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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Pauline Loquès
Nino
Sortie du film le 15 octobre 2025
Article mis en ligne le 21 octobre 2025

par Julien Brnl

Note de Julien

Genre : Drame

Durée : 96’

Acteurs : Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar...

Synopsis :
Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.

La critique de Julien

Réalisé par Pauline Loquès et présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2025, "Nino" est un premier film d’une pudeur et d’une délicatesse infinies. Le temps d’une balade parisienne, on y suit un jeune homme (Théodore Pellerin) qui fête son vingt-neuvième anniversaire. Nous sommes un vendredi. Mais tandis qu’il se cherche encore, la maladie, elle, semble l’avoir trouvé. Nino a dès lors deux missions : prélever son sperme en vue d’un traitement qui le rendra stérile, et trouver une personne de confiance pour l’accompagner à sa première séance, dès le lundi. Mais encore faut-il que le jeune homme ait suffisamment confiance en lui pour en parler à autrui. Or, le destin semble vouloir l’y aider : le voilà à la porte de chez lui, ayant perdu ses clés, tandis que le concierge est absent. Ce week-end-là, entre légèreté et douleur, au fil d’un détour chez sa mère (Jeanne Balibar), d’une fête d’anniversaire surprise organisée par son meilleur ami (William Lebghil) et de retrouvailles inattendues avec une ancienne connaissance (Salomé Dewaels), la vie de Nino basculera vers une forme de maturité qu’il n’attendait pas de sitôt…

"On aurait dit que tu voyais tout mais que tu regardais rien..."

Errance d’un "jeune homme aux vêtements larges, au phrasé hésitant, sur qui la maladie s’abat", "Nino" est une œuvre qui nous prend par la main pour ne plus nous la lâcher. Touchée par le deuil, suite à la maladie d’un proche (à qui elle dédie d’ailleurs son film), Pauline Loquès avait besoin de retrouver de l’espoir face à l’injustice profonde et à la tristesse, d’où l’écriture de son film, tout en ayant à cœur de sauver son propre personnage. Ainsi, après son court-métrage "La Vie de Jeune Fille" (2018), la cinéaste poursuit le sillage de la difficulté d’avouer une douloureuse réalité à ceux qu’on aime, de ces vérités trop grandes pour être dites, et qui ne prennent réellement forme qu’au moment où elles sont partagées. Or, le protagoniste de Théodore Pellerin, très discret et auquel il arrive quelque chose de beaucoup trop grand pour lui, se retrouve d’autant plus touché par celle-ci qu’il l’est à l’endroit d’où lui vient la parole, ce qui renforce d’autant plus ici sa difficulté et rend bouleversantes sa retenue et son silence.

Pauline Loquès filme alors ce citadin en train de traverser la Ville Lumière tout en lui offrant la lumière. Car ce court cheminement auquel elle le confronte lui offre ici la possibilité de grandir et de s’ouvrir au monde, lui qui s’en protégeait, mais qui doit désormais se confronter à lui-même et aux autres. Avec son regard lumineux et tendre, Pauline Loquès nous livre ainsi une œuvre aussi pudique que terrassante dans les émotions qu’elle convoie, laquelle s’est d’ailleurs entourée d’acteurs au service de leurs personnages (William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar, Camille Rutherford), on ne peut plus bienveillants. Quant à son acteur principal, Théodore Pellerin, il se révèle à l’opposé de son rôle dans "Solo" (Sophie Dupuis, 2023), entre fragilité et grâce, lequel s’est d’ailleurs débarrassé ici de son accent pour mieux se fondre dans la langue et les silences de Nino. Touchant et profondément humain, l’acteur épate une fois de plus et porte sur ses épaules l’intense regard et le sourire de ce jeune homme sensible, mal dans son corps, se questionnant sur la mort (il n’a toujours pas fait le deuil de la perte de son père), lui qu’on aimerait croiser dans nos vies, au moins pour le rassurer. Aidée par une lumière douce et cotonneuse, ainsi que par une musique planante, la réalisatrice, malgré quelques flottements (qui participent à la douceur du récit), nous emporte avec elle à la rencontre de la vulnérabilité masculine actuelle, à l’aube d’une grande épreuve de la vie, mais heureusement entourée. Un film qui réchauffe et qui rappelle l’importance de s’ouvrir à l’autre, de laisser entrer la lumière, même dans les instants les plus sombres, lorsque la peur nous envahit...



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