Genre : Science-fiction, fantastique
Durée : 115’
Acteurs : Pedro Pascal, Vanessa Kirby, Joseph Quinn, Ebon Moss-Bachrach, Julia Garner, Paul Walter Hauser, Ralph Ineson, Natasha Lyonne...
Synopsis :
On retrouve à l’écran Reed Richards (alias Mister Fantastique), Sue Storm (alias la Femme Invisible), Johnny Storm (alias la Torche Humaine) et Ben Grimm (alias la Chose). Face à cette famille forcée de trouver un équilibre entre leur rôle de super-héros et la force des liens qui les unissent, se dresse une menace démesurée : l’entité cosmique Galactus et son énigmatique bras droit le Surfeur d’Argent dont l’ambition n’est autre que de dévorer la Terre entière et tous ses habitants. Et comme si tout ceci ne suffisait pas, les choses prennent soudainement une tournure très personnelle...
La critique de Julien
Après un premier (et très mauvais) reboot signé Josh Trank, sorti en 2015 et rapidement tombé dans l’oubli, les Quatre Fantastiques s’offrent enfin une vraie entrée en matière, qui plus est au sein du multivers du MCU. En effet, ces derniers ont intégré l’écurie Marvel Studios depuis le rachat de la 20th Century Fox en mars 2019. Tandis qu’on avait déjà pu y apercevoir une version alternative de Reed Richards dans "Doctor Strange in the Multiverse of Madness" (Sam Raimi, 2022) jouée par John Krasinski, ce dernier épouse désormais les traits de l’omniprésent Pedro Pascal. Succédant à Ioan Gruffudd ou encore à Miles Teller dans la peau de Mr Fantastique, l’acteur y interprète le scientifique de renom capable d’étirer n’importe quelle partie de son corps. Chef des Quatre Fantastiques, il dirige alors cette équipe de super-héros considérés comme les (seuls) protecteurs de Terre-828. Quatre ans plus tôt, ils avaient embarqué pour une mission spatiale. C’est à cette occasion, après une exposition à des rayons cosmiques, qu’ils ont acquis leurs capacités surhumaines. Parmi eux, il y a l’épouse de Reed, Sue Storm (Vanessa Kirby), la Femme Fantastique capable en plus de générer des champs de force, son beau-frère Johnny Storm / la Torche Humaine (Joseph Quinn) et son meilleur ami rocailleux Ben Grimm / la Chose (Ebon Moss-Bachrach). Ensemble, ils vont devoir affronter un ennemi sans précédent : le dévoreur de planètes Galactus (Ralph Ineson), ainsi que sa messagère, la Surfeuse d’Argent (Julia Garner).
Réalisé par Matt Shakman, auquel on doit la surprenante série "WandaVision" (2021) ayant lancé la phase IV de l’univers cinématographique Marvel, "Premiers Pas" débute lui officiellement sa phase VI, après une décevante phase V, où seuls "Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3" (James Gunn, 2023) et "Deadpool & Wolverine" (Shawn Levy, 2024) ont rapporté gros, au contraire de "The Marvels" (Nia DaCosta, 2023), le premier gros échec commercial des studios. Mais le succès semble promis pour "Les 4 Fantastiques : Premiers Pas", fort de l’intérêt que lui porte le public, alors qu’il semble y avoir du rififi en coulisses des productions Marvel, notamment suite aux changements liés à l’affaire Jonathan Majors, voyant l’Univers passer de l’antagoniste Kang le Conquérant à Dr Doom / Fatalis (qu’interprétera – après feu Iron Man – Robert Downey Jr.). Après leur arrivée au sein de leur vaisseau extradimensionnel sur Terre-616 lors d’une des scènes post-générique de "Thunderbolts*" (Jake Schreier, 2024), le véritable décollage des Fantastiques l’est-il tout autant ?
