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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Sou Abadi
Cherchez la femme !
Sortie le 2 août 2017
Article mis en ligne le 8 juillet 2017
dernière modification le 7 août 2017

par Charles De Clercq
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De bons acteurs au service d’un projet généreux et ambitieux...
Mais la comédie - qui interroge - le fait aux risques de la caricature et des clichés. 51/100

Synopsis : Armand et Leila sont en couple. Mahmoud, le grand-frère de Leila, revient d’un long séjour au Yémen, qui l’a radicalement transformé. Apprenant la relation amoureuse, il décide de séquestrer sa sœur pour l’éloigner d’Armand. Armand n’a pas le choix, s’il veut s’introduire chez Mahmoud, il doit enfiler le tchador. Le lendemain, une femme en tchador arpente les rues de Paris… Elle s’appelle Schéhérazade… (source de la photo de Sou Abadi ci-contre)


cliquer pour lire le synopsis détaillé (! spoilers !)

(source Wikipedia)Armand (Félix Moati) et Leïla (Camélia Jordana) sont deux étudiants de Sciences Po qui vivent le parfait amour, en dépit du fait qu’Armand est réticent à parler de sa relation avec Leïla à ses parents, M. et Mme Yaghmaian (Hami Djavadan et Behi Djanati Ataï), deux intellectuels iraniens ayant fui le régime islamique de l’ayatollah Khomeini et qui, en dépit de leurs profondes convictions féministes et réformistes, préfèrent arranger pour leur fils un mariage avec une jeune fille issue de bonne famille. Armand et Leïla souhaitent tous les deux partir à New York pour effectuer leur stage de fin d’études au siège des Nations Unies.

Cependant, un obstacle de taille se dresse bientôt sur leur route. En allant chercher son frère Mahmoud (William Lebghil) en compagnie de son frère cadet Sinna (Carl Malapa), Leïla découvre avec stupeur que durant un séjour de dix mois au Yémen, il s’est radicalisé et est désormais pétri de l’idéologie musulmane conservatrice des Frères musulmans. Une cohabitation maladroite s’installe alors entre Leïla et Sinna, habitués à vivre selon les habitudes culturelles françaises et laïques d’un côté, et Mahmoud, qui souhaite ramener sa famille dans ce qu’il pense être le droit chemin de l’autre, appuyé par ses amis Abdoullah (Sâm Mirhosseini), Mustafa (Oussama Kheddam) et Fabrice (Oscar Copp). Lorsque Mahmoud surprend Leïla et Armand en train de s’embrasser, il violente Armand et interdit désormais à Leïla de sortir seule.

Sur les conseils d’un réfugié afghan dont l’association à laquelle Armand appartient s’occupe, le jeune homme décide de revêtir une burqa pour se faire passer pour une jeune musulmane intégriste, Schéhérazade, et ainsi se rendre à l’appartement de Leïla. Le stratagème fonctionne et, sous couvert de donner à Schéhérazade des leçons de français, Leïla parvient à continuer à voir son petit ami. Armand décide alors de perfectionner son travestissement : il achète des vêtements sur mesure, se maquille légèrement et se documente sur la religion islamique afin de continuer à donner le change auprès de Mahmoud. Leïla compte également convaincre Mahmoud de laisser Schéhérazade s’occuper de l’éducation religieuse de leur frère Sinna plutôt que de l’envoyer au Yémen comme le souhaite Mahmoud.

Si le stratagème fonctionne et donne lieu à nombre de situations cocasses, comme Armand croisant sa mère dans le bus alors qu’il est déguisé en Schéhérazade, s’attirant la réprobation de la féministe Mme Yaghmaian ou des policiers faisant remarquer à Armand que son travestissement enfreint la loi, il a également une fâcheuse conséquence tout à fait inattendue : Mahmoud s’éprend de Schéhérazade et de sa « pureté d’âme » et se met en tête de l’épouser. Lorsqu’il fait part de son projet à Schéhérazade, celle-ci n’a d’autre choix que de mentir et de prétendre que son père l’a promise à son propre cousin, une décision irrévocable. Mahmoud s’en attriste mais décide de ne pas se laisser abattre. Il demande à ses amis de suivre Schéhérazade pour découvrir où elle habite et ainsi rendre visite à son père pour le convaincre de changer d’avis.

