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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews sur la radio RCF Bruxelles (celle-ci n’est aucunement) responsable du site ou de ses contenus et aucun lien contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques et en devient le principal rédacteur depuis 2022.

Jennifer Devoldere
Sage-Homme
Sortie du film le 22 mars 2023
Article mis en ligne le 24 mars 2023

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 105’

Acteurs : Karin Viard, Melvin Boomer, Steve Tientcheu, Tracy Gotoas, Theodore Levisse, Bruce Dombolo...

Synopsis :
Après avoir raté le concours d’entrée en médecine, Léopold intègre par défaut l’école des sage-femmes en cachant la vérité à son entourage. Alors qu’il s’engage sans conviction dans ce milieu exclusivement féminin, sa rencontre avec Nathalie, sage-femme d’expérience au caractère passionné, va changer son regard sur cet univers fascinant et bouleverser ses certitudes.

La critique de Julien

Mettons d’emblée les points sur les I ! Non, le terme "sage-femme" n’est pas féminin ! En effet, alors que "sage" est dérivé du mot "sapiens" et signifie "celui qui a la connaissance, l’expérience", "femme" désigne ici "la femme dont on s’occupe". Ainsi, on peut très bien dire la ou le sage-femme, ou bien le maïeuticien (de Maïeutique, l’autre nom de la profession), dont formation pour le devenir est ouverte à l’homme depuis 1982, même si ce dernier ne représente que 4,5% des effectifs actifs de la profession, en France. Dirigé par Jennifer Devoldere, qu’on n’avait plus vu à la réalisation d’un film depuis "Et Soudain, tout le Monde me Manque" sorti en 2011 (bien qu’elle ait coécrit le récent film "Zodi et Téhu : Frères du Désert" d’Éric Barbier), "Sage-Homme" met ainsi en scène une profession dont on ne sait finalement pas grand-chose, si ce n’est qu’elle est spécialisée des grossesses normales, s’occupant donc des femmes enceintes, et cela du diagnostic de la grossesse jusqu’au jour de l’accouchement. En confrontant un étudiant masculin à ce monde - majoritairement - féminin, la cinéaste française déconstruit alors les stéréotypes de genre liés à ladite profession, et même à l’accessibilité à un métier, de prime abord, genré. Après tout, ce qui compte dans le métier de sage-femme, c’est le bien-être de la future mère, et de l’enfant à naître. Or, il n’y a pas de sexe pour réussir cette tâche, très collective...

Alors que Léopold (Melvin Boomer, pour son premier rôle au cinéma) a raté son concours d’entrée en médecine, celui-ci se retrouvera, malgré lui, à suivre des études au sein d’une école de sages-femmes, dans l’attente de suivre une passerelle, dans deux ans, et ainsi devenir médecin. Sauf qu’il n’en a pas informé ses proches, par humiliation et frustration, lui qui n’a pas encore la maturité suffisante pour prendre du recul, tandis qu’il vit dans un milieu profondément masculin, entouré de ses trois frères et de leur père (Steve Tientcheu), ancien flic, travaillant aujourd’hui dans la sécurité, alors qu’il n’a plus de mère... Or, lors de sa formation, le jeune homme se retrouvera confronté à Nathalie (Karin Viard), une sage-femme d’une cinquantaine d’années, expérimentée et passionnée par son métier, surnommée la "Chuck Norris du CHU", elle qui a, de plus, une vie très active, tout en étant très intimidante pour Léopold. Mal engagée, leur relation va pourtant bousculer les certitudes de Léopold, en commençant par accepter pour lui de porter une blouse et des crocs roses, sans que cela porte atteinte à sa virilité...

