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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Jean-Jacques Annaud
Notre-Dame Brûle
Sortie du film le 16 mars 2022
Article mis en ligne le 18 mars 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 110’

Acteurs : Samuel Labarthe, Jérémie Laheurte, Elodie Navarre, Pierre Lottin, Chloé Jouannet, Jesuthasan Antonythasan...

Synopsis :
Le film reconstitue, heure par heure, l’invraisemblable réalité des évènements du 15 avril 2019 lorsque la cathédrale subissait le plus important sinistre de son histoire. Et comment des femmes et des hommes vont mettre leurs vies en péril dans un sauvetage rocambolesque et héroïque.

La critique de Julien

Les Français se souviennent encore du lundi 15 avril 2019, vers 18h20, lorsqu’un important incendie s’est déclaré au niveau de la charpente de Notre-Dame, à Paris, et cela à la base de la flèche, construite par Eugène Viollet-le-Duc, datant d’août 1859, elle qui était constituée de 500 tonnes de bois et de 250 tonnes de plaques de plomb, laquelle surmontait la croisée du transept, et culminait à 93 mètres. Pourtant, nonante minutes plus tard, celle-ci disparaissait définitivement des cartes postales, tout comme les toitures de la nef et du transept, ainsi que sa charpente (surnommée « la forêt »), tandis que la chute de la flèche provoqua encore bien des dégâts à l’édifice, vieux de 850 ans. Les images reléguées par les médias aux quatre coins du monde témoignaient ainsi de l’ampleur de la catastrophe, laquelle a suscité une énorme émotion à travers le monde. En attendant la fin de sa reconstruction à l’identique et donc sa réouverture au public promise par Emmanuel Macron pour 2024, le cinéaste Jean-Jacques Annaud, habitué aux gros budgets (« Or Noir », « Deux Frères », « Stalingrad », « Sept Ans au Tibet »), s’est vu proposer, par le président de Pathé Jérôme Seydoux, de réaliser un film de montage d’archives à grand spectacle sur l’incendie de Notre-Dame, lequel est finalement devenu « Notre-Dame Brûle », un film hybride, entre fiction et documentaire, relatant les événements, heure par heure, suivant l’intervention des pompiers, durant près de quinze heures...

Entre un travail de documentation, de reconstitution et d’utilisation d’images et de témoignages d’archive, Jean-Jacques Annaud rend surtout ici hommage au travail héroïque des pompiers, eux qui ont limité et contenu, tant bien que mal, le brasier. Tourné dans les cathédrales de Sens, Amiens et de Bourges, à la basilique de Saint-Denis et en studio pour les scènes de feu, « Notre-Dame Brûle » a nécessité l’utilisation d’importants effets spéciaux en post-production. Bien que certains plans laissent perplexes, au contraire d’autres, très impressionnants (la chute de la flèche), on ne peut que saluer ici le monumental travail d’orfèvre réalisé par Annaud et son équipe, rendant crédible ce film, ayant coûté la bagatelle somme de vingt-cinq millions d’euros. Autant dire qu’on se croirait vraiment être le jour de l’incendie, au plus proche de celui-ci. Cependant, le projet, coincé entre deux chaises dans sa forme, ne parvient pas à faire transparaître la tension vécue par les pompiers, ni l’émotion créée à l’instant T par ces flammes, dévastatrices. L’utilité du film est donc remise en question. En effet, pourquoi vouloir revoir ces images, outre le fait d’être témoin du travail exemplaire des pompiers, ne pouvant cependant pas risquer leur vie pour des pierres ; peu importe ces pierres. Par contre, « Notre-Dame Brûle » met en scène l’intéressant envers du décor, et met le doigt sur des dysfonctionnements majeurs, ayant causé (ou non) l’incendie, ou retardé l’intervention pour l’éteindre...

La reconstruction des décors à l’identique nous montre ainsi l’étroitesse et la vétusté des lieux sur lesquels ont du intervenir les pompiers, tels que les escaliers en colimaçon, afin d’accéder aux zones sinistrées, ainsi que l’absence de conformité au dispositif anti-incendie des lieux et des évacuations, tout comme des alimentations d’eau (trouées de partout, et empêchant dès lors un bon débit d’eau, faute de pression), sans oublier des manquements aux normes de sécurité. Les embouteillages parisiens ont également retardé l’intervention des pompiers, lesquels ont été, en plus, appelé plus d’une demi-heure après la première alerte incendie. Aussi, le film permet de montrer l’insouciance des ouvriers qui travaillent à la restauration - en cours - de Notre-Dame au moment de l’incendie, des mégots de cigarette ayant été retrouvé sur l’échafaudage extérieur, tandis que des appareils électriques étaient utilisés à proximité des combles, alors que leur utilisation était interdite. Et tant qu’à appuyer ce manque de professionnalisme et de connaissance, le film fait référence au tweet totalement absurde et populiste de Donald Trump, qui, devant les images télévisées, avait suggéré d’utiliser des avions bombardiers. Or, étant donné la porosité de la pierre, et l’instabilité de la structure de la cathédrale dilatée par la chaleur (1200°c par endroit), le choc d’un tel largage d’eau aurait mis à terre Notre-Dame, comme un château de cartes, détruisant même les zones intactes.

Enfin, le film donne à voir la mission de sauvetage des trésors qui résidaient à Notre-Dame, comme la couronne du Christ, ainsi qu’un fragment de la « Vraie Croix » (sur laquelle Jésus-Christ aurait été crucifié) et un clou de la Passion, tout en se focalisant sur ladite couronne, dont on apprendra que celle montrée au public n’était qu’une réplique. Jean-Jacques Annaud, avec l’aide du scénariste Thomas Bidegain, filme ainsi la course contre la montre face à ce terrible incendie, ponctuée par le travail des héros du feu, ainsi que par celui de Laurent Prades, le régisseur général de Notre-Dame, qui, en chaussures de ville, a pénétré en plein surréalisme avec quelques pompiers et un conservateur régional des Monuments historiques afin de sauver le patrimoine catholique incommensurable qui y siégeait.

« Notre-Dame Brûle » invite donc à revivre, d’un point de vue de son sauvetage, ce qui restera (on l’espère) comme la plus grande catastrophe qu’ait connu Notre-Dame de Paris. S’il est une vraie prouesse technique, le film de Jean-Jacques Annaud, qui en est bien un, manque cependant d’enjeux pour tenir sur la longueur, lequel n’offre, par exemple, aucune mainmise de personnages sur le récit, tandis qu’on y entend des dialogues aussi poreux que les pierres de Notre-Dame. Si l’ensemble se regarde dès lors pour le (triste) spectacle qu’il donne à voir, ce drame manque pourtant de... fiction. Bref, le résultat est bancal, tout comme le projet en lui-même.



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