Genre : Comédie
Durée : 85’
Acteurs : Liam Neeson, Pamela Anderson, Paul Walter Hauser, CCH Pounder, Liza Koshy, Kevin Durand, Danny Huston, Busta Rhymes...
Synopsis :
Un seul homme possède des compétences... disons uniques... pour diriger la prestigieuse Brigade Spéciale et... sauver le monde, tout simplement ! Cet homme, c’est le lieutenant Frank Drebin Jr. - oui, vous avez bien lu - qui suit les traces de son illustre père !
La critique de Julien
Qui aurait cru que Liam Neeson endosserait, un jour, le rôle du fils de Frank Drebin, ce célèbre gaffeur de la police joué jadis par l’inimitable Leslie Nielsen ? Pourtant, qui de mieux que cette figure emblématique – quoique tardive – du film d’action viril pour incarner le rejeton improbable de ce personnage culte ? Souvenez-vous d’abord de cet inspecteur de police (du moins si l’on en croit son badge), alors au grand cœur, et surtout gaffeur, responsable de nombreux incidents innocents et, de fait, très comiques. Le personnage de Leslie Nielsen fut la vedette de "Police Squad", une série parodique diffusée sur ABC en 1982, co-créée et écrite par David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker (connus sous les ZAZ) – les auteurs, entre autres, de "Y a-t-il un pilote dans l’avion ?" (1980), déjà avec Nielsen, bien qu’il n’y tienne pas le rôle principal. Arrêtée après six épisodes, la série donna pourtant naissance à trois films à succès : "The Naked Gun/Y a-t-il un flic... ?", sortis entre 1988 et 1994, et mis en scène par la même équipe (excepté pour le dernier, signé Peter Segal). Fort de l’interprétation burlesque de Nielsen, de gags visuels, de jeux de mots et de non-sequiturs absurdes, cette franchise, unique en son genre, offrit alors un bonheur fou aux zygomatiques des amateurs d’humour décalé. Or, après plusieurs projets de suite ou reboots avortés – en 2009 (avec Nielsen lui-même), 2015 (reboot avec Ed Helms dans le rôle de Drebin) et 2021 (avec Liam Neeson déjà pressenti, sous la direction de Seth MacFarlane), voilà que débarque enfin ce quatrième film sur grand écran… sans que les créateurs originaux aient été impliqués dans le projet. Mais y avait-il seulement besoin de relancer la franchise ?
Sauver le monde, ou courir à sa perte...
Réalisé par le metteur en scène, écrivain, producteur, comédien, acteur et musicien américain Akiva Schaffer, principalement connu pour son travail dans le registre comique et parodique, souvent avec une touche de culture pop décalée, "Y a-t-il un Flic pour Sauver le Monde" marche avec beaucoup de générosité – dans sa débilité – sur les traces de ses modèles. Et c’est là un joli et improbable compliment ! On y découvre alors le commissaire – aussi maladroit que son père – Frank Drebin Jr. (Neeson), lequel travaille au sein de la Brigade spéciale de la police de Los Angeles, et carbure au café. Après avoir mis un terme à un braquage de banque de manière inhabituelle, il se retrouvera chargé d’enquêter sur l’assassinat du frère de Beth Davenport (Pamela Anderson), lequel était un ingénieur de génie travaillant pour Richard Crane (Danny Huston). Puissant industriel dans le domaine des voitures électriques, Drebin découvrira les intentions particulièrement inquiétantes de ce dernier, et devra sauver le monde (ou du moins en apparence)...
Une (hilarante) surprise qui déculotte !
Alors qu’on craignait le pire face à cette suite s’attaquant à l’héritage comique de Leslie Nielsen, force est de constater qu’on s’est bien trompé ! Car il faut bien reconnaître que le film n’a pas à rougir de ses vieux aînés, lui évolue dans le même état d’esprit, avec la même folie, c’est-à-dire avec un humour potache et 100 % parodique, fustigeant avec beaucoup de premier degré l’univers de la police (et pas que). Or, on ressent – et on salue – le travail qui a dû être réalisé en coulisse pour imaginer cette suite de scènes, de répliques, de mésinterprétations visuelles, de blagues récurrentes, de malentendus langagiers ou de quiproquos aussi marrants les uns que les autres, à un rythme (sans doute trop) effréné, et avec sincèrement très peu de ratés. S’il dure à peine moins de 85 minutes, et que ce n’est évidemment pas pour son écriture pince-sans-rire qu’on va le voir, "Y a-t-il un Flic pour Sauver le Monde" ne trompe donc pas sur la marchandise, pour autant qu’on y soit préparé !
Neeson sur les pas de Nielsen
Comédie saugrenue assumée, celle-ci est dès lors portée par un excellent Liam Neeson à contre-emploi, lequel joue au flic impassible et sérieux malgré des situations sans cesse volontairement déraisonnables, lequel fait notamment du punching-ball avec les testicules d’agents antagonistes ou s’envole en l’air accroché aux pattes de son père réincarné en hibou. Autrement dit, l’acteur n’a pas peur du ridicule, à 73 ans, et s’auto-parodie lui-même, ce qui fait plaisir à voir. Fan des Black Eyed Peas et de l’album "The Dutchess" de Fergie (!), son personnage, sans se rendre compte de l’absurdité qui l’entoure, crée alors un irrésistible décalage comique, propre à l’univers des ZAZ. Face à lui, Pamela Anderson est également très drôle en pin-up sexy enquêtant sur la disparition de son frère, quitte à s’aventurer un peu trop loin, et à devoir jouer littéralement un orchestre de jazz ! Leur duo fonctionne également à merveille, puisque chacune de leurs apparitions fait des étincelles, au sein de ce grand n’importe quoi jouissif. Akiva Schaffer et son équipe n’y vont donc pas de mainmorte en matière de mise en scène et d’inventivité pour créer des situations désopilantes, et surtout rendre hommage à "Police Squad", aux films "Y a-t-il un flic... ?", et à ses vétérans. Quelques caméos ne laissent d’ailleurs pas indifférents, et prouvent le juste équilibre subtilement débile de cette version, entre respect du passé, innovation et prise de recul. D’ailleurs, la scène loufoque du Hall of Legends de la brigade de police en est le meilleur exemple : alors que Drebin Jr. pleure son père, le Capitaine Ed Hocken Jr. (Paul Walter Hauser) en fait de même devant la photo du sien (joué autrefois par George Kennedy), tandis que le personnage de l’acteur Moses Jones n’en fait pas autant (et le fait comprendre en secouant la tête en signe de désapprobation) face au portrait de son père, l’officier Nordberg, joué à l’époque par O.J. Simpson qui, rappelons-le, avait notamment été accusé de double meurtre... C’est donc là tout l’esprit de la franchise qui ressurgit, soit un goût du gag grinçant, pas gratuit mais finement amené. Bref, un rire coupable, à la frontière du politiquement incorrect et du bon vieux nonsense. Le film ne se contente dès lors pas de la nostalgie, mais s’en sert pour mieux appuyer là où ça fait (sou)rire, jusqu’à la fin du générique, sur un air de musique dédicacée. Bref, on dépose le pistolet, on se met à nu, on débranche le cerveau et on savoure la bêtise intergalactique de cette suite insensée qui foisonne d’idées. Oui, c’est une réussite !
