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Clio Barnard
Ali & Ava : L’amour envers et contre tous
Sortie du film le 23 mars 2022
Article mis en ligne le 3 avril 2022

par Delphine Freyssinet

Synopsis : Ali et Ava n’avaient aucune raison de se rencontrer. Ils vont pourtant le faire grâce à Sofia, la fille des locataires d’Ali, dont Ava est l’assistante scolaire. Au-delà des différences sociales et culturelles, leur relation d’abord amicale va se muer en une véritable histoire d’amour…qui ne plaît pas à leur entourage.

Casting : Adeel Akhtar (Ali), Claire Rushbrook (Ava), Shaun Thomas (Callum), Ellora Torchia (Runa), Natalie Ga-vin (Dawn), Mona Goodwin (Michelle), Ariana Bodorova (Sofia)

Résumé comme ça, vous vous dites que ce film est une énième comédie romantique à l’américaine ultra convenue, lisse.

Maintenant, si je vous dis que : Ali est un anglo-pakistanais qui vit toujours sous le même toit que sa femme, dont il est séparé et toujours amoureux, sans que sa famille (mère, soeurs, nièces) soit au courant. Ava, est une quinquagénaire fière de ses origines irlandaises, assistante scolaire, qui élève seule ses 4 enfants Tous deux vivent dans la banlieue post industrielle d’une ville du nord de l’Angleterre, vous vous dites désormais que c’est un drame social à la Ken Loach pas glamour ni folichon

Et pourtant… pourtant, c’est Le film le plus énergisant et feel good du moment.
Parce que cette histoire qui commence par une relation amicale et glisse vers une véritable histoire d’amour passionnée entre 2 adultes cabossés par la vie, est sti-mulante, bouleversante.

C’est à la fois un film romantique et un film social puisque, comme dans ses précédents films, “The Arbor” et “Le géant égoïste" Clio Barnard, la réalisatrice, le si-tue dans cette ville, Bradford (dans le nord de l’Angleterre, à l’ouest de Leeds) où elle y observe, comme un microcosme, les tensions et les contradic-tions de l’Angleterre actuelle.

Tout oppose Ali et Ava : leur culture, leur schéma fami-lial, même leurs goûts musicaux, (et la musique joue un rôle essentiel).

Et pourtant l’alchimie, tout du moins amicale au début, est bel et bien là dès le premier jour.
Quand Ali, qui gère ses appartements - sans rouler sur l’or non plus - et donne un coup de main à ses loca-taires, accompagne la fille de l’un d’eux, Sofia, et ren-contre son assistante scolaire, Ava.

Chez Ava, 4 fois grand-mère, il y a aussi du monde à la maison : 2 de ses filles - dont une, Dawn, est bipolaire - vivent avec elle, ainsi que son fils Callum, sa copine et leur bébé à peine né.
Ava qui s’est extirpée d’une relation toxique, n’a jamais dit à Callum pourquoi elle avait quitté son père, Callum a d’ailleurs hérité de son tempérament violent et raciste.

Toute cette petite famille vit dans une petite maison à Holme Wood, et on comprend qu’il soit délaissé ce quartier, car les taxis n’y viennent plus, à force d’être agressés.
Cela donne d’ailleurs une scène géniale quand Ali la raccompagne en voiture et qu’il se fait caillasser par les mômes qui traînent.

On ne peut pas non plus ne pas parler de la scène d’ouverture, sublime : l’aube baignant dans le fog britannique, Ali, capuche sur la tête, casque sur les oreilles, danse comme un fou sur le toit de sa voiture.

Car Ali est passionné de musique, il espère avoir un avenir de DJ. La bande originale est brillante, éclectique et la musique joue un rôle essentiel, je l’ai dit, car elle va souligner l’alchimie entre les 2 personnages : différents mais complémentaires. Lui ne jure que par le punk rock et la techno, quand Ava préfère la country et le folk, ils vont pourtant se trouver.

Clio Barnard évite tout misérabilisme ou stéréotype, elle filme avec justesse et délicatesse les prémisses, les maladresses et les doutes aussi de Ali et Ava. Adeel Akhtar et Claire Rushbrook sont absolument formidables, charismatiques, solaires, en un mot lumineux. En une phrase “Je suis une idiote d’avoir cru que je pourrais lui plaire” Ava dit toute la fragilité, le manque de confiance et l’espoir malgré tout, qu’on peut toutes avoir en amour. Ces deux adultes cabossés qui, sont comme 2 ados, sidérés de découvrir en l’autre un double, nous donnent envie de croire à nouveau - si ce n’était pas le cas - aux belles surprises, à l’amour.

Le film feel good à voir absolument !



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