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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Hélène Cattet et Bruno Forzani
Laissez bronzer les cadavres
Sortie le 10 janvier 2018
Article mis en ligne le 16 septembre 2017
dernière modification le 18 octobre 2017

par Charles De Clercq
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Un film (de casse ?) déconcertant, onirique, symbolique, de genre, qui (se) joue des codes.
Un feu d’artifice d’images et de sons qui revêt une (la) femme d’une parure dorée !

Synopsis : La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande ! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

Acteurs : Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Hervé Sogne, Bernie Bonvoisin, Michelangelo Marchese, Marc Barbé, Pierre Nisse, Marine Sainsily.

Nous avons découvert le couple de réalisateurs Hélène Cattet et Bruno Forzani en mai 2011, grâce à des amis qui sont venus voir Amer sur notre installation home video. A l’époque, notre réaction sur le forum cinéphile dvdclassik fut la suivante : « Un film qui n’est pas dans ma dévédéthèque, mais que des voisins ont acheté et ont demandé à voir sur mon installation. J’ignorais tout de ce film (jusqu’à son existence). Tout au plus ce devait être plutôt un film d’horreur. Il est probable que si mes amis n’étaient pas présents j’aurais abandonné après une demi-heure (et la réciproque aussi : s’ils n’étaient pas venus chez moi... ils se seraient peut-être endormis). Au bout de trois quarts d’heure, j’ose une question : mais que veulent les réalisateurs ? Qu’est-ce que ce film. Pas de narration, pas ou très peu de dialogues ! Ce n’est que par après, furetant sur la Toile que j’en ai appris un peu plus sur le film... »... Appris assez pour acquérir la galette du film !

Quasiment trois ans plus tard, nous découvrions, en avant-première, le deuxième film du couple, après avoir raté les deux visions presse - hasard ou acte manqué - et publiions dans la nuit un écho sur le même forum dvdclassik, écho que nous avons repris ici après le lancement de ce site Cinécure en fin octobre 2014. On y trouvera donc la transcription d’alors, en mode blog, dans cet article consacré à L’étrange couleur des larmes de ton corps. Ce film-là, nous l’avons aussi acheté en bluray, malgré les questions qu’il (nous) posait ! Il est paru chez l’éditeur Shellac et nous le signalons pour mettre en valeur le travail éditorial et également parce que le même éditeur est derrière ce Laissez bronzer les cadavres...

Le troisième film du couple a les mêmes constantes que le premier. Les deux réalisateurs sont également les scénaristes. Le directeur photo est toujours Manuel Dacosse. En revanche, leur scénario n’est plus original. Ils adaptent en effet un roman noir homonyme de Jean-Pierre Bastid et Jean-Patrick Manchette qui a été publié en 1971 dans la célèbre collection Série noire chez Gallimard. Ils en ont repris la structure temporelle : l’unité de temps et presque de lieu (hormis une sortie hors du village abandonné où les protagonistes se trouvent). L’action se déroule sur 24 heures environ et les plans sont introduits par des indications temporelles à la minute près, tout comme dans le livre donc (dont l’action se déroule de 10h15 à 6h30 le lendemain). Le scénario et les dialogues sont d’ailleurs assez proches du roman, à part quelques modifications : la présence d’un hélicoptère, les gendarmes sont deux hommes...)

Ce ne serait pas un film d’Hélène Cattet et Bruno Forzani s’il n’y avait leurs tropismes habituels. Les amateurs de films d’action et/ou policiers risquent d’en être pour leurs frais, ce n’est pas le genre du film ! Quoique, policier et action il y a... mais ci genre il y a, ce serait un « film de genre » qui tourne, mais pas seulement du côté du giallo. C’est que les évocations, citations, les images et le son... sont typiques du couple et obligeront bien des spectateurs à sortir de leurs zones de confort voire à entrer littéralement dans des liens inconfortables où l’onirisme, la symbolique, la temporalité, les jeux de lumière, les souvenirs offrent un kaléidoscope d’images et de points de vue (avec des retours dans le temps pour découvrir des actions vues par d’autres yeux et points de vue). Le film fascinera donc certains et devrait en exaspérer beaucoup d’autres.

En gros, c’est l’histoire de Luce. Elle est artiste peintre et habite dans un village abandonné duquel on voit émerger au centre une église en ruine (saluons ici le choix des décors qui conviennent à merveille à l’ambiance du film : Occi, un village abandonné sur la commune de Lumio ( pour y accéder passer par le sentier derrière le restaurant chez Charles ) au dessus de Calvi en Corse). Luce y passe ses vacances avec des amis : Max Bernier,un écrivain réputé et alcoolique, et Brisorgueil, un avocat en vogue. Le premier est un ancien amant et le deuxième celui d’aujourd’hui ! L’avocat est accompagné de trois amis Rhino, Gros et Jeannot... qui s’avère être des gangsters et qui vont braquer un fourgon blindé contenant 250 kg d’or après avoir abattu de sang-froid les convoyeurs... Sur la route du retour, une femme, une métisse, et un enfant font du stop. Les spectateurs découvriront que ces trois-là ont un lien avec un des protagonistes. Tout ce « beau monde » se retrouve au village abandonné jusqu’à ce que deux policiers, un homme et une femme, arrivent chez eux...

Le film tournera alors autour de plusieurs personnages, de leurs actions, de leurs projets affichés (mais aussi secrets) du double-jeu de certains... Ce sera aussi une dynamique de citadelle assiégée, sachant que celui/ceux qui assiège(nt) risque(nt) à leur tour d’être assiégés. La soif de l’or fait faire bien des choses et, en ce sens, nous sommes bien dans un film d’action, de casse, de gangsters... Mais où rien ne va finalement bien se passer. Nous sommes dans un huis clos (entendons celui qui s’étend à tout le village abandonné) où les actions des uns et des autres auront des conséquences dommageables et où l’on ne sait pas toujours qui est qui... et qui fait quoi. Film de casse raté — un peu comme Albino Alligator (1996, le premier des deux films réalisés par Kevin Spacey) —, mais en fait bien plus que cela. C’est que le film est aussi un film symbolique, onirique, érotique, fantasmatique, jeu de vie et de mort. Les réalisateurs jouent sur les images, sur les (très) gros plans, les sons, pour nous montrer que la femme, c’est aussi de l’or ou une créature dorée, objet et sujet d’un spectacle qu’elle maitrise totalement entre passé et présent, véritable feu d’artifice qui ne laissera personne indifférent.

Pour poursuivre cette réflexion, nous vous invitons à lire l’article écrit par un de nos confrères et amis, Nicolas Gilson, sur le site Un grand moment.be. Il est très enthousiaste et emprunte d’autres voies et un autre regard pour se faire écho du film.

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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