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Leigh Whannell
Invisible Man
Sortie du film le 04 mars 2020
Article mis en ligne le 9 mars 2020
dernière modification le 10 mars 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • nouvelle adaptation du roman « L’Homme invisible » d’H. G. Wells, publié en 1897 ;
  • troisième long métrage du cinéaste australien Leigh Whannell, fidèle partenaire de travail de James Wan, avec qui il a notamment coécrit « Saw » (2004).

Résumé : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente.
Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

La critique de Julien

Développée depuis 2007, cette nouvelle monture de « L’Homme Invisible » devait initialement être relancée dans le cadre de l’univers cinématographique partagé d’Universal, tandis que Johnny Depp devait même en incarner le personnage principal. Mais ça, c’était avant la sortie de « The Mummy » (d’Alex Kurtzman), premier film officiel du « Dark Universe », lui qui fut ainsi un échec critique et financier, interrompant directement le projet pharaonique et ambitieux du studio, lequel a donc purement décidé de l’annuler au début de l’année passée, et ainsi de revoir sa tactique. En production avec Jason Blum (les franchises « American Nightmare » et « Insidious », pour ne citer qu’elles), Universal a donc décidé de ne plus inclure ses célèbres montres dans un même univers, mais bien à réaliser une série de films basés sur une narration individualisée, et dont « Invisible Man » est le premier essai. Et c’est plutôt réussi !

Dès son ouverture, ce thriller psychologique, borné d’horreur et de science-fiction, met dans l’ambiance, et suit Cécilia, en train de s’enfuir silencieusement (mais sûrement) de la forteresse de son petit-ami, Adrian Griffin, un richissime scientifique spécialiste d’optique, mais surtout tyrannique, violent, doublé d’un sociopathe. Réfugiée chez un ami et sa petite fille depuis deux semaines, et terrorisée à l’idée qu’il la retrouve, elle apprendra alors qu’il s’est donné la mort, lui léguant ainsi une immense fortune. Mais c’est sans compter sur d’étranges événements qui vont rapidement se succéder, et dont seule elle semble être la victime, de là à ce que ses proches viennent à s’inquiéter davantage de son état mental, laissant pourtant croire, selon elle, qu’Adrian n’est pas vraiment mort...

Pour une relecture moderne résultant de l’ère #MeToo, « Invisible Man » s’avère être un prodigieux divertissement qui manie aussi bien le contenu que le contenant. D’un point de vue cinématographique, tout d’abord, Leigh Whannell, le réalisateur, joue des codes du genre à l’aide d’une caméra flexible, riche de panoramiques, filmant ainsi aussi bien son personnage principal qu’une pièce ou un couloir vide, laissant ainsi planer une présence invisible (ou non) en train de l’observer. L’atmosphère, des plus oppressante, repose alors judicieusement sur le principe de « l’Homme Invisible », tandis que le choix de présenter le point de vue de la victime malmenée est d’autant plus pertinent qu’il offre ici une véritable vitrine des violences endurées par des femmes martyrs de pervers narcissiques, alors animés par leur besoin compulsif et pathologique de les dominer. Et le cauchemar de cette femme n’est sans doute encore rien face à la réalité. Pourtant, le manège qu’elle va ici subir en dit long sur la manipulation dont ils sont capables, la fortune aidant... De nombreuses scènes sortent ainsi aisément du lot, et réservent quelques (très bonnes) sueurs froides au spectateur, et cela à mesure que son personnage n’est pas pris au sérieux par son entourage, tandis que son bourreau, lui, ira de plus en plus loin dans sa vengeance... Par sa position, le film est donc terriblement efficace, ne fût-ce que parce qu’il nous invite à être témoin d’une éprouvante et terrible manipulation, orchestrée pour mettre à mal cette pauvre femme sans défense, pour laquelle on se prend donc d’empathie vis-à-vis de l’enfer cruel qu’elle est en train de subir. Par la même occasion, le cinéaste Leigh Whannell, déjà à l’œuvre des films « Insidious : Chapitre 3 » (2015) et « Upgrade » (2018), confirme ici tout son talent de metteur en scène, capable alors de suggérer la peur comme ici de nous la faire vivre à des occasions bien pensées, et vraiment saisissantes d’horreur. On gigote sur place rien qu’à repenser à ses scènes, accompagnées, qui plus est, d’une bande-originale anxiogène, et crescendo.

Mais la force de ce film réside aussi dans la prestation exemplaire et terriblement hantée d’Elisabeth Moss (« The Handmaid’s Tale ») dans la peau d’une femme subissant de plein fouet la fureur d’un prédateur, alors que ses proches ne voient (plus) en elle qu’une paranoïaque s’acharnant à faire revivre involontairement un mort par le traumatisme qu’il lui a infligée, et ainsi de le faire gagner une nouvelle fois, alors que sa liberté est, en réalité, loin d’être acquise. Or, cette femme a raison d’avoir peur, et pas qu’un peu !

C’est donc pour toutes ces bonnes raisons que « Invisible Man » est une bonne surprise, lequel reste cependant moins convaincant dans sa dernière partie et ses retournements de situation, aux ressorts à vrai dire un peu trop tirés par les cheveux pour sonner plausibles. N’oubliez donc pas ainsi que nous sommes ici en partie dans un film de science-fiction, même si la psychologie des personnages, ici présentée, est bien réaliste. Mais on doute cependant d’un tel niveau de d’orchestration antagoniste... Qu’importe, l’ensemble procure l’effet recherché, c’est-à-dire les chocottes, et bien plus que ça encore, à savoir un impact émotionnel fort, et donc une curieuse envie de le revoir, en tant qu’amateur du genre.

Alors qu’Universal prépare déjà un remake du film « The Invisible Woman » (1940) d’A. Edward Sutherland, qui sera joué, dirigé et produit par Elizabeth Banks, Leigh Whannell surprend quant à lui avec ce film qui redonne vie de manière inspirée et angoissante à « L’Homme Invisible ».

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Invisible Man - Bande-Annonce Officielle VOST [Au cinéma le 26 février] - YouTube

➡ Vu au cinéma Acinapolis Jambes