Genre : Horreur
Durée : 125’
Acteurs : Vera Farmiga, Patrick Wilson, Ben Hardy, Taissa Farmiga, Shannon Kook...
Synopsis :
Alors qu’ils espéraient une nouvelle vie, Ed et Lorraine Warren se voient impliqués dans une dernière enquête…qu’ils n’auraient jamais dû accepter. Dans la maison de la famille Smurl, un mal ancien les attend. Un ennemi qu’ils croyaient à jamais enfoui... Découvrez comment les Warren ont affronté le cas le plus maléfique de leur carrière, inspiré de faits réels qui ont terrorisé l’Amérique.
La critique de Julien
Clap de fin pour les Warren ? Vont-ils définitivement ranger leur Bible et leurs chapelets dans le tiroir de leur table de nuit ? Rien n’est moins sûr, mais c’est en tout cas ce qui est annoncé à l’issue de ce quatrième volet centré sur les spécialistes des sciences occultes, Ed et Lorraine Warren : lui en tant que "démonologue", elle comme médium ou clairvoyante. Ironie du sort, c’est justement au moment où ils semblent prêts à prendre leur retraite cinématographique que la saga est en train de connaître son plus grand succès commercial, jusque-là détenu par "La Nonne" (Corin Hardy, 2018). Or, que de chemin parcouru depuis la sortie de "Conjuring : les Dossiers Warren" (2013) de James Wan, à qui l’on doit d’autres sagas horrifiques à succès, telles que "Saw" et "Insidious". Neuf films - voire un dixième si l’on inclut "La Malédiction de la Dame Blanche" (2019), déjà réalisé par Michael Chaves - ont ainsi vu le jour au sein du Conjuringverse, lequel compte dans ses rangs plusieurs suites et spin-off autour de "Annabelle" et de "La Nonne".
L’affaire Smurl
Après avoir librement adapté l’histoire de la famille Perron dans le premier volet, et respectivement celle du célèbre et terrifiant poltergeist d’Enfield et du procès d’Arne Cheyenne Johnson dans les suivants, "Conjuring 4" s’inspire quant à lui de l’affaire des Smurl. Ce que beaucoup appelaient à l’époque "la hantise des Smurl" désigne alors les affirmations d’une famille de West Pittston, en Pennsylvanie, selon laquelle leur maison était tourmentée par un violent démon. Bruits, odeurs, agressions physiques et sexuelles auraient ainsi marqué la famille, les Warren ayant affirmé avoir observé des phénomènes paranormaux. Cependant, le cas n’a jamais été étayé par des preuves tangibles. Il a néanmoins donné naissance à un livre, "The Haunted" (St. Martin’s Press, 1986), écrit par Jack et Janet Smurl avec l’aide des Warren, ainsi qu’à un téléfilm éponyme, "The Haunted" (Darrah Cloud, 1991). Et c’est donc à Michael Chaves que l’on doit "L’heure du Jugement", soit le coupable de "Conjuring 3 : Sous l’Emprise du Diable" (2021) et "La Nonne 2 : la Malédiction de Sainte Lucie" (2023). Autant dire que nos attentes étaient donc faibles face à ce dernier chapitre, qui déforme encore (plus) la réalité au profit d’une histoire censée conclure la saga, et nous faire donc comprendre pourquoi le cas en question fut le dernier des Warren (sans l’avoir jamais été)...
