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Caroline Vignal
Antoinette dans les Cévennes
Sortie du film le 16 septembre 2020
Article mis en ligne le 15 septembre 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • film labellisé « Cannes 2020 », lui qui aurait dû être projeté en avant-première lors de l’édition 2020 du festival de Cannes, alors que Caroline Vignal, sa réalisatrice, était déjà passée par le festival, en 2000, avec « Les Autres Filles », sélectionné par la Semaine de la critique ;
  • inspiré par le livre autobiographique « Voyage avec un âne dans les Cévennes » (1879) de Robert Louis Stevenson.

Résumé : Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec son amant, Vladimir. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces ! Mais à son arrivée, point de Vladimir - seulement Patrick, un âne récalcitrant qui va l’accompagner dans son singulier périple…

La critique de Julien

Connaissez-vous « Le Chemin de Stevenson » ? Car ce chemin de grande randonnée parcouru à l’automne 1978 durant 12 jours (220 kilomètres) à travers les Cévennes par l’écrivain et grand voyageur écossais Robert Louis Stevenson (à qui l’on doit notamment « L’île aux Trésors » et « Docteur Jekyll et Mister Hyde »), en compagnie d’une ânesse, prénommée Modestine, et autrement connu comme le GR70, attire chaque année plus de dix mille randonneurs venus marcher sur les traces de cet aventurier amoureux de la France, alors en mal d’amour à l’époque, étant donné le départ de sa moitié pour les Etats-Unis. Ce dernier a alors rédigé un récit de son voyage, sous le titre « Voyage avec un âne dans les Cévennes », publié en 1879, lequel lui a permis, avec les rentrées d’argent, de rejoindre sa dulcinée aux Etats-Unis, et de l’épouser. Si ça ce n’est pas une belle histoire ! Plusieurs fois adapté au cinéma (par Jean Kerchbron en 1975 et Gavin Millar en 1978, notamment), cette œuvre a à son tour inspiré la réalisatrice française Caroline Vignal, vingt ans après son premier film « Les Autres Filles ».

En effet, après avoir passé il y a une petite dizaine d’année des vacances en famille dans les Cévennes, en compagnie d’un âne prénommé Patrick, et après avoir évidemment lu l’œuvre de Stevenson, la réalisatrice a éprouvé l’envie de filmer cette région s’étalant du Monastier-sur-Gazeille à Saint-Jean-du-Gard, lui rappelant ainsi le cadre idyllique du Midi, d’où elle est originaire. Et bien qu’elle n’ait pas poursuivi d’amant sur le GR70, Caroline Vignal filme ici la comédienne française Laura Calamy (vue notamment dans la série télévisée « Dix Pour Cent ») dans le rôle d’Antoinette (et premier grand rôle au cinéma), elle qui donne ainsi la réplique à un âne, Patrick (en réalité deux ânes), tandis qu’elle essaie de retrouver en cachette son amoureux (Benjamin Lavernhe), eux qui devaient partir initialement une semaine ensemble en vacances, bien que ce dernier n’ait pu tenir sa promesse, n’ayant d’autre choix que de partir dans les Cévennes avec son épouse (Olivia Côte), et leur fille, élève d’Antoinette...

Certes, « Antoinette dans les Cévennes » est l’occasion d’une balade dans les magnifiques paysages des Cévennes, mais c’est surtout ici un prétexte emprunté par la cinéaste pour nous parler de son personnage principal, et lui permettre de retrouver un chemin vers lui-même, loin de cette mauvaise relation, sentimentalement prisonnière d’un partenaire lâche. En effet, ce n’est pas le temps qu’il manque pour penser à soi et au monde qui nous entoure lorsque l’on passe des journées entières à marcher dans la nature, et encore plus avec pour seul compagnon de route un âne, avec lequel Antoinette va pourtant, malgré des débuts difficiles, tisser un lien fort.

Finalement, cette semaine improvisée a tout d’une thérapie ! Sauf que le film de Caroline Vignal, lui, ne va jamais bien loin dans l’analyse, et préfère jouer la carte de la légèreté. Quant à la prestation de Laura Calamy, elle apporte au film une touche d’humanité et de fraîcheur, voire de cocasseries, étant donné ses réactions parfois excessives vis-à-vis de cet âne, qui se refuse parfois d’avancer. Car à vrai dire, Antoinette n’a pas du tout le profil-type d’une randonneuse pour les Cévennes ! Qu’importe, la relation qu’elle entretient ici avec cet animal, et finalement seul fidèle compagnon, et personnage à part entière, va prendre une place centrale dans son cheminement psychologique. Et sans prévenir, « Antoinette dans les Cévennes » est presque parvenu à nous arracher une petite larme, tant cette relation-là, il est vrai prévisible et trop cynégétique, et développée dans un cadre sauvage favorable, est le point culminant symbolique du film, permettant à Antoinette de trouver le courage d’ouvrir les yeux, et l’espoir d’espérer mieux.

Bien que relativement faible en termes d’enjeux, « Antoinette dans les Cévennes » est une comédie qui parvient à nous mettre en selle par son duo singulier, offrant enfin un premier rôle au cinéma pour la pétillante Laura Calamy, laquelle parvient à apporter ici et là quelques petites touches d’émotions inattendues à ce périple, il est vrai un brin anecdotique, mais situé au cœur de la nature estivale du sud du Massif central.

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ANTOINETTE DANS LES CÉVENNES - Bande-annonce - YouTube