Genre : Fantastique, romance
Durée : 129’
Acteurs : Caleb Landry Jones, Christoph Waltz, Zoë Bleu, Matilda De Angelis...
Synopsis :
Au XVe siècle, le Prince Vladimir renie Dieu après la perte brutale et cruelle de son épouse. Il hérite alors d’une malédiction : la vie éternelle. Il devient Dracula. Condamné à errer à travers les siècles, il n’aura plus qu’un seul espoir : celui de retrouver son amour perdu.
La critique de Julien
Insubmersible Luc Besson. Malgré une série d’échecs ces dernières années, que ce soit à la réalisation avec "June and John" (2020), tourné à l’iPhone en plein confinement à Los Angeles, et "DogMan" (2023), ou à la production avec "Arthur Malédiction" (2022) de Barthélémy Grossmann et "Week-end in Taipei" (2024) de George Huang, le cinéaste controversé ressuscite à son tour le mythe de "Dracula" (1897) de Bram Stoker, à peine quelques mois après le "Nosferatu" de Robert Eggers. À croire qu’il est lui-même maudit, condamné - non pour les accusations de viol et de violences sexuelles à son encontre - mais à devoir réaliser pour l’éternité… et à brûler l’argent du contribuable. Produit pour 45 millions d’euros, soit 52 millions de dollars (2 de plus que le "Nosferatu" gothique de Robert Eggers), Besson livre donc sa propre version du vampire, sous-titrée "A Love Tale", lui pour qui le roman est « avant tout une histoire d’amour qui parle d’un homme capable d’attendre 400 ans pour revoir la seule femme qu’il aime et qui lui a été arrachée par Dieu ». Né également du désir partagé de retravailler avec Caleb Landry Jones (déjà en tête d’affiche de "DogMan"), qui plus est autour d’une grande figure classique, cette relecture, à la fois glorifiante et romanesque, de l’histoire de ce prédateur (...) vaut-elle vraiment la chandelle ? À moins que Besson n’ait brûlé la chandelle par les deux bouts ?
Quand le mythe rencontre une certaine forme de réalité
On le sait, Luc Besson a lui-même épousé Maïwenn lorsqu’elle n’avait que 15 ans, et lui 32. À l’époque, la législation française permettait, en effet, le mariage entre une mineure et un adulte, à condition d’obtenir l’accord des parents. Bien que ceux de la comédienne s’y soient opposés, celle-ci maintiendra sa décision, et finira par l’épouser l’année suivante, avant de donner naissance à une fille, à 16 ans ; le film "Léon" (1994) s’inspirant, selon elle, de leur relation amoureuse. Tout comme Dracula, Besson semble donc à l’aise avec les grandes différences d’âge entre lui et ses partenaires. Sauf que sa relation avec Maïween n’aurait plus été possible de nos jours, au contraire de la fiction fantastique en question. Pourtant, dans son "Dracula", le personnage emblématique de Landry Jones, loin de l’image traditionnelle du vampire monstrueux, tire davantage du côté de celle d’un dandy esthète séducteur, et plus humain que surnaturel. Après avoir renié Dieu et, pour cela, été condamné à la vie éternelle, celui-ci traversera dès lors les siècles pour retrouver sa dulcinée, massacrée par les Ottomans, ou du moins sa "réincarnation", jouée par l’actrice Zoë Bleu, semble-t-elle toute aussi éprise de lui et de son pouvoir attractif... C’est que Dracula attire les femmes à l’aide d’un parfum, hypnotisées par ses effluves, toutes à ses pieds, et prêtes à lui appartenir. Le vampire, exilé de sa terre, de son temps, et hanté par la perte de son amour, cherchera durant de longues années après sa dulcinée, sa proie, transformant son amour éternel en obsession, en une emprise destructrice. D’une certaine manière, l’archétypal "Dracula" de Besson accentue dès lors ici une forme de domination, de male gaze, le destin du mythe vampirique semblant aller de pair avec la vision qu’a Besson d’une certaine normalité des valeurs patriarcales désuètes, tout comme l’est son film, rejouant une partition bien connue, mais sans valeur ajoutée par rapport - par exemple - à la version du classique de Francis Ford Coppola (1992).
Poussive relecture inutile
Délocalisée à Paris, lors du centenaire de la Révolution française, l’intrigue librement inspirée ne suit dès lors aucune forme de modernité, mais plutôt un classissisme revisité, et semble reproduire en moins bien ce qui a déjà été vu. À trop vouloir d’ailleurs montrer le désespoir de Dracula, Luc Besson et Caleb Landry Jones en font des caisses (ou plutôt des cercueils), jusqu’à la mise en scène du film, totalement boursouflée et surlignée (on a droit, par exemple, au bon vieux coup de tonnerre lors de l’arrivée du notaire au château de Dracula). Si le paquet est mis sur la direction artistique très travaillée, avec notamment les costumes de Corinne Bruand ou les décors de Hugues Tissandier, les effets de manche, et les effets spéciaux, eux, laissent à désirer, tout comme la photographie de Colin Wandersman. Visuellement, on passe littéralement ici du beau (les gargouilles, la séquence de la danse des cours d’Europe, ou encore celle d’une orgie avec des nonnes) au très laid (les maquillages), et surtout au très kitsch (à peu près tout le reste), de là à se demander où sont passés les millions de dollars du budget de production. Le film, visant une élégance gothique plutôt que de l’horreur pure, se fourvoie dès lors dans un spectacle vieillot et de mauvais goût, quand bien même il est rythmé. Sa version dépassée de "Dracula" arrive alors bien trop tard, quitte à paraître dérisoire, et vaine, malgré un discours final dévoué, et marquant un intéressant contre-pied, mais malheureusement trop rapidement expédié au regard de l’attente séculaire.
Une assourdissante symphonie loin de vampiriser le spectateur
Composée par Danny Elfman, la bande originale du film est à l’image de celui-ci : écrasante. Même si « Danny avait tout compris de la tonalité du film », selon les propos de Luc Besson, on a plutôt l’impression que le compositeur se déchaîne plus qu’il n’a été inspiré par le projet. Pire, sa partition devient rapidement envahissante, toujours dans l’exagération, au même titre que le jeu des acteurs, à commencer par celui de Landry Jones qui, malgré une posture physique et vocale certaine, représente un Dracula bien trop pâle et trop empathique pour s’emparer de son aura, terrifiante. Face à lui, Christoph Waltz, en prêtre de Bavière qui ne paie pas de mine, et Guillaume de Tonquédec, en médecin dépassé par un phénomène qui n’a rien de scientifique, complètent le casting et tentent d’amener un contrepoint humoristique, sans vraiment convaincre. Quant aux personnages féminins, incarnés par Zoë Bleu et Matilda De Angelis, ils sont relégués ici à des rôles bien trop secondaires, vampirisés par la centralité masculine, et n’ont donc que peu d’occasions de briller dans cette hystérie visuelle et narrative datée, plus tape-à-l’œil et flamboyante que mordante dans ses propos. Bref, on était en droit d’attendre un traitement plus ambitieux et nuancé, surtout lorsqu’on s’attaque à un mythe tel que "Dracula".
