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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Jalil Lespert
Le Dindon
Sortie du film le 25 septembre 2019
Article mis en ligne le 29 septembre 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :
– adaptation de la pièce homonyme de Georges Feydeau (1896), notamment déjà portée à l’écran par Claude Barma en 1951 ;
– le réalisateur du film, Jalil Lespert, retrouve Guillaume Gallienne, qu’il avait déjà dirigé dans "Yves Saint-Laurent", lesquels co-écrivent ici le scénario avec Fadette Drouard ;
– ce n’est pas la première que Guillaume Gallienne interprète le rôle de Monsieur de Pontagnac, étant donné qu’il l’avait déjà joué sur scène plus de 150 fois, dans une adaptation mise en scène par Lukas Hemleb, pour la Comédie Française.

Résumé : Monsieur de Pontagnac a eu un coup de foudre pour une jolie jeune femme. Ce qu’il n’avait pas prévu c’est que celle-ci n’est autre que Victoire, la femme d’un de ses amis, Vatelin. Et si le notaire le prend plutôt bien, Victoire, elle n’est pas si simple à manipuler. Surtout, la mésaventure a lancé dans leur société un sujet – et un petit jeu étonnant autour de la fidélité des uns et des autres. Alors quand entrent dans l’arène Rediop, soupirant de Victoire, et Suzy, ancienne flamme de Vatelin, le jeu se corse encore.

La critique de Julien

Attention, la comédie française revient cette semaine-ci avec un projet des plus original qu’il soit ! On rigole, évidemment, puisque ce film n’est autre qu’une vaine adaptation de la célèbre pièce de Georges Feydeau, jouée pour la première fois le 8 février 1896 au Théâtre du Palais-Royal de Paris. Et l’on s’extasie d’autant moins quand on sait qu’un certain Dany Boon est au casting, accompagné par Alice Pol, Guillaume Gallienne, Ahmed Sylla, Camille Lellouche et Laure Calamy en tête d’affiche.

L’argument de cette pièce était alors de traiter, avec humour, de l’infidélité qui commençait à se diffuser dans la haute société fin des années 1800, tandis que l’intrigue, elle, est déplacée dans les années sixties. Mais force est de constater que certains de ses propos raisonnent encore particulièrement aujourd’hui. Georges Feydeau était-il donc un avant-gardiste ?

Tout s’accélère en tout cas ici (étant donné que le mal est déjà fait dès le génétique coloré) avec un personnage, et dragueur invétéré, Pontagnac (Gallienne), qui poursuit Victoire (Pol, initialement Lucienne) jusque chez elle. Il découvre alors que son mari n’est autre qu’un de ses vieux amis, Valetin (Boon). Quand à Victoire, elle est aussi courtisée par Rediop (Sylla, initialement Redillon), un ami du couple. Mais Vatelin risque lui aussi de payer une vieille entorse à sa relation conjugale, étant donné que refait surface son ancienne maîtresse anglaise Suzy (Jessica Sherman, initialement Maggy), de retour à Paris...

Outre une actualisation (peu nécessaire), on ne voit pas bien quel a été le but d’adapter une nouvelle fois cette pièce de théâtre au cinéma, qui, par définition, ne peut pas aussi bien vivre que sur grand écran, la représentation n’est pas la même, perdant forcément de son charme, de son essence. Le film, construit en trois actes comme son modèle, s’appuie alors sur des personnages qui se cachent derrière une image et des barrières sociétales étriquées, mais lesquels sont aussi bien cocus les uns que les autres, joués alors par des acteurs qui en font de trop, et d’un autre côté pas assez. Car le jeu n’est pas non plus le même, et est ici moins organique, moins irréaliste qu’un théâtre, ne laissant pas de place aux monologues de plusieurs minutes, impensables au cinéma. Dès lors, la personnalité haute en couleur des personnages de la pièce est reléguée ici en second plan, remplacée au mieux (ou au pire) par des mimiques ou des accents très prononcés. Or, pour que cette histoire ne paraisse pas aussi banale, il aurait fallu davantage la nuancer, jouer sur de véritables retournements, et... coups de théâtre ! Ici, tout va trop vite, et la scénographie n’existe pas, pour alors laisser place à un jeu face-caméra trop mécanique, et sans inventivité.
À vouloir en faire de trop, "Le Dindon" n’en fait finalement pas assez, et passe à côté de son adaptation. Autant dire que le film s’oublie aussitôt vu, étant donné une machinerie expédiée (même pas septante-cinq minutes de film), trop lisse face au côté incisif de l’œuvre originale, et un manque cruel d’humour, et de vie !



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