotise le spectateur, au risque aussi de le perdre en chemin.



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