Une intrigue revisitée, et une famille au premier plan
Le film nous replonge d’abord en 1964. Lorraine, enceinte, et en pleine enquête, est soudainement prise de violentes contractions après avoir touché un miroir ancien dans une boutique de souvenirs. Leur fille naîtra alors mort-née. Mais portée par les prières de sa mère, elle reviendra miraculeusement au monde : elle s’appellera Judy Warren. L’intrigue effectue ensuite un bond dans le temps pour rejoindre, en 1986, la famille Smurl qui s’installe en Pennsylvanie. Jack et Janet Smurl vivent sous le même toit que les parents de Jack, Mary et John, ainsi que leurs quatre filles. À l’occasion de sa confirmation, l’une d’elles, Heather, recevra de son grand-père un encombrant présent : le miroir ancien. Il ne faudra pas longtemps avant que des phénomènes étranges ne viennent bouleverser le quotidien de la famille. Problème : les Warren se sont retirés des enquêtes, l’état cardiaque d’Ed s’étant aggravé. Mais c’est désormais à travers leur fille Judy (Mia Tomlinson, remplaçant l’actrice Sterling Jerins, l’ayant jouée dans les 3 premiers films) - héritière des visions psychiques de sa mère - que l’objet maudit les rattrapera... tout en prenant son temps !
Écrit à trois mains, "Conjuring 4" prend davantage le pli de mettre en avant ses personnages cultes. Mais il en oublie presque de nous offrir de véritables moments de terreur. On le sait depuis le dernier épisode : l’importance de la famille (et du mariage) joue désormais une place de choix chez les Warren, à côté des démons et autres esprits tourmentés, et cela d’autant plus qu’ils vieillissent, et voient leur fille grandir. Pourtant, ce thème, plus présent que jamais, crée un déséquilibre avec ce que le spectateur attendait : la peur. Cependant, ce focus sur les Warren et leur héritage permet de caractériser d’autant plus la psychologie du couple, dont celui de Lorraine, toujours jouée par Vera Farmiga, tandis que les époux doivent désormais laisser voler leurs "petite fille" de ses propres ailes, elle qui vient justement de trouver son Roméo (Ben Hardy). Mais à quoi bon vouloir ici donner plus de place aux personnages clés si c’est pour complètement dénaturer leur véritable histoire, dont celle de Judy Warren ?
Esprit de James Wan, es-tu là ?
Sans avoir eu un quelconque contrôle créatif ou une influence formelle dans la production du film, celle qui dirige aujourd’hui avec son mari Tony Spera la New England Society for Psychic Research (fondée en 1952 par Ed et Lorraine Warren) voit ainsi son histoire prendre une tournure totalement fictive, au profit d’une intrigue plus sentimentale, mais qui semble combler un vide horrifique, pour faire alors triompher des valeurs américaines bien normatives [1]. À cet égard, la mise en scène de Michael Chaves ne parvient jamais à nous arracher le moindre sursaut, tandis que le final est on ne peut plus bâclé. Pire, "L’Heure de Jugement" ne nous offre que bien peu de réponses sur le mal qui ronge la famille Smurl. On ne saura donc que trois âmes égarées hantent leur maison, tandis qu’elles seraient en réalité les pantins d’un démon aux intentions bien plus sombres, mais dont on n’apprendra rien, en plus de rester invisible. De quoi laisser planer le doute : et si, finalement, tout cela n’avait été qu’un canular, comme la presse et l’Église catholique l’affirmaient déjà à l’époque ? Faute de matière, "L’Heure de Jugement" ressemble à un film vidé de son souffle horrifique. Pire : il abuse d’effets spéciaux contre-productifs et tape-à-l’œil, là où une atmosphère oppressante ou sournoise aurait été plus efficace. Ainsi, au même titre que celle des derniers films de la saga, l’horreur y est sans cesse représentée à grands coups de sabot, et avec les mêmes archétypes. Et quand bien même certains événements renvoient directement aux explications relatées par les Smurl, cet épisode prouve qu’il est grand temps pour les Warren de raccrocher. Une chose est certaine : depuis les deux premiers volets réalisés par James Wan (toujours à la production, en plus d’un petit caméo), plus jamais l’univers "Conjuring" n’a pu réitérer la peur qu’il avait pu susciter en nous, devenant davantage un produit marketing sans âme qu’un objet cinématographique en bonne et due forme. La messe est dite.
