Genre : Arts martiaux
Durée : 95’
Acteurs : Ben Wang, Jackie Chan, Ralph Macchio, Joshua Jackson, Ming-Na Wen, Wyatt Oleff, Pat Morita...
Synopsis :
Après avoir vécu une tragédie personnelle, le jeune prodige de kung-fu Li Fong est arraché à sa famille à Pékin et contraint de s’installer à New York avec sa mère. Il tente de tirer un trait sur son passé tout en cherchant à s’intégrer dans son nouveau lycée. Et même s’il ne cherche pas la bagarre, il semble constamment s’attirer des ennuis. Lorsqu’un ami dont il vient de faire la connaissance sollicite son aide, Li accepte de participer à une compétition de karaté, mais il comprend qu’il ne peut pas seulement compter sur son talent. Son professeur de kung-fu, M. Han, engage alors le premier Karaté Kid, Daniel LaRusso, en renfort. Li découvre un nouveau style de combat réunissant leurs deux approches dont il se servira pour l’affrontement ultime...
La critique de Julien
Sixième opus de la franchise née en 1984 avec "The Karate Kid" de John G. Avildsen, "Karate Kid : Legends" se situe trois ans après les événements de la série "Cobra Kai" (YouTube, Netflix, 2018-2025), conclue cette année au terme de six saisons à succès. Celle-ci avait déjà ressuscité les héros du film originel, Ralph Macchio et William Zabka, dans leurs rôles cultes de Daniel LaRusso et Johnny Lawrence. Et contrairement au remake de 2010 signé Harald Zwart, porté par Jaden Smith et Jackie Chan dans la peau de M. Han, "Legends" ne réinvente pas la formule, tandis qu’une suite au film de 2010 avait bien été envisagée, mais fut abandonnée face aux réserves de Chan sur le scénario. Ce nouvel opus réunit donc pour la première fois Daniel LaRusso et M. Han à l’écran, unissant l’univers de la saga originelle et celui du remake. Autrement dit, les producteurs assument ici un legacyquel prolongeant la licence et construisant un pont entre ses différentes itérations - le tout sans Jerry Weintraub, producteur historique décédé en 2015.
Deux branches, un arbre...
Premier long-métrage du Britannique Jonathan Entwistle - créateur de la série "The End of the F***ing World" (Netflix, 2017-2019) et réalisateur de quelques épisodes de "Hello Tomorrow !" (2023) - "Legends" raconte l’histoire de Li Fong (Ben Wang), petit-neveu et élève du vénéré shifu M. Han (Jackie Chan). Après la mort de son frère lors d’une agression liée au kung-fu, Li quittera Pékin avec sa mère pour New York. Là-bas, il se liera d’amitié avec Mia Lipani (Sadie Stanley), fille d’un pizzaiolo et ancien champion de boxe locale (Joshua Jackson). Cette proximité attirera alors la jalousie de Conor Day (Aramis Knight), ex-petit ami de Mia et champion de karaté, lequel parviendra à contrer le fameux “coup de pied du dragon” de Li lors d’une querelle, et à le mettre à terre. Malgré l’opposition de sa mère, qui craint de perdre son autre fils, Li acceptera d’entraîner le pizzaiolo au kung-fu pour l’aider à remporter un match de boxe et rembourser ses dettes. En parallèle, il préparera sa propre participation au tournoi de karaté des “Cinq Boroughs”, où il affrontera Conor. Mais pour espérer l’emporter, Li devra cependant compter sur ceux qui perpétuent, depuis des générations, l’esprit légendaire de sensei Miyagi... On l’a donc compris : la volonté des créateurs est clairement de réunifier les deux branches de la franchise, toujours autour des thèmes chers, et que sont le mentorat et d’héritage, tout en modernisant la saga, avec une nouvelle génération. Le pari est-il réussi ? L’Esprit est-il toujours là ?
"Tout ce qui nous entoure est kung-fu"
Tout… va très vite dans "Legends". À peine l’introduction passée (en forme de clin d’œil au film de 1984, révélant pour la même occasion les liens entre les familles Miyagi et Han) que nous faisons la connaissance de Li, soit le futur prodige de kung-fu, lequel s’entraîne à la discipline tout en étant toujours terrassé par l’image de son frère agonisant sur le sol, sans qu’il ait trouvé la force de lui prêter assistance. S’ensuivra aussitôt son déménagement pour New York et sa rencontre avec une jolie demoiselle, laquelle va catalyser à elle seule tous les enjeux du film. Écrit par Rob Lieber (aux crédits du scénario de "Chair de Poule 2", Ari Sandel, 2018, et de "Pierre Lapin", Will Gluck, 2018), le film de Jonathan Entwistle, efficace et dynamique, avance alors comme s’il avait un train à prendre… ou plutôt un tournoi à remporter. Sauf que tout le monde n’a pas vu la série en question ! Heureusement, le film pose bien ses balises, mais quitte à ne s’appuyer que sur elles. Sans accent sur la maîtrise ni la technique, l’intrigue ne prend dès lors pas le temps de se développer (et encore moins ses sous-intrigues), livrant un récit banalisé, figé dans les cases et les prises standards du kung-fu, sans jamais établir sa propre (nouvelle) légende. Prévisible, le film na parvient dès lors à trouver sa propre personnalité, écrasé par le poids de la récente série "Cobra Kai" et l’héritage figuratif de la franchise, qui se marche d’ailleurs ici sur les pieds [1]. La nostalgie supplante alors la jeunesse, tant les jeunes acteurs - trop propres - ont bien du mal à incarner l’avenir de la franchise. On est dès lors davantage ici dans un recyclage dense, formel, sans prise de risque, que dans une véritable renaissance capable d’apporter un nouveau souffle à la franchise, tout en faisant honneur à la profondeur émotionnelle et philosophique de M. Miyagi. Qu’à cela ne tienne, le film aligne des combats magnifiquement chorégraphiés (même si certains raccords trahissent des doublures), filmés dans les rues ou sur les toits de la ville qui ne dort jamais, Big Apple ; les décors new-yorkais contrastant avec les paysages traditionnels ou symboliques de la Chine, créant un choc culturel net et un ancrage visuel familier pour le public occidental. Agrémenté d’une bande originale qui renforce le rythme, "Karate Kid : Legends" parvient ainsi à divertir, sans pour autant révolutionner la saga. Le spectateur quittera dès lors la salle sans avoir pris un K.O.… mais sans non plus saluer, poing dans la paume, les producteurs.
