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Aaron Schneider
USS Greyhound - La Bataille de l’Atlantique
Sortie du film le 10 juillet 2020 sur Apple TV+ Belgique
Article mis en ligne le 14 juillet 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation cinématographique du roman « Bergers sur la Mer » (« The Good Shepherd ») de C. S. Forester, publié en 1955 ;
  • longtemps annoncé par Sony Pictures aux USA pour le 22 mars 2019, avant d’être reporté au 8 mai 2020 puis au 12 juin 2020 en raison de la pandémie du COVID-19, le film a finalement vu ses droits de diffusion rachetés pour 70 millions de dollars par Apple (remboursant illico son budget de production de 50 millions de dollars), pour une diffusion sur Apple TV+, dès le 10 juillet 2020, sous une bannière « Apple Original »...

Résumé : Durant les premiers jours de l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, un convoi international de 37 navires alliés, mené par le commandant Ernest Krause de l’United States Navy, traverse le nord de l’Atlantique, une zone à risque sous la menace des U-Boot. Aux commandes du destroyer USS Keeling (nom de code radio Greyhound), le commandant Krause affronte ses doutes et démons intérieurs, lui qui est envoyé pour la première fois sur le front.

La critique de Julien

Si le nouveau coronavirus a bien mis des bâtons dans les roues de quelqu’un, c’est bien dans celles de Tom Hanks, à l’affiche aujourd’hui du film de guerre « USS Greyhound : la Bataille de l’Atlantique ». En effet, première personnalité, en mars dernier, à avoir annoncé contracter le nouveau coronavirus alors qu’il se trouvait en Australie pour commencer le tournage du prochain Baz Luhrmann consacré à Elvis Presley (dans lequel il incarnera l’imprésario exclusif de l’icône), Tom Hanks a également vu la sortie du film « L’Extraordinaire Mr. Rogers » impactée un peu partout dans le monde (lequel est sorti directement chez nous en VOD), tandis que ce film, qu’il a lui-même scénarisé sur base du roman « Bergers sur la Mer » de C. S. Forester, a purement vu sa date de sortie en salles être annulée, à son plus grand regret. Hanks a d’ailleurs récemment réagi à cette situation, et parlé d’un « crève-cœur absolu », lui pour qui, sans « mettre en colère mes seigneurs d’Apple », avait pointé « une différence dans la qualité de l’image et du son », avant de rectifier ses déclarations en précisant qu’il était ravi « qu’Apple TV+ permette à tout le monde de voir le film. ». Et c’est vrai que ses propos ne sont pas faux, d’autant plus pour ce genre de film, où le spectacle est propice à savourer en salles.

L’intrigue suit le commandant de l’US Navy Ernest Krause, qui est affecté pour la première fois sur le front, et à la tête d’un destroyer de la classe Fletcher, le fictif USS Keeling, nom de code « Greyhound », ainsi au commandement d’un groupe d’escortes multinationales défendant un convoi de navires marchands Alliés, alors cernés par des sous-marins allemands nazis, pendant la bataille de l’Atlantique, quelques mois seulement après l’entrée officielle des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, en 1942. Et l’action se déroule alors précisément sur une période de près de trois jours, correspondant à la durée durant laquelle la flotte n’est plus protégée par leur couverture aérienne, et donc à la merci des U-boots, dans une zone appelée « Black Pit », dite « Trou Noir ». On comprend dès lors mieux la durée limitée du film, plutôt inhabituelle pour un film de guerre. Mais le long métrage d’Aaron Schneider (à qui l’on doit le film « Get Low ») gère bien son temps, et sans sentiment de trop peu, lequel parcouru de grandioses scènes de combats maritimes et d’une immersion au cœur du travail acharné du poste de commandant, sans manger ni dormir durant trois jours, et où des décisions aux énormes responsabilités sont prises, sous le regard de ses seconds, qu’il consulte constamment, et de son équipage. Nous sommes alors à l’affût des signes sur le radar, à l’ouïe de la découverte des termes techniques employés à bord, mais surtout les yeux rivés vers l’océan, où l’ennemi, invisible, peut brusquement apparaître, usant de leurres pour masquer ses positions... D’ailleurs, la bande-originale, de circonstance, signée Blake Neely (que l’on retrouve au générique de nombreuses séries télévisées) renforce le danger rusé qui rôde autour...

Hanté par des démons, et bien accroché à sa ferme intention de revenir sur terre et d’épouser la femme qu’il aime, le personnage de Tom Hanks est passionnant à suivre, étant donné l’interprétation qu’il lui offre. Car une fois de plus, Tom Hanks est juste hallucinant dans ses pantoufles, et démontre qu’un film peut reposer, en partie, sur ses épaules. Et en l’occurrence, ce commandant est un exemple de sang-froid et de détermination, lequel on sent pourtant très ému par les images souvent rudes de la guerre, auxquelles lui et les siens sont confrontés. Qu’importe, puisqu’ici, c’est le devoir avant tout, la douleur et la peur relégués à plus tard.

Par l’âpreté des décors et la course contre la montre qui se joue pour ce convoi, alors en proie aux « loups » nazis, « USS Greyhound - La Bataille de l’Atlantique » propose ainsi un spectacle haletant de bout en bout, aux couleurs ternes et pluvieuses, mais où l’espoir (magnifique nature, au-dessus des nuages) et l’humanité persistent en certains hommes. Tourné avec un budget de production de cinquante millions de dollars, Aaron Schneider n’a donc pas gaspillé l’argent investi, bien que sa mise en scène manque de personnalité. Visuellement, il est en effet (très) difficile de restituer une mer lisible, réaliste et déchaînée, elle qui n’existe pourtant absolument pas, résultant ici d’effets spéciaux. Alors imaginez des destroyers y naviguer, déchargeant en même temps leurs minutions sur les sous-marins ennemis, tandis qu’ils sont en train d’esquiver leurs torpilles... Bref, tout cela amène son petit effet !

Efficace, et porté par un Tom Hanks bluffant de retenue et de fébrilité dans une partition humaine taillée sur-mesure, « USS Greyhound - La Bataille de l’Atlantique » met en scène une reconstitution risquée, mais ô combien magistrale de ces batailles navales, froides et implacables, en temps de guerre, sans en oublier aussi les combats psychologiques intérieurs, et indissociables, qui s’y jouaient.

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GREYHOUND - Official Trailer (HD) | Apple TV+ - YouTube