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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Berni Goldblat
Wallay
Sortie le 31 janvier 2018
Article mis en ligne le 19 janvier 2018
dernière modification le 15 février 2018

par Charles De Clercq
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Une initiation qui tombe à l’eau... lorsque l’enfant devient adolescent.
Un retour au pays de ses origines avec un jeune acteur criant de vérité ! 65/100

Synopsis : Ady a 13 ans et n’écoute plus son père qui l’élève seul. Ce dernier, à bout de ressources, décide de confier Ady à son oncle Amadou le temps d’un été. L’oncle Amadou et sa famille habitent de l’autre côté de la Méditerranée… au Burkina Faso ! Là-bas, à 13 ans, on se doit de devenir un homme, mais Ady, persuadé de partir en vacances, ne l’entend pas de cette oreille…

Acteurs : Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué, Joséphine Kaboré, Mounira Kankolé.

Sauf erreur de notre part, Wally est notre premier film burkinabé. Nous voulons ici insister sur Bukina-Faso et non sur « Afrique » ! Il ne faut pas en effet confondre et réduire ce vaste continent aux multiples facettes, régions et nations avec l’une de celles-ci. Un peu comme si l’on pouvait mélanger le cinéma islandais, belge et hongrois sous la seule étiquette de cinéma européen. Ce serait réducteur. Revenons à Wallay. Au sortir de la salle nous avons résumé le film par ces mots : « C’est un peu ’Les carnets du bourlingueur’ à la mode ’Le jardin extraordinaire’ ! » en ajoutant un très mauvais jeu de mots : « récit d’une circoncision qui coupe court ! ». Il ne s’agissait pas d’une critique négative comme certains confrères ont pu le percevoir. Les carnets... sont une émission de type documentaire, produite par une chaîne de télévision belge, qui insiste surtout sur le dépaysement à travers des récits de vie, voire de survie dans des conditions difficiles ou insolites. La « couleur locale », la débrouillardise et l’utilisation des moyens du bord (parfois à la Macgyver) y sont souvent mises en avant. Le Jardin... est une émission culturelle insistant sur la nature, essentiellement la faune, mais aussi l’environnement qui éveille l’intérêt et la responsabilité à travers de belles images. C’est donc à ces deux émissions que le premier long-métrage de fiction de Berni Goldblat nous a fait penser. Son premier était un documentaire, réalisé en 2009.

Le fait que Berni Goldblat né à Stockholm en 1970, ayant la double nationalité, suisse et burkinabée, explique probablement le fait que Wallay soit partagé entre deux cultures (la France et le Burkina) d’autant que cet homme aux multiples casquettes de réalisateur, monteur et producteur, est l’auteur de plusieurs films documentaires réalisés principalement au Burkina Faso. Il s’agit ici d’un constat, non d’une critique, qui explique probablement le genre du film, sa coloration, mais aussi certaines faiblesses sur lesquelles nous reviendrons.

Wallay c’est le récit d’une initiation, de la découverte d’un monde, celui de racines dont on ignore tout. Le jeune adolescent en voie d’initiation c’est ici Ady (Makan Nathan Diarra, très étonnant et « vrai »), envoyé par son père au pays de ses origines. Pour ce jeune métis, pour ce gamin « occidentalisé », celles-ci ne représentent rien, lui pour qui les seules choses importantes sont ses baskets et son GSM ! Le film commence par une lettre qu’écrit le jeune Abi... mais très vite, nous faisons un voyage dans le temps... « six mois plus tôt ». L’on se rend compte que le père de l’enfant, ne pouvant pas vraiment gérer son fils qui entre dans l’adolescence, le confie à sa famille au Burkina, ici à son frère, l’oncle de l’enfant en construction d’adolescence. Adi, insouciant, probablement menteur, semble avoir « volé » l’argent que son père envoyait aux siens, restés au pays. Au prétexte de le faire rembourser, son oncle va garder son passeport et l’obliger à travailler pour rembourser sa dette, fruit de son vol. Mais entre l’euro et les francs CFA, il y a une différence d’échelle et il en faut des heures, des jours et des mois pour gagner 2 euros par jour !

Le gamin devra se rendre compte que ses baskets ont peu d’importance ici, que l’eau est rare et précieuse, que l’électricité est aléatoire et la 4G absente. Que valent donc en ce pays ses chaussures, son GSM et sa tablette ? D’autant que l’oncle veut lui mettre la pression et plus encore lorsque celui-ci a fortuitement découvert (à cause d’une poule - on comprendra à l’image) que celui-ci n’est pas circoncis. Il n’est donc pas un « vrai » homme. Il faut l’initier ! Pour emprunter ce chemin, l’oncle le fera aller vers ses origines, vers sa famille. Une grand-mère, prise de tendresse pour ce « petit mari » se rend compte que cette initiation ne fait pas partie de la culture de ce « petit blanc » et n’est pas sans risque. Lui, pas bête, ne veut pas non plus qu’on lui « coupe la teub ». Toute une partie du film va donc consister à prendre cette route initiatique : remontée vers les origines et préparation de la circoncision. Il faut de quoi endormir l’enfant sachant cependant qu’il souffrira au réveil même si un verre de la boisson peut faire dormir un taureau durant deux jours, comme le dira le « docteur » (façon de parler) qui est en charge de ce rituel ou de la transmission du savoir.

Le gamin lui ne veut rien savoir, l’oncle ne veut rien lui dire au grand dam du sage qui lui fait reproche de vouloir circoncire l’enfant par surprise en en lui disant rien. Occasion de péripéties sur le lac qui, après un long chemin d’initiation, la rencontre avec des membres de la famille, les premiers émois amoureux et baisers, après le dépouillement des biens de consommation occidentaux vont obliger l’un et l’autre à se jeter à l’eau pour de nouvelles prises de conscience qui vont les libérer du poids du passé et des traditions, mais aussi ouvrir un avenir à celui qui est désormais un adolescent qui marche vers la vie adulte.

Il y a cependant quelques bémols dans cette belle aventure et elle tient tout particulièrement au fait que la démarche de l’oncle est très coercitive. Garder le passeport jusqu’à ce qu’un travail soit accompli... ce n’est quand même pas loin de ce qui se fait dans la traite d’être humains ici, chez nous ! Circoncire de force (même si l’on se dira que ce n’est pas la même chose que l’excision !) pose quand même une grave question sans compter les risques liés à l’hygiène (légèrement sous-entendus dans le film).

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Bande-annonce :


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