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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Danièle Thompson
Cézanne et moi
Sortie le 21 septembre 2016
Article mis en ligne le 1er septembre 2016
dernière modification le 26 septembre 2016

par Charles De Clercq
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Une très belle reconstitution. Des images et une lumière enchanteresses. Hélas, un bijou si beau et un bel écrin sont assombris par un Galienne en surjeu et surtout un accent trop théâtral ! 61/100

Synopsis : Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires... ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil... Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

Acteurs : Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Déborah François, Sabine Azéma, Alice Pol, Gérard Meylan.

 La scénariste-réalisatrice

Danièle Thompson, âgée de 74 ans avait coécrit le scénario de La grande vadrouille il y a cinquante ans. Depuis, elle a écrit ou coécrit le scénario de près de quarante films. Elle en a réalisé six. Ses quatre premiers (La bûche, Décalage horaire, Fauteuil d’orchestre, et Le code a changé) ont été coécrits avec son fils, Christopher. Celui-ci était seul à l’écriture de Des gens qui s’embrassent, en 2013, tandis qu’elle écrit seule le scénario de son sixième film.

 Cézanne et moi ou « et Zola » ?

Soyons honnête : à part quelques souvenirs scolaires, nous n’avons pas lu de romans entiers de Zola et de Cézanne nous connaissons quelques toiles, mais sommes bien loin d’être compétent dans le domaine de la peinture impressionniste ou cubiste. Difficile donc de pouvoir traiter de l’adéquation de ce que nous montre le film avec la réalité, de classer le film comme biopic ou (très) libre adaptation. Peu importe, le film est à prendre pour ce que nous donne son titre : Cézanne et moi. « Moi », soit donc Zola ! Et là, premier problème, il ne s’agit pas d’un film qui se présente à la première personne, « je », Zola, mais traite de l’un et de l’autre, ensemble ou séparément. Cézanne et Zola (par exemple) aurait été plus conforme à l’œuvre que le spectateur verra à l’écran. Ce titre laisse donc entendre qu’il y a un point focal sur Zola, alors que ce n’est pas ! Si l’on passe outre cela, ce sont quasiment cinquante années des deux compagnons, compères, complices et antagonistes que nous découvrons depuis le début de l’adolescence (début des années 1850) jusqu’à là fin du XIXe siècle. C’est aussi l’occasion de découvrir ceux et celles qu’ils fréquentent, tant dans leurs amours et désamours qu’au plan « professionnel », à savoir le cercle d’amis, de proches qui partagent un même univers relationnel, hobbys ou activités « professionnelles » (la peinture et la littérature). Les peintres sont aussi en réaction contre les règles artistiques classiques en vigueur et se retrouvent souvent dans la salle des œuvres refusées ! Ainsi nous voyons ce que nous appellerions aujourd’hui une bande de « potes » (de sorties, de beuveries, de réflexions pour refaire le monde...) : Guy de Maupassant, Camille Pissarro, Auguste Renoir, Edouard Manet, ou même le marchand de couleurs Julien François Tanguy (« le père Tanguy »).

 Réalité et fiction !

Le film n’est cependant pas une œuvre pesante et didactique, scolaire qui viserait un aspect documentaire. L’œuvre est ici légère et lumineuse dans ses images et la palette de couleurs nous a fait songer à plusieurs reprises à des tableaux. Normal, d’autant que les lieux fréquentés par Cézanne et Zola ont été utilisés comme décors (toutefois, les scènes parisiennes ont été tournées à Moulins). C’est bluffant et de toute beauté. Les yeux pétillent et le cœur est enchanté devant ce qui éclate sur la toile. D’emblée, cela facilite le cheminement aux côtés des deux protagonistes, de leur amitié - qui parfois fait songer à une « bromance ». Nous voyons leurs escapades, leurs colères, leurs rencontres féminines, leur relation parfois « troublantes », la rupture, en 1886, liée, selon la lecture classique habituelle à la publication du roman « Œuvres », la même année, dans laquelle Cézanne se reconnait(rait) dans le personnage de Claude Lantier en peintre raté et incompris, même de ses proches et amis. La brouille aurait été définitive et ils ne se seraient plus rencontrés ensuite.

Or, la réalisatrice pose - liberté de la fiction et de l’adaptation - une rencontre postérieure, à Medan, en 1888, celle-là même qui traverse le film comme un fil rouge. Etonnante invention de la part de Danielle Thomson d’autant que des recherches récentes suites à la découverte d’une lettre de Cézanne à Zola, postérieure à la fameuse rupture de 1886, vient infirmé la thèse classique. L’« invention » de Danièle Thomson vient donc d’excellente manière illustrer les rebondissements de cette histoire, même si la réalisatrice n’avait pas l’intention de mettre ce fait en scène.

 Belles images et accent qui tue

Ce film a tout pour séduire : ses images, sa reconstitution, l’utilisation des lieux, décors et nature, l’évocation des personnages... c’est quasiment un sans faute et se laisse regarder avec plaisir... jusqu’au moment où l’on entend Guillaume Galienne ! Lui que l’on sait ne pas en faire trop au théâtre surjoue ici ! C’est l’impression que nous avions ainsi que plusieurs confrères au sortir de la salle et plus encore qu’un jeu trop manière, ostentatoire, ce qui est apparu comme de trop, beaucoup trop, c’est l’accent (même s’il n’était pas toujours présent, différait parfois, était inégal). Nous avions l’impression que Galienne en rajoutait et que c’était non seulement inutile, mais diminuait sérieusement la crédibilité de « son » Cézanne. Le plus grave, c’est que cela est si lourd que le film en pâtit dans son ensemble. L’émerveillement des images et de l’histoire racontée est malheureusement anéanti par un accent de trop, une théâtralisation excessive. Cela n’empêche pas d’aller voir le film, bien au contraire, mais c’est la faute de goût où le souci de vraisemblance est totalement contreproductif. Pénalisation pour vouloir trop en faire !

 Pour prolonger la réflexion :

 Diaporama

 Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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