Le bazar du multivers stylisé du MCU
Inspiré des années 60, l’univers rétro-futuriste du film de Matt Shakman séduit dès les premières images du générique. L’intrigue se déroule pourtant sur Terre-828, une réalité parallèle à celle que nous connaissons principalement dans le MCU. Autrement dit, le film rend hommage à l’esthétique des sixties tout en y injectant une technologie avancée, propre à l’univers alternatif des Quatre Fantastiques, notamment à travers leurs inventions. Aussi, la mise en scène s’imprègne de l’optimisme américain de la course à l’espace. Elle est portée par la photographie soignée de Jess Hall, déjà collaboratrice de Shakman sur "WandaVision" (2021). Des flashbacks consacrés aux origines des Fantastiques et à leur exploration cosmique – filmés en 16 mm par le directeur de la photographie de la seconde équipe, Tim Wooster – renforcent encore plus l’irrésistible nostalgie de cette époque d’exploration et de rêve scientifique. Ainsi, "Premiers Pas" n’est donc pas en soi une origin story à proprement parler, étant donné que les héros sont déjà ici bien installés dans leur routine, tandis que l’histoire du film se déroule quatre ans après qu’ils ont acquis leurs super-pouvoirs, lesquels, en plus d’accueillir un futur heureux événement au sein de leur famille, vont donc devoir faire face à un ennemi dantesque et anéantisseur. L’équipe arbore alors des costumes bleu pâle aux décolletés blancs, imaginés par Alexandra Byrne (une habituée du MCU). Or, ceux-ci font référence aux modèles introduits dans les comics avec "Fantastic Four" (Vol. 1) #256 (1983), mais aussi, selon Shakman, à ceux portés dans le film de Roger Corman, "Fantastic Four" (1994), lequel, jamais sorti en salles, reste totalement inédit. D’un point de vue visuel, "Premiers Pas" fait aussi indéniablement penser à "2001 : L’Odyssée de l’espace" de Stanley Kubrick (1968), Matt Shakman souhaitant d’ailleurs que son film donne l’impression d’avoir été tourné par le géant du cinéma. On n’ira pas jusque-là au niveau du résultat final, mais certains aspects du film vont bien dans ce sens. Dommage que certains effets spéciaux – dont les gros plans – viennent faire tache vis-à-vis de l’ensemble, malgré quelques séquences d’action très réussies, dont une course-poursuite avec la Surfeuse d’Argent. Enfin, la musique de Michael Giacchino, déjà à l’origine de celle de la trilogie portée par Tom Holland, et réalisateur du très remarqué "Werewolf by Night" (2021), compte parmi les grands atouts du film de Matt Shakman. Enjouée, lyrique, teintée d’échos spatiaux, sa partition invite au rêve tout en regardant vers l’avenir. Osons le dire : cela faisait longtemps qu’une bande originale de Marvel Studios ne nous avait pas procuré un tel frisson. Bref, la cinématographie de "Premiers Pas" procure un certain plaisir aux yeux et aux oreilles au sein du MCU, vers un certain renouveau. Pourtant, dans l’absolu, c’est également ce qui atténue l’enthousiasme, étant donné que l’univers produit par Kevin Feige surfe littéralement sur l’infinité – ici argentée – de son multivers...
Quand l’intime tente de côtoyer le cosmique
Écrit évidemment à quatre mains, "Les 4 Fantastiques : Premiers Pas" pose dès lors à ses héros une question centrale : faut-il sauver l’un des leurs ou sacrifier cet être (messianique ?) pour sauver l’humanité ? L’enjeu familial, confronté à une conscience universelle, devient alors le pivot dramatique du film, face au danger inéluctable que représente Galactus. Malheureusement, le scénario peine à approfondir chacun des quatre personnages et leurs enjeux personnels, ce qui limite l’impact émotionnel de l’ensemble. Malgré la force de thèmes fédérateurs tels que la paternité, le devoir de sacrifice ou la vulnérabilité héroïque, le film reste donc en surface des choses, et donc assez standard pour un film de super-héros. À l’inverse de "Thunderbolts*" (2024) de Jake Schreier, tout va donc trop vite dans l’intrigue du film de Matt Shakman, au regard du peu d’intérêt consacré ici au personnage de Julia Garner, alias la Surfeuse d’Argent, dont l’histoire est résumée en un seul flashback. Antagoniste malgré elle, elle n’apparaît que lorsque l’intrigue le permet, et non lorsque le récit en aurait véritablement besoin. Ce non-sens, cette rapidité d’exécution, se reflète aussi dans le montage de Nona Khodai et Tim Roche. Certaines séquences s’enchaînent alors de façon peu aboutie, balayant d’un trait les conséquences de ce qui précède. Les événements impactent finalement peu la suite des aventures des Quatre Fantastiques, portés par l’intelligence (à toute épreuve, et tout risque) de Mister Fantastique. Mais on se doute que cette grande "famille" s’en sortira indemne, et ce malgré la grandeur de Galactus (Ralph Ineson). En effet, le scénario reste prévisible, tout en ouvrant les portes d’une possible transition vers un nouvel arc narratif, en témoigne la première scène post-générique du film. Or, les prochains films Marvel annoncés sont "Spider-Man : Brand New Day" (Destin Daniel Cretton, 2026), suivi de deux "Avengers" – "Doomsday" et "Secret Wars" – en décembre 2026 et 2027. Autant dire que les producteurs du MCU misent clairement sur des valeurs sûres, et sur la facilité. On peut dès lors saluer le souffle nouveau qu’apporte "Les 4 Fantastiques : Premiers Pas" au MCU, sans doute la plus belle réussite cinématographique à ce jour centrée sur les personnages créés en 1961 par le scénariste Stan Lee et le dessinateur Jack Kirby.
