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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement) responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Dev Patel
Monkey Man
Sortie du film le 03 avril 2024
Article mis en ligne le 12 avril 2024

par Julien Brnl

Genre : Action, thriller

Durée : 120’

Acteurs : Dev Patel, Sharlto Copley, Sobhita Dhulipala, Pitobash...

Synopsis :
En Inde, un jeune homme sort de prison. Il se retrouve dans un monde où règne la cupidité des chefs d’entreprise et, à l’inverse, l’érosion des valeurs spirituelles.

La critique de Julien

Le petit Dev Patel a bien grandi et pris en assurance depuis son premier rôle au cinéma dans "Slumdog Millionaire" (Danny Boyle, 2008) ! Et tandis que le cinéma d’action surfe inlassablement sur la recette de "John Wick" ces dernières années, c’est aujourd’hui au plus indien des acteurs britanniques de se lancer sur le terrain du revenge movie, imprégné bien évidemment par la culture de ses origines familiales. Tandis qu’il a autant brillé dans "Lion" (Garth Davis, 2016) que dans "The Green Knight" (David Lowery, 2021), l’acteur de 33 ans a donc sauté le pas de la réalisation, mais également de l’écriture, étant donné qu’il est à l’œuvre de "Monkey Man", ayant d’ailleurs tapé dans l’œil d’un certain Jordan Peele, lequel a racheté son film à Netflix pour dix millions de dollars via sa société Monkeypaw Productions, tout en étant distribué par Universal Pictures. Et c’est peu dire qu’il n’est plus question ici de participer à une émission de télévision pour devenir millionnaire, mais bien de vengeance assoiffée, mais heureusement contextualisée...

Si la démarche de Dev Patel pouvait s’apparenter ici à de l’opportunisme, force est de constater que le cinéaste s’est donné les moyens pour que son film puisse sortir du lot, lequel bénéficie à la fois d’une mise en scène survoltée et d’un minimum d’état d’âme, lequel est, de plus, imprégné de spiritualité hindoue. Et si c’était à prévoir, on ne s’attendait tout de même pas à ce que cette histoire soit, d’une part, autant habitée et, d’autre part, un puissant témoignage de la persécution que vivent les minorités en Inde, menacée notamment d’expropriation. Or, avant la tempête qu’il annonce, "Monkey Man" nous immisce à l’intérieur d’un flash-back (qui grandira en cours d’intrigue), dans lequel on découvre un village forestier en Inde, où vivent Kid et sa mère Neela, laquelle lui inspire les contes d’Hanuman, le "fils du Vent", soit une divinité immortelle au visage de singe, alors puni un matin de son enfance par le roi des Dieux Indra, et cela après avoir mangé le soleil, pensant qu’il s’agissait d’un fruit mûr (ici une mangue). Compagnon dévoué de la divinité Rama, Hunaman a pourtant su se relever, combattre des démons, et devenir le Dieu de la sagesse, de la force, du courage, ou encore du dévouement. Une métaphore qui sciera parfaitement à la peau de Kid, et qui le mènera à son destin. Son village sera alors la proie des flammes, orchestrées par un impitoyable gourou spirituel tendant à acquérir de nouvelles terres, et cela par la terreur, et le biais d’un chef de la police corrompu. Bien que caché, Kid sera alors témoin du viol et du meurtre de sa mère des mains dudit policier, avant qu’il ne brûle son corps, tandis que Kid essaiera d’éteindre le feu de ses propres mains. Des années plus tard, tandis qu’il vit de combats clandestins à Bombay, le jeune homme prépare alors sa vengeance...

Avec ses clins d’œil assumés à saga portée par Keanu Reeves, Dev Patel porte d’une poigne de fer son "Monkey Man", bien aidé par l’efficacité du montage nerveux - voire épileptique - de Dávid Jancsó et de Tim Murrell, ainsi que de la bande originale tonitruante de Jed Kurzel, entre électro et musique traditionnelle. C’est un film d’action qui porte en lui une rage au ventre qui explose de toutes parts à l’écran, Dev Patel parvenant - par surprise - à surpasser la condition initiale de copie conforme de son film - en version indienne - de la saga dont il s’inspire. Car on y ressent le traumatisme de son personnage principal (qui n’entend qu’une seule voix dans sa tête ; celle du cri de sa mère, qu’il porte au fond de lui depuis toujours), on y voit la crasse du bidonville qui entoure la métropole indienne, mais aussi la sueur et le sang couler, tandis que l’écriture met honnêtement en lumière l’oppression idéologique et religieuse, la discrimination (dont celle de la communauté hijra, composée de personnes transgenres, intersexuées ou eunuques) ou encore la pauvreté qui frappe les classes sociales situées en bas de la hiérarchie par castes qui organise la société du pays. Il est bien évidemment question aussi de corruption, de trafic de drogues ou encore de proxénétisme, qui gangrènent ainsi la vie de millions d’Indiens, marquée par l’ultranationalisme politique de l’actuel gouvernement de Narendra Modi...

Or, à vouloir trop en faire, "Money Man" finit par s’enfoncer dans un gloubi-boulga duquel on détourne du regard. Car le déroulé de l’histoire ne peut s’empêcher d’être prévisible, en plus de virer en une apologie de la violence sanguinaire, tandis que son héros, lui, s’en sort manifestement trop bien à de nombreux moments, malgré sa carrure (même s’il gagnera en masse en cours de route). En témoignent les combats de boxe auxquels il s’adonne pour gagner sa vie, lequel s’en sort, malgré les vilains coups qu’il se prend au visage (et le sang qu’il crache), avec aucune ecchymose. À sa place, on sera déjà déformé depuis longtemps... Mais ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé Hunaman ! Aussi, les longues séquences d’action et de courses-poursuites, bien que très généreuses, parfaitement chorégraphiées, exécutées, et sans temps mort, peinent à briller par leur réalisme, tandis que s’y invitent des hélicoptères et même un tuk-tuk pimpé. Quand on vous dit que ça part dans tous les sens... Heureusement, le cœur du film réside bien dans une quête de justice existentielle, fracassant tout sur son passage, en plus d’illustrer la réalité sociale et politique indienne, tout en étant inspiré par sa culture et ses divinités. Bref, on peut dire qu’il s’agit là d’une réussite, malgré ses limites...



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