Bandeau
CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Sahim Omar Kalifa
Zagros
Sortie le 15 novembre 2017
Article mis en ligne le 11 novembre 2017
dernière modification le 21 novembre 2017

par Charles De Clercq
logo imprimer

Quand la question de l’honneur dépasse les cultures pour amener l’impensé à l’impensable.
Quand le doute des mâles distille son venin jusqu’au sacrifice. Femme et animal paient. 85/100

Synopsis : Havin, la jeune femme de Zagros, un berger Kurde, est accusée d’adultère. Avec sa petite fille Rayhan, elle fuit du Kurdistan vers la Belgique. Convaincu de son innocence, Zagros décide de la rejoindre en Belgique pour y démarrer ensemble une nouvelle vie. Mais, à Bruxelles, il apparaît qu’Havin n’a pas dit toute la vérité et Zagros commence à douter. Il doit choisir entre son amour pour sa femme et l’honneur de sa famille. Un choix de plus en plus difficile qui va peu à peu faire sombrer Zagros dans le désespoir.

Acteurs : Feyyaz Duman, Maaike Neuville, Halima Ilter, Yusuf Çetin.

Pour des raisons évidentes, nombre de scènes du film n’ont pu être tournées en Turquie. Elles l’ont été en Grèce où les lieux pouvaient au mieux donner l’impression d’être au Kurdistan. Rien à voir avec ce tourģnage, mais force est d’affirmer que Zagros est une véritable tragédie grecque. Difficile de dire beaucoup de l’intrigue sans « spoiler » le film. Entre le commencement et la fin, l’on passera du sens de l’honneur à l’horreur, et jouant sur les mots et les consonances, en précisant que de l’un à l’autre, l’air (« R ») de rien, il est question de garder ou pas « N » (« haine »). Rien à voir ici avec la religion, mais avec la culture, même si il ne s’agit pas d’une « autre culture », comme celle dont il est question dans le film Noces, sur un versant dramatique, plus romantique dans The Big Sick ! C’est que ce dont il est question ici est quasiment un universel et ce n’est pas sans lien avec la parole qui se libère depuis quelques temps sur la façon dont les hommes abusent des femmes dans le milieu du cinéma (et pas que, loin de là !).

C’est un film d’amour et de haine dont il est question avec Zagros. Comment cet humble berger amoureux de sa femme, aimé par elle peut-il entendre les doutes semés en son esprit par d’autres membres de sa famille, essentiellement mâles, mais pas seulement ? C’est que la suspicion et le doute agissent comme un poison, un venin qu’il semble impossible d’enlever du corps et de l’esprit quand ils ont été inoculés. Comment cet homme-là peut-il réagir ? Comment peut-il vivre lorsqu’une parole familiale sur fond d’honneur à respecter, à rendre, vient buter sur une autre parole, celle de la femme qu’il chérit ? Loin des yeux, loin du cœur : cet adage ne convient pas au beau berger. Malgré les nombreux mois dans la montagne avec ses brebis et Monsieur Spock, il a une confiance absolue dans l’amour, la pureté et la fidélité d’Havin.

Jusqu’à ce que, jour après jour, heure après heure la confiance se fragilise, mettant en doute la fidélité et la paternité, et aussi une amitié scolaire. Quand la tribu du mâle se lève comme un seul homme pour laver l’honneur, régler les comptes d’une honte qui se base sur des impensés ancestraux. Ceux qui enfermaient la femme au foyer, dans le gynécée, dans la cuisine... Il n’y a pas que les femmes en burqa ou voilée... pas que les ceintures de chasteté moyenâgeuse. Il y a toujours ou souvent ce doute que votre enfant ne soit pas le vôtre. Si la certitude est absolue pour la femme, elle ne l’est jamais pour l’homme (sauf aujourd’hui, avec les tests ADN... dont il sera d’ailleurs question dans Zagros).

Quels sont les sacrifices à accomplir, non pour rendre « justice » comme dans The Killing of a Sacred Deer (Mise à mort du cerf sacré), mais simplement dans le sens entendu par René Girard (ou la théologie sacrificielle chrétienne). Le sacrifice de l’innocent : animal ou humain : c’est déjà dans les récits bibliques ou d’autres. Des choses cachées ou pas depuis les origines. C’est cela dont il est question pour Zagros, l’homme si fragile du film homonyme. Ce n’est pas une question donc de culture turque (ou pakistanaise), mais plus profondément, de ce qui ronge encore l’humanité, ce qui fait que le doute est toujours là qui rejette la faute sur la femme. Coupable d’être femme, d’être tentatrice. Encore aujourd’hui lorsqu’un juge portugais trouve normal de punir une épouse infidèle ou supposée l’être.

Regardez Zagros se laisser détruire peu à peu par le doute, par rapport à sa femme, à son fils, au cousin de sa femme... Lorsque le clan familial est parti, lorsque ceux qui ont mis en doute sont partis, le doute reste, à jamais. Il vous transperce comme une lame de couteau. Il n’y a plus rien à faire, jusqu’au moment où l’intime d’une identité tue se donne à connaître et qu’un film se clôt sur une enveloppe jamais ouverte !

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


Mots-clés associés

Au hasard...

0 | 10 | 20 | 30

Central Intelligence (Agents presque secrets)
le 12 août 2016
Crimson Peak
le 14 octobre 2015
Everest
le 3 septembre 2015
Collateral Beauty (Beauté cachée)
le 17 décembre 2016
The Wall
le 8 juin 2017
Suite française
le 7 février 2015
Krotkaya (Une femme douce)
le 16 juillet 2017
Fritz Bauer, un héros allemand (Der Staat gegen Fritz Bauer)
le 24 février 2016
Whish Upon (I Wish : faites un voeu)
le 15 juillet 2017
Mia Madre
le 25 septembre 2015


Plan du site Espace rédacteurs puce

RSS

2014-2017 © CINECURE - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53