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Domee Shi
Alerte Rouge (Turning Red)
Sortie du film le 11 mars 2022 sur Disney+
Article mis en ligne le 13 mars 2022

par Julien Brnl

Genre : Film d’animation

Durée : 100’

Acteurs : Rosalie Chiang, Sandra Oh, Ava Morse, Hyein Park, Maitreyi Ramakrishnan...

Synopsis :
Les aventures de Meilin Lee, une jeune adolescente de 13 ans, pleine d’assurance, mais tiraillée entre son image de petite fille modèle aux yeux de sa mère hyper protectrice et le chaos de l’adolescence. Et comme si tous les changements qui s’opèrent en elle ne suffisaient pas, chaque fois qu’elle est débordée par ses émotions - ce qui, pour une ado, arrive quasiment tout le temps - elle se transforme en panda roux géant !

La critique de Julien

« Alerte Rouge » est déjà le vingt-cinquième film produit par les studios Pixar, qui, à l’instar de « Soul » (2020) et « Luca » (2021), sort directement sur la plateforme de streaming Disney+, sans ainsi passer par la case cinéma, ce qui a suscité de nombreuses réactions négatives de la part des employés de Pixar. Et on espère donc qu’il s’agira du dernier à subir ce sort, lui qui est le premier film Pixar réalisé par une femme en solo, Domee Shi, elle qui avait déjà été la première femme à diriger un court-métrage chez Pixar, « Bao » (2018), notamment récompensé d’un Oscar du meilleur court métrage d’animation. Storyboardeuse sur des récents films des studios susmentionnés, le réalisatrice s’inspire ici de ses origines chinoises et de sa vie à Toronto, pour « Alerte Rouge ». Dans cette histoire de passage à l’adolescence, « Mei », une étudiante sino-canadienne de 13 ans, se transforme malgré elle en panda roux géant à chaque fois qu’elle se laisse dépasser par ses émotions, alors mises à rude épreuve par une mère stricte, surprotectrice et autoritaire, et la découverte de son corps...

D’emblée, c’est l’animation du film qui saute aux yeux, et à laquelle il faut s’accommoder, elle qui exagère les traits et les émotions de ses personnages, et donc loin de l’hyperréalisme classique aux studios Pixar. La finesse n’est donc pas de mise dans ce film d’animation survitaminé. Mais c’est justement dans la manière de filmer notamment le visage de Meil qui se décompose littéralement face aux situations (très) embarrassantes dans lesquelles la plonge sa maman que le film amuse intensément. Car Meil vit dans les jupes de sa maman, en petite fille modèle, elle qui l’aide même dans leur temple chinois (adjacent à leur maison) à Toronto, plutôt que de s’amuser avec les filles de son âge, dont ses meilleures amies Miriam, Abby et Priya, lesquelles rêvent d’assister au concert du boys-band « 4*Town », prochainement de passage en ville. Meil est, en effet, écrasée par sa maman, qui la surprotège, tandis que la jeune fille découvrira rapidement le malheur d’un héritage féminin ancestral, elle qui se transformera en un panda roux géant à la moindre émotion intense. Or, à son âge, celles-ci sont décuplées. Tandis qu’elle confondra d’abord la réaction de Mei à sa transformation à ses premières menstruations, sa maman confrontera d’autant plus sa fille face à ses responsabilités.

Alors que son titre est une allégorie à la période de la vie d’une jeune femme lorsqu’elle découvre ses règles, le film de Domee Shi traite d’une part de la relation mère-fille, de transmission, autant dans la complémentarité et que les contradictions, à un moment où la première doit excepter de laisser sa fille grandir et de devenir qui elle est, sans dicter sa conduite, ni ses choix. Que ça soit du poids de l’image renvoyée et de la volonté de faire plaisir, et donc de ne pas décevoir, « Alerte Rouge » nous montre ainsi comment une petite fille peut souffrir de l’envahissante emprise d’une maman, qui ne lui veut pourtant que du bien. Dommage cependant que le message soit ici amplifié par des situations qui dépassent l’entendement. En même temps, on ne voit pas comment il en serait autrement lorsque l’on sait qu’une jeune demoiselle se transforme ici en un panda géant très expressif, et irrésistible, mais dont les origines importent peu...

Aussi, « Alerte Rouge » nous parle aussi de puberté, mais sans parler frontalement de changements physiques. Il est plutôt question ici des premières pulsions ressenties envers les garçons (ici les membres du groupe musical dont les filles rêvent), de la sensation de devenir une femme, mais également d’acceptation de soi, peu importe nos origines, et ce qu’elles nous imposent, ainsi que le regard de ses proches, et donc ici d’une maman, bien que tous ses rêves et espoirs repose sur les épaules de sa fille. On apprécie également que l’antagoniste de cette histoire ne soit finalement que l’héroïne elle-même (comme souvent chez Pixar). Enfin, soulignons le cadre citadin de l’intrigue, nous présentant ainsi la ville de Toronto, tout en étant très imprégnée de la culture chinoise, et cela aussi bien dans ses décors que dans son animation. Cependant, on sent que la culture japonaise n’est pas très loin, étant donné une esthétique physique des personnages très « manga », mais également la présence de tamagotchis, etc. L’originalité du film ne réside donc pas dans son univers réel, en témoigne les étranges airs du groupe « 4*Town » aux sud-coréens « BTS », envers lequel craquent ici toutes les filles. Bref, un cliché absolu. En effet, c’est plutôt dans sa manière d’embrasser ses idées dans le sens contraire des poils (de panda) que « Alerte Rouge » convainc pleinement.



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