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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie). Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Stanley Tucci
Final Portrait
Sortie le 9 mai 2018
Article mis en ligne le 1er février 2018

par Charles De Clercq

Synopsis : Grand ami du peintre Alberto Giacometti, le critique d’art américain James Lord accepte, après de nombreux refus, de poser pour le maître. Les séances tournent rapidement à la confrontation entre ces deux fortes personnalités.

Acteurs : Geoffrey Rush, Armie Hammer, Tony Shalhoub, Clémence Poésy

Ect-ce nous qui avons un problème avec l’Art au cinéma ou est-ce la représentation de l’Art au cinéma, septième du genre donc ? Déjà avec Rodin, cela ne passait pas... et à voir la cote IMDB sous 5, nous ne serions pas les seuls dans ce cas. Ici, nous avons des acteurs de talents pour interpréter quelques semaines dans la vie du peintre Alberto Giacometti. C’est une (ou d’après une) histoire vraie qui nous est contée. C’est que, à défaut d’être romancée, elle est probablement adaptée pour les besoins du scénario. Selon le film, nous serions dans les dernières semaines de la vie de Giacometti dont ce "final portrait" serait le "portrait final" ! Stanley Tucci nous montre ici le maître à l’oeuvre dans le difficile accouchement d’un portrait sur la toile. C’est qu’il s’agit de peindre celui d’un ami, célèbre critique d’art, interprété ici par Armie Hammer, probablement un peu trop jeune pour son personnage qui en dix de plus que lui. Mais on ne va pas chipoter pour cela et s’il y avait un regret dans l’adaptation c’est d’avoir gommé l’homosexualité de James Lord. Certes il la dissimulait et elle est à peine évoquée (et encore faut-il être très attentif) dans une demi-phrase du film. Face à l’artiste qui lui menait une vie sexuelle mouvementée, partagée entre son épouse et une prostituée qui devient sa maîtresse et une sorte de muse/modèle il aurait été intéressant de lever le voile sur celle, différente du critique d’art. Celui-ci est censé prendre la pose quelques heures, puis quelques jours et cela prendra des semaines pour qu’un portrait se dessine et s’efface tout à tour sur la toile du peintre. Alors que le critique reporte sans cesse son retour aux USA et fait patienter son interlocuteur (supposons ici son amant) le peintre... peint puis, insatisfait, recouvre le tableau et essentiellement le visage du modèle pour recommencer chaque fois.

James Lord, fasciné par le peintre et éprouvant pour lui un immense respect ne sait comment réagir et n’ose s’impatienter. Le report de la dernière touche au lendemain, voire à quelques jours ou plus le laisse dans une indécision telle qu’il faudra bien trouver une solution de l’impasse dans laquelle ils se trouvent (et nous jouons aussi sur le mot puisque l’impasse-voirie dans laquelle se trouve la dernière maison de Giacometti a été reconstituée. Il y habite depuis décembre 1926, au no 46, rue Hippolyte-Maindron (14e arrondissement), dans « la caverne-atelier » qu’il ne quittera plus, malgré la petite taille et l’inconfort des lieux (source). Le réalisateur ajoute même une french touch (too much ?) avec un boulanger et sa charrette avec des baguettes (il ne manquait plus que le béret et le marcel !). Dans ce minuscule atelier, Diego, le frère de Giacometti vit avec lui depuis de nombreuses années. Interprété par un très bon Tony Shalhoub... mais qui risque d’être auréolé pour certains spectateurs par le personnage de Monk dans la série homonyme ! Question interprétation, il faut relever celle de Geoffrey Rush (au limites du cabotinage ?) qui excelle à rendre ce peintre à l’écran dans sa façon de sans cesse reprendre et reprendre son travail sur les visages en particulier. Tout en fureur, en décalage et en tension avec son entourage et particulièrement son épouse, riche en billets de banque (avec même un mauvais jeu de mots sur la Suisse, son pays d’origine) mais refusant d’en faire profiter sa moitié, préférant en donner beaucoup plus qu’il n’est demandé par et aux souteneurs de sa muse... Tout en excès de jurons, à coups de puta*n et f*ck (les astérisques sont là pour simuler les nombreux bips qu’il faudra peut-être aux USA pour couvrir ces excès de langage !).

Tout cela est bien beau et très intéressant... mais ce qui veut faire prendre conscience au spectateur des affres de la création pour un artiste (et ici, celles connues d’Alberto Giacometti) auront un effet paradoxal sur certains spectateurs. C’est qu’à partir du moment où celui-ci aura compris, la réitération des scènes et du processus de création/destruction/recréation aura un effet pervers. Plutôt que de l’aider à comprendre les difficultés du peintre il se sentira exclu de l’histoire à cause d’un insupportable sentiment d’exaspération. Il pourra se laisser aller à des jurons intérieurs "mais bon sang, quand est-ce que tu vas le finir ce p*ta*n de b*rd*l de tableau ?" allant jusqu’à se sentir exclu du film et à n’avoir qu’une seule envie : que celui-ci se termine à défaut de la peinture qui elle ne pourra être finale que par une ruse que l’on vous laissera découvrir à l’écran... si du moins vous avez assez de patience pour l’attendre dans un film de nonante minutes qui semblent en durer beaucoup plus !

Lien vers la critique de Julien

Bande-annonce (en VO non sous-titrée)
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