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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Jay Roach
La Guerre des Rose (The Roses)
Sortie du film le 27 août 2025
Article mis en ligne le 30 août 2025

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 97’

Acteurs : Benedict Cumberbatch, Olivia Colman, Kate McKinnon, Andy Samberg, Ncuti Gatwa, Allison Janney...

Synopsis :
La vie du couple parfait formé par Ivy et Theo semble simple : une carrière réussie, un mariage aimant, des enfants formidables. Mais sous la façade de leur vie soi-disant idéale, une tempête se prépare. Alors que la carrière de Theo s’effondre, les ambitions d’Ivy montent en flèche, faisant naître une compétition féroce et une rancœur cachée.

La critique de Julien

"La Guerre des Rose" : ce titre vous dit peut-être quelque chose... et c’est normal ! Adapté du roman "The War of the Roses" (1981) de Warren Adler, il fut porté à l’écran par Danny DeVito en 1989. L’acteur y incarnait un avocat-narrateur de l’histoire, retrouvant à l’écran Michael Douglas et Kathleen Turner après leurs succès communs dans "À la poursuite du diamant vert" (Robert Zemeckis, 1984) et "Le Diamant du Nil" (Lewis Teague, 1985). Cette comédie noire, satire féroce du mariage et du matérialisme bourgeois, suivait l’implosion d’un couple en apparence comblé : réussite professionnelle, fortune, famille, maison de rêve... Décidant de divorcer, Oliver et Barbara Rose transformaient alors leur demeure en champ de bataille domestique, refusant de céder la maison à l’autre. Entre rancunes, humiliations, sabotages et violences, tous les coups étaient permis, jusqu’au point de non-retour.

Bonne nouvelle pour les allergiques aux remakes : la version mise en scène par Jay Roach ("Scandale - Bombshell", 2019) n’en est pas un. Il s’agit plutôt d’une seconde adaptation, libre et moderne, du roman de Warren Adler ; crédité d’ailleurs au générique (et non le film de DeVito). Cette fois, ce sont Benedict Cumberbatch et Olivia Colman qui incarnent le couple phare : ici Theo et Ivy Rose. Lui, architecte à succès, verra sa carrière s’effondrer. Elle, longtemps cantonnée au rôle de mère au foyer, révélera ses talents de cuisinière, encouragée d’abord par son mari avant de prendre son envol. Tandis que Theo sombrera dans le ressentiment et la perte de contrôle, Ivy découvrira une ambition nouvelle, mais au prix de son éloignement familial. Ce déséquilibre creusera alors un fossé que leur couple ne saura encaisser...

Les Rose... ont fanés

Plus féministe, et renversant les rôles conjugaux traditionnels, "La Guerre des Rose" de Jay Roach livre à son tour sa version de l’histoire d’un couple à qui tout semblait sourire, avant qu’ils ne se rejettent mutuellement la responsabilité de leur situation et ne finissent par se déchirer. Son duo d’acteurs britanniques s’amuse à dépeindre leurs personnages : l’un obsédé par sa propre douleur, l’autre par sa nouvelle carrière. Car ici, c’est bien l’homme qui reste à la maison pour s’occuper notamment des enfants (transformés par leur père en sportifs de haut niveau, au grand dam d’une mère qui les gâtait de friandises), tandis que la femme ramène l’argent. Écrit par Tony McNamara ("La Favorite", 2019, "Pauvres Créatures", 2024, tous deux signés Yórgos Lánthimos), le scénario penche davantage vers la comédie sentimentale que son aîné, qui, lui, aboutissait à un drame conjugal sans pitié. L’écriture trace d’ailleurs au couple une trajectoire différente de celle d’Oliver et Barbara Rose. Si Benedict Cumberbatch et Olivia Colman s’en donnent à cœur joie, qui plus est avec un irrésistible accent british (les Rose ayant immigré aux États-Unis pour la carrière de Theo), McNamara suit le pas avec un festival de joutes verbales aussi délicieuses que dignes d’un concours d’éloquence des pires insultes, sans oublier un jeu de bassesses et de vacheries aux petits oignons. Cependant, on s’ennuie un peu lorsque les époux ne s’affrontent pas. La version de Jay Roach se révèle ainsi moins extrême dans ses événements que celle de Danny DeVito, mais plus raffinée. Avec davantage de cœur, elle prend ainsi le temps d’explorer la psychologie de ses protagonistes principaux, jusqu’à tenter de nous faire comprendre comment ils en sont arrivés là, au-delà d’un problème d’ego baigné de narcissisme pour Theo, désormais relégué à l’arrière-plan, et d’une Ivy aveugle au mal-être de son mari par excès de confiance en leurs sentiments, tout en se sentant elle-même exclue de la famille.

