Genre : Horreur
Durée : 102’
Acteurs : Alison Brie, Dave Franco, Damon Herriman...
Synopsis :
Après plus de 10 ans de vie commune, le musicien Tim et l’institutrice Millie arrivent à un tournant de leur vie lorsqu’ils déménagent de la ville vers la campagne. Ils laissent tout derrière eux, sauf leur relation déjà très bancale. Les tensions s’exacerbent lorsqu’un évènement surnaturel menace de changer leurs corps, leur amour et leur vies pour toujours. Peu importe ce qu’ils tentent, il semble qu’ils ne peuvent faire l’un sans l’autre...
La critique de Julien
Décidément, 2025 est une année faste pour le cinéma d’horreur de qualité : "Sinners" de Ryan Coogler, "Substitution : Bring Her Back" des frères Philippou, "28 Ans Plus Tard" de Danny Boyle, ou tout récemment "Évanouis (Weapons)" de Zach Cregger. Des œuvres qui ont (plutôt) réussi à concilier à la fois le public et la critique, et auxquelles on pourrait rajouter – dans une moindre mesure – "Destination Finale : Bloodlines" de Zach Lipovsky et Adam B. Stein et "Dangerous Animals" de Sean Byrne. Or, au regard de sa promotion tout aussi excitante que celles de ses prédécesseurs, on était à même de se questionner sur la capacité de "Together" à rejoindre ce club très fermé. Premier film réalisé par le metteur en scène australien Michael Shanks, "Together" avait, de plus, affolé les studios de distribution à la suite de sa présentation dans la section Midnight du Festival du film de Sundance 2025, fin janvier dernier. En effet, A24, Apple TV+, Searchlight Pictures ou encore Amazon MGM Studios s’étaient disputés ses droits, avant que ça ne soit Neon qui les a obtenus aux États-Unis, tandis que l’excellent distributeur The Searchers a évidemment parié chez nous pour accompagner sa sortie en salles. Body-horror romantique qui rappelle l’éprouvant et multirécompensé "The Substance" (2024) de Coralie Fargeat, "Together" met en scène un couple en crise - joué par Dave Franco et Alison Brie, partenaires aussi à la ville - qui, après s’être installé à la campagne, se retrouvera confronté à une force surnaturelle, laquelle les rapprochera d’une manière aussi inattendue qu’effroyable...
Implosion et fusion d’un couple à la dérive
Après avoir dirigé son épouse dans son premier film "The Rental" (2020), Dave Franco l’accompagne cette fois à l’écran pour incarner un couple ensemble depuis dix ans, mais en pleine dérive. Tim, artiste en panne qui n’a jamais concrétisé son rêve de musicien - et n’a même pas encore son permis -, reste alors profondément marqué par le décès récent de ses parents. Depuis, il s’est éloigné de Millie, au point de la faire douter de leur avenir commun. Ce manque de projet concret et cette froideur à son égard inquiéteront d’ailleurs leurs proches, surtout lorsque Millie acceptera un poste d’enseignante à la campagne, obligeant le couple à tout quitter… Sauf, peut-être, leur relation, qu’il leur faudra réapprendre à consolider, et leurs corps à fusionner, ce à quoi ils seront radicalement confrontés après s’être perdus lors d’une promenade dans les bois et être tombés dans une grotte... Déjà introduit dans l’inquiétant prologue du film, cet endroit sera, en effet, le point de départ d’une descente aux enfers, un trou noir où l’amour peut se décomposer ou... se réinventer.
Unis pour le meilleur... et pour le pire
Riche en métaphores radicales sur le périple d’une relation à long terme, sur l’amour et sur la co-dépendance de ses partenaires, "Together" n’est pourtant pas du genre à s’attarder sur les explications alambiquées. En effet, le mystère qui entoure les événements qui vont précisément rapprocher (et déchirer) ses personnages (après d’autres) reste plutôt entier, ou en tout cas emprunte un chemin sang pour sang (!) surnaturel. Mais on reste dubitatif vis-à-vis de ce mélange, car pas toujours maîtrisé, et desservi par une écriture parfois prévisible et maladroite. Tout va alors très vite une fois le processus lancé, sans pleinement convaincre. Pourtant, les fondements horrifiques de l’intrigue ont matière à interroger l’être humain dans sa quête d’amour, ici poussée à l’extrême, au sein d’une dystopie corporelle où l’horreur devient métaphore. Ce dispositif est d’ailleurs appuyé par le discours philosophico-antique d’Aristophane (dans "Le Banquet" de Platon, 385-370 av. J.-C.), clef de lecture précieuse qui offre au film davantage de corps et d’unité, au sujet de l’origine de l’amour, qui serait un désir profond de se compléter, de fusionner (à nouveau) avec son autre moitié.
Chair numérique et frissons en demi-teinte
Pour donner corps à cette idée, Michael Shanks recourt malheureusement à des effets numériques assez grossiers, peu aboutis, loin, par exemple, de la précision organique du maquillage qui faisait la force du film de Coralie Fargeat. La critique du culte de la beauté frappaient dès lors le spectateur de plein fouet, pour plus de réalisme et de douleur partagée. Autrement dit, on y croit ici beaucoup moins. Cependant, le réalisateur prend intelligemment le contrepied : l’horreur du mal qui ronge ses protagonistes devient paradoxalement le moyen de leur permettre de se retrouver. L’idée du "mal pour un bien" demeure donc au cœur de "Together", film de genre plus angoissant (les cauchemars et hallucinations de Tim !) que terrorisant, mais qui, derrière ses extravagances, sait faire résonner la métaphore universelle du couple. Mais sa démarche singulière est-elle pour autant honnête ?
La moitié de trop ?
On le sait : le bonheur des uns fait souvent le malheur des autres… ou la réussite des uns attise parfois la jalousie des autres. Quoi qu’il en soit, la société de production StudioFest a déposé une plainte pour violation de copyright contre "Together", visant non seulement les stars et coproducteurs Dave Franco et Alison Brie, mais aussi le réalisateur-scénariste Michael Shanks, l’agence artistique Endeavor et le distributeur Neon. En effet, StudioFest aurait proposé à Franco et Brie le film "Better Half" (Patrick Henry Phelan, 2023) en août 2020, avant qu’ils ne refusent d’y participer. StudioFest soupçonne alors qu’ils aient voulu produire un projet similaire de leur côté... Le studio reprocherait à "Together" des similitudes artistiques et scénaristiques trop frappantes, comme un passage quasi identique évoquant le Symposium de Platon, ou encore l’utilisation d’un vinyle des Spice Girls. Buzz médiatique ou véritable plagiat ? L’équipe de défense insiste en tout cas sur le fait que le concept de couple fusionnant physiquement est une idée encore non protégée par les droits d’auteur... Alors qu’aucun verdict n’a encore été rendu, cette bataille autour de l’authenticité créative entre en résonance ironique avec le discours extrême du film sur la fusion amoureuse. À chacun dès lors de se faire son opinion… si tant est qu’il parvienne à voir "Better Half", qui n’a jamais été distribué commercialement (mais seulement en festival). On vous conseillera tout de même de voir "Together" pour sa curiosité et son culot, même s’il ne possède ni la force de frappe ni la maîtrise de ses récents concurrents.
