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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Gustavo Pizzi
Benzinho (Loveling)
Sortie le 5 septembre 2018
Article mis en ligne le 18 août 2018

par Charles De Clercq

Synopsis : Chez les Santi, dans la banlieue de Rio, on ne roule pas sur l’or, on fait avec ce qu’on a, mais toujours avec le sourire. Cet optimisme bienveillant, c’est Irène, la mère de famille, qui l’insuffle au quotidien. Avec une infatigable énergie, elle tache de tout gérer : une maison qui se déglingue, un mari rêveur, une sœur au bord de la crise de nerfs… Sa famille, c’est sa tribu. Une tribu qui menace pourtant de s’effriter, le jour où Fernando, l’ainé, pas encore majeur, annonce qu’il part s’installer en Europe…

Acteurs : Karine Teles, Adriana Esteves, César Troncoso Mateus Solano Konstantinos Sarris

Gustavo Pizzi réalise un film remarqué à Sundance en début d’année et qui sort (donc) des frontières brésiliennes. En 2006, il avait réalisé son premier film, un documentaire Pretérito Perfeito, consacré à une maison close célèbre de la Casa Rosa, un quartier de Laranjeiras (Rio de Janeiro), devenue depuis un endroit consacré aux spectacles et à des événements. Son documentaire est basé sur des témoignages du propriétaire d’alors, d’employé et d’une prostituée qui en des clients célèbres, dont le chanteur Lobão. En 2010, il s’attaque à la fiction avec Riscado. Ce film [1] s’attachait au destin de Bianca (Karine Teles) une actrice sans talent qui rêve cependant de gloire. Lorsqu’un réalisateur veut faire un film en s’inspirant de sa vie elle y voit une chance de devenir célèbre.. Ce ne sera pas le cas (bien sûr). Les critiques d’alors sont mitigées, mais relèvent cependant le jeu de Karine Teles !

Or c’est justement à celle-ci que le réalisateur Gustavo Pizzi fait appel pour incarner Irene, son héroïne, très "maternelle" ! Benzinho (Loveling), traduit en espagnol par "tous ensemble" suit la vie et les déboires d’une famille brésilienne pauvre sur un mode dramatique, parfois documentaire, tout en laissant place à des moments plus heureux, presque joyeux (ainsi des vacances au bord de l’eau). Irène âgée de 38 ans porte une famille quasiment à bout de bras. Son mari tout d’abord (Otávio Müller, acteur connu au Brésil), 45 ans, rêveur, mais qui ne réussit pas à ramener de l’argent à la maison avec son magasin de photocopie. Elle-même vend des vêtements dans la rue qu’elle fabrique après avoir acheté du tissu au meilleur prix. Quatre enfants : Fernando (qui joue au handball) a 16 ans et un physique sportif, Rodrigo (qui lui ... joue du... tuba) lui est assez grassouillet (il aime manger) et, enfin, des jumeaux, âgé de 5 ans. La famille est pauvre et tire presque le diable par la queue. Ainsi des situations banales, un robinet qui fuit ou une serrure bloquée, prendront une ampleur démesurée. La serrure ne sera jamais réparée et il faudra passer par la fenêtre via une échelle de fortune... tout au long du film.

Irène porte la famille (et le film ?) sur ses épaules. Mais quel poids peut-on porter ? C’est que va s’ajouter à sa propre famille, sa soeur et son fils qui fuient un mari et père violent et drogué. Et ce ne sera pas tout : son fils ainé, Rodrigo est approché par des managers qui aimeraient le faire jouer au handball en Allemagne. Le jeune prodige n’a que 16 ans et il faut donc l’émanciper... et donc anticiper une sortie du cocon familial. La charge de vient lourde pour Irène s’ajoutant au fait que la pauvreté n’arrange rien. Il faut de l’argent pour que l’ainé puisse aller en Allemagne, de l’argent pour vivre simplement alors même que son affaire de vêtements n’est pas au top pas plus que celle de son mari. Une solution : vendre la maison qui lui appartient près de la plage.

A l’échéance d’un fils qui va quitter le nid beaucoup trop tôt s’ajoute une autre : Irène a décroché (tardivement donc) son diplôme d’école secondaire et invite ses amis, voisins, connaissances (et même une bourgeoise brésilienne qui l’a tenue jadis en quasi-esclavage) à la remise de son diplôme. Sans compter un défilé à venir pour Rodrigo.

Plusieurs de nos confrères ont été séduits par ce film et l’un d’entre eux nous confiait qu’il avait envie de demander à sa mère comment elle avait vécu le moment où lui et sa soeur avaient quitté le foyer. Et l’on peut comprendre cela : il faut ainsi relever cette image qui revient à deux reprises de la mère avec son aimé, lovés ensemble, lui en position quasi foetale dans une piscine. Si cette dimension nous a moins touché, voire pas du tout, c’est probablement lié à notre propre histoire familiale.

Si les images sont belles, le drame bien rendu, notamment cette pauvreté (et la corruption) présente au Brésil pour beaucoup de citoyens, nous avons parfois l’impression que le réalisateur brasse trop de sujets et il nous a semblé qu’il était parfois difficile de déterminer quel était le focus du film. Ajoutons également que l’actrice principale Karine Teles a écrit le film avec Gustavo Pizzi.

Bande-annonce
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