Les Rose... et leurs épines

Tout en égratignant encore le mariage et le matérialisme caractéristiques de la bourgeoisie, cette "Guerre des Rose" s’attarde aussi sur son hypocrisie latente, à travers les liens faussement cordiaux qui unissent les Rose à leurs prétendus amis, incarnés à l’écran par les couples Kate McKinnon/Andy Samberg et Jamie Demetriou/Zoë Chao, auxquels le film accorde une certaine importance. Car derrière les sourires bien polis et les conversations faussement intéressées se dissimulent des non-dits, des faux-semblants ; une connivence de façade. Il règne alors entre eux cette courtoisie de circonstance propre aux salons, où chacun soigne son image, parade de ses réussites et aligne ses possessions comme autant de trophées silencieux. C’est comme si, sans s’en rendre compte, chacun jouait sa partition dans une pièce bien rodée, où l’on parle beaucoup - surtout de soi - et où l’on écoute rarement l’autre. Chez les Rose, et plus particulièrement chez Theo, chaque échange devient prétexte à se mettre en scène, à affirmer son importance ou à étaler ses blessures, sans jamais tendre l’oreille à ce que l’autre pourrait avoir à dire. Pourtant, le personnage d’Andy Samberg se confie - certes maladroitement - à plusieurs reprises à Theo, lui avouant qu’il n’a pas attendu sa réussite pour percevoir son mal-être. Un aveu qui fissure le vernis collectif, rappelant que, dans ce théâtre mondain, certains rôles sont joués à contrecœur, face à une réalité bien moins… rose. Cette galerie de personnages secondaires se révèle d’ailleurs parfois plus intéressante que les Rose eux-mêmes, bien que McNamara, sans doute trop confiant dans quelques dialogues percutants, ne parvienne pas à capitaliser sur l’intérêt de ces figures en marge. Le récit glisse alors vers une forme d’opportunisme émotionnel plus calculé que réellement touchant, d’autant plus que ces personnages frôlent souvent la caricature (Kate McKinnon la première, en roue libre). Mais dans l’ensemble, l’humour noir et corrosif de Tony McNamara part un peu dans tous les sens, oscillant entre rancunes et sentiments enfouis, notamment lors d’un final à double tranchant, sans qu’on parvienne clairement à cibler le véritable mal des époux.

Les Rose... et les coulisses peu flatteuses d’un mariage aux semblants idylliques

Alors que l’intrigue se déroule majoritairement aux États-Unis, les décors naturels du film ont été tournés à Salcombe, pittoresque ville côtière du Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Ce cadre de plaisance, avec ses maisons colorées, ses vues sur la mer et ses plages, sert de toile de fond à la façade parfaite du couple, prêt à chuter des falaises de Cliff Road et à se noyer sous ses ressacs, soulignant ainsi le contraste entre l’apparence et la réalité. La photographie de Florian Hoffmeister n’est pas déplaisante, contrairement aux insertions, ici et là, d’effets numériques assez douteux, qui gâchent un peu la vue. Mais la sublime maison tape-à-l’œil, pour laquelle le couple se bat, met tout le monde d’accord, faisant d’elle un théâtre du pire, métaphore d’un couple piégé dans ses (dés)illusions. Un spectacle qui se veut donc cruel, drôle par éclats, plus contemporain, introspectif, et qui interroge autant la vanité bourgeoise que la fragilité des sentiments. Sauf qu’à trop vouloir mêler légèreté et drame, "La Guerre des Rose" laisse parfois un goût amer dans sa manière de répondre - moins radicalement - à ce que peut devenir l’amour lorsqu’il s’étiole.



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