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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour RCF.

Paul Dano
Wildlife (Une saison ardente)
Sortie le 19 décembre 2018
Article mis en ligne le 17 novembre 2018

par Charles De Clercq
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Un père qui s’en va au feu comme on va à la guerre et ne voit pas celui qui couve en son foyer et dont le fils voit les fêlures d’un couple sans pouvoir « mots-dire » ! Une histoire de laissés pour compte de l’Amérique qui ne peuvent exprimer leur souffrance. 85/100

Synopsis : Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans, assiste à la lente dégradation des rapports entre ses parents. Pendant que son père est absent, sa mère se bat pour son indépendance.

Acteurs : Jake Gyllenhaal, Carey Mulligan, Bill Camp, Ed Oxenbould.

Ed Oxenbould, le jeune acteur qui interprète Joe, a de quoi faire penser à Paul Dano, physiquement probablement, psychologiquement peut-être et pourtant il n’est pas ici l’alter ego de l’acteur qui réalise ici son premier film. Le jeune interprète de Joe, un héros sans histoire (au sens symbolique du mot), a déjà une certaine expérience à son actif. Il fut même l’un des premiers rôles dans The Visit de M. Night Shyamalan en 2015 et il a joué dans plusieurs séries.

Paul Dano adopte un roman publié par Richard Ford il y a près de trente ans, Wildlife (Une saison ardente) (1990). L’écrivain qui estimait qu’à ses « yeux écrire sur les choses les plus sombres était un acte d’optimisme. » ajoutait qu’il aimerait qu’on reconnaisse que je sais imaginer autre chose que des histoires sombres. Car, « dans ses livres, il est essentiellement question de rédemption, de résilience ». Le livre, qui a obtenu le « prix du meilleur roman américain de l’année », racontait l’histoire d’un joueur de golf qui devenait pompier, dans le Montana, alors que des incendies de forêt ravageaient le Montana, que « les bêtes sortent des bois, les hommes partent combattre le feu, leurs femmes prennent des amants. Les jeunes gens ont du mal à dormir. Ils se lèvent la nuit et rôdent, l’âme en peine, attentifs au moindre bruit ». Joe était le narrateur du roman, le héros ici et « avec sa gaucherie et son énorme besoin de tendresse, il cherche ce qui, loin de le consoler, ne lui apportera qu’une sagesse amère : la lucidité ».

Dans l’adaptation de Paul Dano, Joe n’est plus le narrateur, mais il est cependant au centre de l’intrigue et le point focal de la caméra qui le montre comme anti-héros d’une histoire qu’il subit face à ses parents en couple qui se déchire. Le père (Jake Gyllenhaal) fuit une situation qui l’a humilié sur un terrain de golf (ici il n’est pas joueur, ou en tout cas ne l’est plus) où il est une sorte d’homme à tout faire qui a eu le tort de sympathiser un peu trop avec les membres d’un club huppé. Tergiversant pour trouver un emploi, il va s’engager comme pompier pour lutter contre de terribles incendies, alors même que l’on apprend plus tôt dans le film par les médias que la situation est dangereuse, les fumées toxiques... S’engager comme pompier, aller au feu pour tenter d’éteindre l’incendie, c’est une fuite (en avant) pour éviter un autre feu qui couve dans son foyer et qui court le risque de s’étouffer, de s’éteindre faute d’amour. Ce couple semble d’abord aimant, tenant à cœur la bonne éducation d’un Joe qui verra peu à peu la situation se dégrader. Le père est absent, ne donnant pas (ou ne pouvant) donner de nouvelles, l’épouse (Carey Mulligan) va elle se consumer pour un homme plus âgé qu’elle a découvert lors de cours de yoga qu’elle donnait dans une piscine. L’actrice excelle ici à rendre son personnage détestable (et l’on pourrait presque reprendre la tirade de La vie est un long fleuve tranquille « Ah la salope ! »). C’est Joe, souvent mutique qui sera le témoin de cette relation et, en même temps, intégrera en son for intérieur que celle de ses parents est en train de se déliter.

Ce sont trois êtres sans histoires, sans récit de leur vie à (se) raconter. Ils n’ont pas de provision de vie, si pauvre, si fragile, si démunis, des laissés pour compte de l’Amérique et de l’humanité en général qu’ils ne peuvent exprimer leur souffrance. Là, au milieu, décentré de sa vie, Joe porte le poids de vies qui ne peuvent s’exprimer autrement que dans la fuite. Au cœur du récit et en même temps à la marge, Joe est là, portant un fardeau malgré lui. Paul Dano, dans ce premier film montre qu’il peut passer de l’autre côté de la caméra. C’st ici du très bon cinéma indépendant, au meilleur sens du terme dont on vous laisse découvrir l’issue de l’intrigue. Il n’y a certes pas le feu... mais le film pourrait ne pas rester longtemps à l’écran. Occasion d’aller le voir au plus vite.

Diaporama

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Copyright Sundance Institute / Copyright Scott Garfield/Wildlife


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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