Sage-femme, c’est un métier de vocation. Mais c’est aussi un métier où il y a plus de bonnes que de mauvaises nouvelles. Et cela, Jennifer Devoldere nous le fait comprendre, tout comme elle documente son film, fruit d’un stage d’équipe à l’hôpital (avant la pandémie), où elle a beaucoup interrogé le personnel médical, mais aussi les parents, tandis que le casting compte de vrai.e.s professionnel.le.s, rendant plus authentique la démarche de plonger dans le monde de ce métier fascinant, où le temps semble s’arrêter -d’après les principaux intéressés - durant les premières secondes où l’enfant né. Rien n’est ici inventé, mais résulte de la réalité sur le terrain, et d’anecdotes lues, relatées ou vécues. On découvre ainsi ledit métier au travers du regard de son interprète principal, à l’image du premier accouchement auquel il assistera, filmé ici sans édulcoration, où l’on y verra (au moins une fois) un vagin. Dans cette optique d’insertion, et alors qu’il était impossible pour l’équipe technique d’investir une vraie maternité pendant trois semaines pour un tournage, celle-ci a été reconstituée par le chef-décorateur Jean-Marc Tran Tan Ba, dont la salle des sages-femmes, plusieurs salles de naissance, mais aussi le bloc (etc.), tandis qu’il en est de même pour l’entrée et sortie de l’hôpital, filmée dans une vraie ruelle, ressemblant à celle d’un hôpital, éclairée dès lors à la lumière naturelle. Or, jamais ces trucages de cinéma ne donnent ici l’impression de ne pas être au sein de l’univers qu’il met justement en lumière.

Outre le fonctionnement d’une maternité, Jennifer Devoldere développe ici le rapport de l’homme à la féminité, lequel est ici projeté dans un univers ultra féminin, et à l’échange avec celui-ci. La relation entre les personnages de Karin Viard et Melvin Boomer est d’ailleurs très belle à voir, lesquels y trouvent finalement un équilibre respectif dans leurs trajectoires, eux qui sont deux électrons libres. L’écriture de ces derniers est d’ailleurs d’une belle subtilité et d’un respect profond à leur égard, malgré leurs différences et visions des choses. Léopold doit ainsi apprendre à s’ouvrir aux idées toutes faites, et à se conformer aux règles, au même titre que Nathalie. Et quel magnifique personnage - encore - pour l’actrice française, lequel est écrit à la fois avec énormément d’empathie et de retenue, car Nathalie est une femme libre qui, si elle s’est éloignée de ses enfants, porte en elle un rapport privilégié à l’enfant, et un mystère qui lui est propre, revendicateur d’une soif féministe d’anticonformisme, tout en étant extrêmement responsable et professionnelle, et offrant ainsi un nouveau regard à son métier envers la relève, quitte à prendre ensuite le large. Jennifer Devoldere porte un magnifique regard sur ce personnage, qui nous emporte littéralement. Mention très bien également aux seconds rôles de Steve Tientcheu (Jof, le père de famille qui garde tout pour lui, après avoir été longtemps absent) et de Bruce Dombolo (dans celui de Prince, le cousin qui ne souhaite pas que son neveu touche à sa compagne, enceinte). Mais face à Karin Viard, c’est Melvin Boomer qui tire son épingle du jeu, épatant et touchant avec son personnage, qui déborde de vitalité et d’humanité dans ses faits et gestes, et surtout ses émotions, vivant quant à lui un véritable parcours initiatique, entre un premier amour, la découverte de la sexualité (malgré une libido en berne suite à un métier inhibant), l’affrontement paternel quant à l’absence de communication familiale, ou encore l’injustice, et la fatalité de la vie...

Sans être un thème central, "Sage-Homme" met en évidence les bienfaits de notre système de santé, tout comme il en souligne les failles, notamment concernant la question de la responsabilité en cas d’incident sur le lieu de travail, où ce n’est évidemment pas le sommet de la hiérarchie qui trinque. Or, n’importe quel geste médical nécessite ainsi de la précision, et une conformité aux règles, même si l’instinct nous d’y d’agir différemment (et encore plus si la vie d’un patient est en jeu). Car c’est aussi de ça que parle Jennifer Devoldere dans son film, soit du formatage systématique dans la société, où tout doit avoir une case, et où rien ne peut dépasser. Mais la preuve du contraire en est ici avec cette sublime rencontre, aussi explosive que complice, bien que classique dans l’image qu’elle renvoie de l’apprivoisement affectif et de l’apprentissage que l’un peut offrir à l’autre, et inversement, ainsi que de l’amitié qui peut en naître. Enfin, "Sage-Homme" nous montre que prendre des chemins différents de ceux qu’on s’était fixés au départ peut en ouvrir d’autres, si pas plus beaux, et riches. À méditer...



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