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Václav Marhoul
The Painted Bird : un oiseau bariolé épouvantablement beau
Date de sortie : 16/09/2020
Article mis en ligne le 15 septembre 2020

par Delphine Freyssinet

Synopsis : Un jeune garçon abandonné erre dans la campagne d’un pays d’Europe centrale durant la Seconde Guerre mondiale. De village en village, il va être confronté à des scènes d’une rare violence, tant de la part de soldats impitoyables que de paysans ignorants et superstitieux.

Casting : Petr Kolar (Garçon), Harvey Keitel (le prêtre), Julian Sands (Garbos), Stella Skarsgard (Hans), Udo Kier (Miller), Barry Pepper (Mitka)…

Points particuliers :

  • C’est l’adaptation du sulfureux roman éponyme de Jerzy Kosinski (fiction pure, auto-fiction, plagiat ?)
  • The Painted Bird, présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2019 est le premier film à utiliser la langue interslave.
  • C’est le 3ème long- métrage de Vaclav Marhoul
  • Le film est déconseillé aux plus jeunes et aux publics les plus sensibles.

Epouvantable et magnifique à la fois. The Painted Bird réussit cet exploit, d’être une oxymore sur grand écran. Epouvantablement beau, subliment horrible.

Epouvantablement beau, dans sa plongée dans la violence, sa manière de sonder les noirceurs de l’âme humaine et d’en extirper toute l’horreur dont elle est capable.
Humiliation, perversité, cruauté, abus physiques et sexuels, viols, tortures, se succèdent au cours de l’errance de ce Garçon. De Charybde en Scylla, c’est un véritable chemin de croix qui lui est infligé. Un voyage dans la brutalité sadique.

Dans ce pays d’Europe centrale, où les bruits de bottes vont bientôt réson-ner, un jeune garçon est donc envoyé, par ses parents persécutés, à la cam-pagne. Un abri qui n’en a que l’image paisible que l’on s’en fait.
La première scène du film est là pour bien nous le rappeler. Accrochez-vous au fauteuil, surtout si vous ne supportez pas qu’on maltraite les animaux.

Spoiler : ce n’est pourtant pas la pire scène du film. Le pompon étant décroché, ex-aequo par l’épisode du meunier et celui des femmes du village.
Disons-le tout net, je me suis caché les yeux, bouché les oreilles et recroquevillée sur mon fauteuil de nombreuses fois.

Si je parle d’épisodes, c’est aussi parce que, d’un point de vue narratif, le film est découpé en chapitres, chacun correspondant à une rencontre déci-sive du jeune garçon.

Qui est-il d’ailleurs, ce garçon mutique ?

Son appartenance culturelle et religieuse est incertaine, il est tour à tour considéré comme un tsigane ou un juif - les cibles d’une extermination systématique - ses cheveux et ses yeux d’un noir opaque, sa peau mate, déno-tent parmi les Caucasiens « bon teint ».
En butte à l’hostilité, privé d’affection, de respect, de considération, de liberté, ce garçon est même privé d’identité, puisque son prénom n’est jamais prononcé. On le découvrira à la fin du film, dans une scène bouleversante, qui offre une lumière d’espoir, vers un long cheminement de reconstruction de soi.

Le premier chapitre s’intitule donc Marta.

C’est sa tante, qui le recueille. Mais elle meurt subitement, et le garçon, ne sachant où aller pour rejoindre ses parents, erre dans la campagne, livré à lui-même. Une déambulation qui n’est pas sans rappeler celle du petit Edmund dans le film « Allemagne, année zéro » de Roberto Rossellini.

Une déambulation, un voyage au bout de l’enfer qui le confrontera aux horreurs de la Seconde Guerre Mondiale - et entre les soldats allemands impitoyables, et les soviétiques qui lui apprennent le communisme et le ma-niement des armes, le garçon est pris entre le marteau et la faucille, en quelques sorte….oui, j’ose le jeu de mots - mais aussi à celles, rugueuses de villageois.

Rien ne lui est épargné - recueilli par un prêtre mourant, qui pense bien faire en le confiant à un violeur (formidable Harvey Keitel et Julian Sands), « adopté » par une femme insatiable et zoophile…. - dans ce long parcours initiatique qui n’entame miraculeusement - pas trop - la candeur, l’empathie et l’envie de vivre de ce garçon. Son caractère

Sublimement horrible, dans la maîtrise implacable et virtuose du réalisateur et de son chef-opérateur : le noir et blanc est d’une beauté à couper le souffle, c’est un voyage photographique qui nous est proposé. Tous les plans - travellings, plans serrés, plans séquences… - sont des photos à elles toutes seules. « America, America » d’Elia Kazan - trop méconnu - m’avait plongée dans cette admiration extatique.

L’esthétisme léché de « the Painted Bird » n’est pourtant jamais une su-blimation gratuite ou complaisante de la violence.

Une fresque grandiose qui offre une réflexion sur la violence dont nous sommes capables, animés par la peur, la haine, l’incompréhension de l’autre.

https://www.youtube.com/embed/6BmDew3bJbQ
THE PAINTED BIRD - Bilingual trailer - YouTube