Il devient de plus en plus compliqué pour Leïla et Armand de maintenir leur relation secrète. Un soir, Sinna surprend une conversation téléphonique entre sa soeur et Armand, qu’elle appelle Schéhérazade pour plaisanter, et en entendant les mots d’amour entre ce qu’il pense être deux femmes, Sinna se persuade qu’elles se livrent au lesbianisme. Par ailleurs, la présence d’une femme voilée dans le très chic XVIème arrondissement de Paris, où vit Armand avec ses parents, ne passe pas inaperçue et attire les soupçons du voisinage, M. et Mme Yaghmaian étant persuadés que cette femme est un agent du régime iranien. De plus, les parents d’Armand découvrent les nombreux ouvrages sur l’Islam qu’Armand s’est procuré pour parfaire son déguisement et pensent que leur fils s’est converti à l’Islam.

La supercherie finit par être révélée lorsqu’Armand rentre à son appartement encore déguisé en Schéhérazade à la stupéfaction de ses parents, qui décident alors d’intervenir pour permettre à Leïla de se libérer du joug de son frère, au grand dam d’Armand qui préférait faire les choses discrètement. Schéhérazade annonce à Mahmoud que son père est prêt à le rencontrer. Une cérémonie est montée de toutes pièces à l’aide des réfugiés dont s’occupent Armand et Leïla et des amis militants des Yaghmaian. Au cours de celle-ci, Mme Yaghmaian, une amie de celle-ci et Leïla s’enfuient, déguisées sous une burqa, pour retrouver Armand à l’aéroport afin que les deux amoureux s’envolent pour les Etats-Unis. Pendant ce temps, les hommes ont la tâche de retenir Mahmoud et de lui faire abandonner son projet de marier Schéhérazade, exigeant de lui sa conversion au chiisme et une dot absure de cent chameaux. Cependant, Mahmoud accepte tout et découvre, enragé, que Schéhérazade n’est pas là. Il pense alors qu’elle est à l’aéroport et se lance à sa poursuite, suivis par M. Yaghmaian et tous les autres hommes.

Plutôt que de s’enfuir purement et simplement, Armand décide d’assumer son mensonge auprès de Mahmoud. Alors que ce dernier vient d’arriver à l’aéroport, Armand revêt pour une dernière fois le déguisement de Schéhérazade et explique à Mahmoud qu’il s’est épris d’une personne qui n’existe pas, révélant ensuite qu’il n’est qu’un jeune homme. Mahmoud manque de s’en prendre à Armand, mais Leïla intervient et lui explique que le responsable de cette situation ubuesque n’est autre que Mahmoud lui-même, à cause de son idéologie radicale qui a empoisonné les relations familiales. Lorsqu’Armand affirme qu’il aime Leïla comme Mahmoud a aimé Schéhérazade, Mahmoud consent à laisser les deux amoureux partir, son idéologie s’étant adoucie au contact de Schéhérazade et de sa connaissance d’un Islam plus poétique que celui qu’on lui a enseigné. Tous voient l’avion d’Armand et Leïla décoller et Mme Yaghmaian décide de prendre en charge l’éducation de Mahmoud.


Acteurs : Camelia Jordana, Félix Moati, William Lebghil, Anne Alvaro, Miki Manojlovic

Dès que la bande-annonce de cette comédie a fait son apparition, j’avoue avoir été très dubitatif sur cette comédie qui me semblait n’être qu’une pochade. Celle-ci semblait jongler sur les communautarismes et l’ambiguïté de genre, commeTootsie de Sydney Polack, 1982, Some Like It Hot (Certains l’aiment chaud) de Billy Wilder, 1959) ou encore Mrs. Doubtfire (Madame Doubtfire) de Chris Columbus (1993). Semblait donc, pour n’avoir pas vu le film... mais je craignais la superficialité et l’humour au ras des pâquerettes.

Crainte dissipée en fin juin en liant le commentaire d’un ami et confrère (prêtre, pas journaliste !) sur sa page Facebook. Il avait beaucoup apprécié le film et concluait ainsi sa critique : « Rire un peu, le temps d’un film, aux dépens de ceux qui se prennent trop au sérieux : c’est, ma foi, une excellente chose ! J’en redemande ! 8/10 ». C’était d’autant plus précieux que j’estime ce confrère et que je suis souvent en consonance avec lui et qu’il y a peu d’échos sur la Toile française, alors même que le film ne sort en Belgique que le 2 août !

