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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement) responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Raphaël Balboni et Ann Sirot
Le Syndrome des Amours Passées
Sortie du film le 20 septembre 2023
Article mis en ligne le 25 septembre 2023

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 89’

Acteurs : Lucie Debay, Lazare Gousseau, Florence Loiret-Caille, Nora Hamzawi, Hervé Piron, Alice Dutoit...

Synopsis :
Rémy et Sandra n’arrivent pas à avoir d’enfant car ils sont atteints du “Syndrome des Amours Passées”. Pour guérir, il n’y a qu’une seule solution : il doivent recoucher une fois avec tou.te.s leurs ex.

La critique de Julien

Magritte du meilleur film en 2022, "Une Vie Démente" (2021) était le premier long métrage réalisé par le duo de metteurs en scène Ann Sirot et Raphaël Balboni (après de nombreux courts), lequel, avec de riches idées visuelles, nous immisçait dans l’émancipation inversée d’un couple de futurs parents, qui se voyaient alors l’être plus tôt que prévu étant donné le début de démence sémantique d’un parent, fantasque et excentrique. Douce comédie tendre, juste et déluré, c’est donc avec énormément d’impatience qu’on s’empressait de découvrir leur nouveau film, "Le Syndrome des Amours Passées", lequel a d’ailleurs fait sensation à la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes 2023, où il a été présenté en séance spéciale. Et autant dire que le duo confirme tout l’espoir qu’on avait placé en lui, étant donné la réussite de cette comédie romantique atypique, dans laquelle les membres d’un couple hétérosexuel se voient atteints par le "Syndrome des Amours Passées", lesquels doivent dès lors recoucher avec tou.te.s leurs ex s’ils espèrent fonder ensemble une famille...

En partant d’un postulat de départ scientifiquement absurde et incongru, "Le Syndrome des Amours Passées" questionne l’amour et ses représentations dans notre société, où celui-ci est sans cesse catalogué, enfermé dans des cases, dans une norme très exiguë. En s’amusant à rire des tabous et diktats autour de la sexualité et de nos schémas classiques de la famille parfaite, Ann Sirot et Raphaël Balboni font dès lors exploser l’image du couple hétérosexuel conventionnel, ainsi que celle de la famille, pour alors mieux se retrouver et s’aimer, et nous montrer qu’il y a aussi de la créativité, de l’amour et des possibilités de vivre ensemble hors de l’exclusivité. En confrontant ainsi ces jeunes amoureux (ordinaires et sincères Lazare Gousseau et Lucie Debay) à leurs anciens partenaires, avec qui ils doivent recoucher, les cinéastes pointent également ici l’importance du désir dans un couple, des fantasmes, mais aussi le fait que l’espoir de devenir parents ne doit pas être un frein à l’amour, et que celui-ci s’entretient. C’est d’ailleurs de lui et de la communication que naîtra le fruit de celui-ci ! Car si Rémy et Sandra s’aiment, ces derniers mettront ici leur relation en pièces plutôt que de la renforcer, passant à côté de l’essentiel. On aime dès lors ici cette idée très originale de regarder dans le rétroviseur pour avancer dans le présent, "Le Syndrome des Amours Passées" déconstruisant l’amour tel qu’on l’entend et le perçoit, pour alors le faire grandir, et avancer. Tout cela pour nous faire comprendre aussi qu’il n’y a finalement pas de schéma-type, ni de perfection dans une relation de couple, qu’une histoire n’est pas l’autre, mais qu’elles valent le détour d’être vécues, malgré leur complexité, et les différences en leur sein.

Comme à l’accoutumée, Ann Sirot et Raphaël Balboni font preuve ici d’ingéniosité et d’inventivité stylistiques dans leur mise en scène pour raconter les pérégrinations de leurs personnages. Les réalisateurs n’ont d’ailleurs pas peur ici de filmer la nudité des corps, mais toujours dans une dynamique poétique, épousant leurs mouvements, avec sensualité, comme s’ils dansaient entre eux. Les différentes rencontres entre les membres du couple et leurs précédentes conquêtes regorgent d’ailleurs de moments aussi fantasmatiques que cocasses et sexy, en témoignent des ex qui ont bien changé (dont d’orientation), ou qui se livrent à des ébats particulièrement savoureux (mention spéciale à l’orgie pool party et ses masques d’animaux).

Décomplexé, et pourtant si juste, "Le Syndrome des Amours Passées" est également un film très pop, que ça soit dans ses couleurs éclatantes que son excellente musique originale (signée Julie Roué), ce qui le rend d’autant plus irrésistible. On aime aussi la manière dont le duo de réalisateurs met une nouvelle fois à profit les décors de leur film dans le travail mental et métaphorique auquel se livre ledit couple, à l’image de cette pièce où ils affichent chacun leur tableau de chasse (de quoi en frustrer !). En effet, c’est en dessous des photos de leurs anciens partenaires que Rémy et Sandra inscrivent un commentaire en fonction de l’avancée de leur mission, parfois infructueuse. Cet endroit est d’ailleurs éclairé à l’aide d’ampoules placées au-dessus des photos, lesquelles clignotent lors d’avis de tempête, ou au rythme de la bande originale... Il fallait y penser ! Pourtant, c’est lorsqu’ils filment en face à face ce couple en plein dialogue (tels qu’ils l’avaient déjà fait dans leur précédent film avec leurs personnages joués par Lucie Debay et Jean Le Peltier) qu’Ann Sirot et Raphaël Balboni touchent, questionnant leurs personnages au lien qui les unit, plus grand finalement que celui de donner la vie, soit celui de s’aimer. Car s’aimer, c’est aussi accepter les aléas, loin parfois de correspondre aux standards et objectifs de vie qu’on s’était fixés. Optimiste et imprévisible vis-à-vis de ses représentations, le film choisit le chemin de l’ouverture d’esprit, et ose ainsi s’aventurer hors des frontières préétablies, au risque de froisser les plus terre à terre. Qu’importe ; nous sommes en 2023 !

Pétillant, revigorant, "Le Syndrome des Amours Passées" est la preuve même qu’on est capable de réaliser en Belgique des comédies romantiques dignes et modernes, empreintes de vie et d’humanité, et sans ennuyer. On en ressort avec la sensation d’avoir pris une sacrée bouffée d’oxygène, laquelle appuie ouvertement le champ des possibles en matière de relation, de sexualité et d’amour épanouis. Car c’est aussi finalement ce genre de film et de prise de risques qui accentuent la pertinence de la démarche des réalisateurs, et son plaisir partagé. Alors le désir, oui, mais jamais au prix de l’amour !



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