J’ai donc vu le film, j’ai cherché la femme, je l’ai trouvée... et tout cela m’a mis très mal à l’aise. Mon retour sur un forum cinéphile fut lapidaire : « Cherchez la femme (Sou Abadi) : 5/10. Oui... mais.. non ! ».

Oui, parce que la réalisatrice, née en 1968 à Rasht, en Iran, dont c’est ici le premier long-métrage de fiction (après un documentaire SOS Tehran en 2002), traite de son sujet en connaissance de cause et en femme engagée. Elle dédie même le film à son père au moment du générique final.

Elle sait donc de quoi elle parle : "J’ai passé une partie de ma vie sous la République islamique d’Iran. L’éducation religieuse obligatoire, les restrictions vestimentaires et les brigades des moeurs font partie des souvenirs indélébiles de mon adolescence.
Quand j’y suis retournée pour tourner S.O.S. à Téhéran, j’ai dû mettre un tchador pour aller demander des autorisations dans tel ou tel ministère : je me suis cassé la figure plus d’une fois en me prenant les pieds dans le tissu, je me suis renversé du thé brûlant en essayant de boire avec un tchador : certains malheurs d’Armand dans le film prennent leur source dans mes expériences personnelles.
« . Cela lui a donné l’idée du voile comme déguisement : »J’avais entendu il y a quelques années une interview de Hojat-ol-eslam Rafsandjani, l’un des dirigeants de la République islamique d’Iran, il y racontait qu’avant la révolution, pour échapper à la police du shah, il avait dû porter le voile et se faire passer pour une femme pieuse. Par ailleurs, un ex-président iranien, aujourd’hui réfugié en France, a fui l’Iran en 1982 déguisé en femme voilée. Se travestir pour échapper à un danger, pour sauver sa vie : j’aimais cette idée.". De nombreux thèmes du film (les parents iraniens, des personnes engagées dans l’accueil des réfugiés...) s’inspirent de son expérience personnelle ou de faits dont elle a connaissance en première ligne. Elle a donc choisi de traiter de choses graves sur le thème de l’humour. Ce n’est pas neuf et, de sa part, c’était totalement légitime.

... mais non !, parce que quand le rire était au rendez-vous, il était jaune. Quelque chose d’inexplicable me mettait mal à l’aise (et je m’exprime donc ici en je, puisqu’il s’agit avant tout de mes affects personnels). C’est que les situations tenaient souvent du cliché et ceux-ci étaient nombreux. C’était bien entendu beaucoup plus fin que dans le très dispensable A bras ouverts... Mais c’est peut-être là un piège. La question est traitée de façon simple, sans trop de surenchère, très propre sur elle... mais la caricature n’est jamais loin, sur les musulmans, les Français de souche, la banlieue... et surtout bien entendu, le salut qui vient par un bon français de France.C’est probablement au corps défendant de l’équipe et de la réalisatrice qui écrit : «  Cherchez la femme est pour moi une fable réconciliatrice. De qui je me moque ? De moi-même. Et des communistes, des féministes, des iraniens, de l’élite intellectuelle et des intégristes. Avec l’espoir, qu’à la fin, on puisse rire tous ensemble ».

Oui, on peut rire tous ensemble. Probablement de tout... ou pas. C’est tout l’art de la caricature... Ici le malaise vient du genre du film, à savoir une comédie... mais qui se prend au sérieux. Une comédie où tout est bien qui finit bien. Une comédie où tout le monde est gentil. Une comédie qui fait paraître les choses toutes simples, presque simplistes... alors que tout est beaucoup plus complexe.

Il est cependant possible de traiter d’un sujet grave de ce type, avec humour tout en étant personnellement impliqué. C’est ce qu’à fait brillamment (et je suis là en porte-à-faux de nombreux confrères et consoeurs - journalistes !) Kheiron avec Nous trois ou rien en fin 2015. Depuis, le film est sorti en DVD/BR et je ne puis que conseiller sa vision.

Toutefois, pour ne pas enfermer le film de Sou Abadi dans ma propre lecture imparfaite et peut-être partiale, voici le lien vers celle du Père Luc Schweitzer, religieux de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (Picpucien).

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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